Wolfgang Amadeus MOZART composa cette sonate pendant son voyage à Munich à l'occasion de la représentation de son opéra „La finta giardiniera“, entre la fin 1774 et le mois de mars suivant; elle est la troisième d'un cycle de six sonates composées au cours de ce voyage, dont le niveau de difficulté va croissant. Cette sonate est l'une des oeuvres les plus virtuoses composées par Mozart.
L’influence de Haydn est très marquée, notamment dans le premier mouvement. Ses deux thèmes se distinguent clairement, tant par leur style que par leur registre: le premier est ouvert et fluide, le second tendu et compact. La section de développement est d’une longueur et d’une brillance inhabituelles. La brillance est en effet la qualité marquante de cet Allegro dans son ensemble, et la texture aérienne est encore allégée par l’utilisation fréquente de figures d’accompagnement étendues en demi-croches.
Le mouvement lent est marqué „Andante amoroso“, l’une des toutes premières pièces de la musique pour clavier de Mozart à se distinguer par cet adjectif. Cette indication de tempo, avec ses phrases mélodiques cantabile pleines d'émotion, en mi bémol majeur, souligne l'atmosphère tendre et intime de cette pièce. Mozart avait initialement prévu un Andantino, mais il opta finalement pour l'andante amoroso afin de donner davantage d'expression à cette atmosphère.
Une charmante introduction en tierces descendantes mène à l’ouverture de la