Ludwig van BEETHOVEN
Symphonie No 8 en fa majeur, Op. 93
Orchestre du Festival de Lucerne
Paul KLETZKI
13 août 1966, Maison des Arts (Kunsthaus), Lucerne
La huitième symphonie de Ludwig van BEETHOVEN date des années relativement heureuses du compositeur. On en trouve des esquisses dans ses cahiers, qui doivent dater des mois d'août et septembre 1812, alors qu'il passait l'été à Teplitz (Teplice, une ville thermale de la République Tchèque) - le manuscrit, conservé à la Bibliothèque de Berlin, porte la mention «Sinfonia - Lintz im Monat October 1812». C’est en cette même année que Beethoven écrivit un canon à quatre voix en l’honneur de son ami Mälzel, l’inventeur du métronome, et dont le thème inspira l'allegretto de cette symphonie.
Elle fut donnée en première audition le 2 février 1814, à Vienne («Redoutensaal») sous la direction du compositeur (cette première audition publique avait été précédée d'un concert en séance privée chez l'archiduc Rodolphe, en avril 1813). L'oeuvre fut publiée en 1816 chez Steiner.
"[...] En net contraste avec la septième symphonie, on ne rencontre ici aucun préliminaire: l'Allegro vivace e con brio attaque bille en tête, en confiance, avec son thème principal au grand orchestre. Passé le deuxième sujet, les derniers moments de l'exposition introduisent un nouveau motif “berçant“ à l'unisson (aux notes supérieure et inférieure distantes d'une octave), et le même motif rythmique se faufile à travers la première étape de la section de développement centrale. Un sujet similaire se retrouve dans le finale, et c'est peut-être ce qui a inspiré à Beethoven une idée fort originale: accorder ses deux timbales à une octave d'écart, dans le dernier mouvement.
Le deuxième mouvement, avec son accompagnement en “tic-tac“, a la légèreté et la grâce d'un ballet, malgré une conclusion d'une brusquerie déconcertante, comme si la musique s'était fourvoyée dans la mauvaise tonalité.
Si le menuet qui vient ensuite marche d'un pas plus lourd, le trio, lui, est une élégante pièce de type sérénade, avec de saillantes parties pour la première clarinette et les deux cors.
Dans le thème d'ouverture de sa Symphonie “Eroica“, Beethoven avait introduit une note “étrangère“ dont la fonction et le sens ne s'expliquaient que bien plus tard dans l'oeuvre. Dans la huitième, le finale fait un usage encore plus spectaculaire de cette même note étrangère. Au moment où le miroitant thème principal se meurt presque jusqu'au néant, un inexpliqué ut dièse retentit et le thème explose fortissimo, toujours dans la tonalité principale, comme pour repousser ce qui n'a guère été qu'une grossière interruption. Et c'est seulement au début de ce qui est peut-être la plus colossale coda jamais écrite par Beethoven que l'ut dièse parvient enfin à s'imposer. Là, il est martelé encore et encore, avec une insistance digne de la statue du Commandeur tambourinant à la porte, dans Don Giovanni; et cette fois, impossible de l'ignorer: avec un effet à vous faire dresser les cheveux sur la tête, l'orchestre plonge dans la tonalité éloignée de fa dièse mineur, puis le ton principal est rétabli, non sans une bonne dose de martèlement supplémentaire. [...]".
Dans l'interprétation qui en est proposée sur cette page, Paul KLETZKI dirige l'Orchestre Suisse du Festival de Lucerne (*) , une prise de son de la Radio Télévision Suisse, diffusée en direct sur le premier programme de la Radio Suisse Romande, entre autres.
Cité de la présentation de ce concert qu'Henri JATON publia dans la revue Radio Je vois tout du 11 août 1966 en page 29:
"[...] Paul Kletzki conduit le Concert d'ouverture du Festival de Lucerne
Une raison toute spéciale nous invite à souligner la présence de Paul Kletzki à l’estrade du Kunsthaus, lors du concert inaugural des Semaines internationales de Lucerne. Chacun se souviendra, en effet, qu’à l’instant où Ernest Ansermet manifesta son intention de passer en d’autres mains la responsabilité qu’il assume à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande depuis tantôt quarante ans, l’opinion publique unanime apprit avec une satisfaction sans réserve que le Comité de l’orchestre avait fait appel à Paul Kletzki pour assumer une aussi redoutable succession.
Tant les instances dirigeantes que les instrumentistes de l’OSR ont eu, à maintes reprises déjà, l’occasion d’apprécier la valeur exceptionnelle de Paul Kletzki et sa connaissance admirable de la technique orchestrale.
Ce savoir, Paul Kletzki l’a acquis naguère au contact de Wilhelm Furtwängler, dont il suivit à Berlin, de nombreuses années durant, les répétitions et les auditions réalisées avec l’Orchestre Philharmonique.
Depuis lors, Kletzki a dirigé la plupart des grandes associations symphoniques européennes, ayant été appelé, d’autre part, à réorganiser et à conduire l’Orchestre de Dallas dont il a réussi à faire l’un des meilleurs ensembles actuels du Nouveau-Monde.
Dès la saison 1967-1968, Paul Kletzki deviendra le conducteur principal de l’Orchestre de la Suisse romande qui, sous sa baguette, conservera dans son intégrité le prestige que lui a valu sa longue et fructueuse collaboration avec Ernest Ansermet. Ce dernier, malgré les travaux scientifiques et esthétiques auxquels il entend se consacrer désormais, maintiendra un contact souhaitable avec les auditeurs romands qui lui furent toujours fidèles.
À l’occasion du concert marquant les débuts du Festival lucernois 1966, Paul Kletzki a constitué un programme dans lequel il applique résolument la loi de la diversité. La „Pastorale“ de Beethoven formera le préambule d’une soirée qui s’achèvera par le „Concerto pour Orchestre“ de Witold Lutoslawski, compositeur de grand talent, qui occupe dans la production musicale polonaise contemporaine une place prépondérante.
Soliste de la soirée, le pianiste Clifford Curzon sera l’interprète du „Concerto en ut mineur, KV 491“, de Mozart. Paul Kletzki, en cette circonstance, conduira l’Orchestre suisse du Festival qui, par la suite, obéira successivement aux ordres de Bernard Haitink, Claudio Abbado et André Cluytens.
D’autres formations symphoniques ou de musique de chambre apparaîtront également au Kunsthaus. Il s’agira de l'Orchestre philharmonique de Vienne - que dirigeront Herbert von Karajan, George Szell, Lorin Maazel et Georg Solti - du Cincinnati Symphony Orchestra (dir. Max Rudolf), du Collegium Musicum de Zurich (dir. Paul Sacher), de l’English Chamber Orchestra (dir.Daniel Barenboim et Raymond Leppart), des Festivals Strings de Lucerne (leader: Rudolf Baumgartner), de l’Octuor de Vienne et du Quartetto italiano.
Indépendamment de Clifford Curzon, Irmgard Seefried, Nathan Milstein, Zino Francescatti, Agnes Giebel, David Barlllan, Aurèle Nicolet, Margrit Weber, Eduard Brunner, Géza Anda, Evelyn Lear, Anna Reynold et Birgit Nilsson seront les solistes des auditions d’orchestre; Victoria de Los Angeles, Arturo Benedetti-Michelangeli, Witold Malcuzynski, Edward Power Biggs et Anton Nowakowski se produiront au cours de différents „récitals“.
Soulignons enfin d’une mention particulière l'inscription à l’affiche lucernoise de l’oeuvre «Wagadus Untergang durch die Eitelkeit», que Vladimir Vogel réalisa en 1931, et qui sera présentée par les soins des Choeurs réunis de la Radio-Télévision belge et du Kammersprechchor de Zurich.
Une fois de plus, le programme lucernois est placé sous le signe de la richesse et de la diversité. [...]"
(*)L'Orchestre Suisse du Festival de Lucerne («Schweizerisches Festspielorchester») était l'ensemble résident historique du Festival de Lucerne, fondé en 1938 et dissous en 1993.
Créé à l'initiative du chef d'orchestre Ernest Ansermet, le Festival de Lucerne et son orchestre visaient à offrir du travail aux musiciens suisses durant la période estivale, tout en attirant le public touristique de Lucerne. Son premier concert historique eut lieu en 1938 sous la direction d'Arturo Toscanini devant la villa Wagner à Tribschen.
L'Orchestre Suisse du Festival de Lucerne était alors un ensemble d'élite composé des meilleurs musiciens issus des différents orchestres symphoniques de Suisse, notamment de l'Orchestre de la Suisse Romande et de la Tonhalle de Zürich. Durant son existence, il fut dirigé par les plus grands noms de la direction d'orchestre, tels que Wilhelm Furtwängler, Herbert von Karajan, Bruno Walter ou encore Rafael Kubelík. L'orchestre fut toutefois dissout en 1993, principalement pour des raisons artistiques et structurelles: le festival voulait rivaliser avec les meilleures formations du monde, ce qui poussa les organisateurs à repenser complètement le modèle orchestral, et à inviter des orchestres bien établis.
Finalement, en 2003, ce fut quand-même un orchestre non-permanent, comme à l'origine, qui fut créé sous l'impulsion de Claudio Abbado et de Michael Haefliger, le «Lucerne Festival Orchestra» (LFO). Contrairement à l'ancien orchestre “suisse“, le LFO devint toutefois un ensemble international regroupant avant tout les meilleurs musiciens d'orchestres de renommée mondiale, ainsi que des musiciens de chambre.
Paul KLETZKI vers 1966
Cité du compte-rendu qu'Henri JATON publia le lendemain dans la Tribune de Lausanne en page 7:
"[...] Brillant début du Festival de Lucerne.
Dans l’ordre du nombre et de la variété des manifestation qu’ils nous proposent, les dirigeants du Festival lucernois ont poursuivi une évolution considérable, depuis l’instant où l’illustre Toscanini accorda spontanément son patronage effectif à l’initiative dont, en 1938, Ernest Ansermet fut le promoteur intrépide.
Naguère, l’Orchestre suisse du Festival assumait, seul, la responsabilité des auditions symphoniques figurant à l’affiche des Semaines internationales. Depuis plusieurs saisons déjà, certains ensembles parmi les plus célèbres de notre temps, interviennent à Lucerne. Mais hier soir, l’Orchestre suisse, obéissant à la baguette de Paul Kletzki, était en cause, lors de la séance inaugurale du Festival.
[...]
Un maître de l’orchestre: Paul Kletzki.
Paul Kletzki présidait à l’audition initiale des Semaines internationales de Lucerne. Le chef qui porte la responsabilité de ce premier concert du Festival assume une lourde tâche; car, il doit au cours de quelques répétitions seulement, doter l’Orchestre Suisse qui lui est confié de toute la cohésion et la fusion désirables.
En portant leur choix sur Paul Kletzki en cette circonstance, les dirigeants de l’importante manifestation musicale lucernoise ont agi avec sagesse, car le successeur d’Ernest Ansermet est un magnifique “technicien“ de l’orchestre qui sait obtenir de l’ensemble placé sous ses ordres, le résultat le meilleur en usant des moyens les plus efficaces. Dans la disposition même de son programme. Paul Kletzki nous fournissait la preuve de son parfait éclectisme, en interprétant dans un style impeccable, la 8e Symphonie de Beethoven, et en animant de toute la verve désirable, les pages d’une expression relativement “extérieure“ qui composent le Concerto pour Orchestre de Lutoslavski.
Soliste de la soirée, le pianiste Clifford Vurzon, faute d’une sensibilité raffinée, nous permit d’apprécier les ressources indiscutables de son mécanisme, dans l’exposé quelque peu impersonnel qu’il nous offrit, du Concerto en do mineur K.V. 491 de Mozart. [...]"
L'oeuvre ouvrant la première partie de ce concert:
Ludwig van Beethoven, Symphonie No 8 en fa majeur, Op. 93, Orchestre du Festival de Lucerne, Paul Kletzki, 13 août 1966, Maison des Arts (Kunsthaus), Lucerne
1. Allegro vivace e con brio 10:00 (-> 10:00)
2. Allegretto scherzando 04:21 (-> 14:21)
3. Tempo di menuetto 04:52 (-> 19:13)
4. Allegro vivace 07:21 (-> 26:34)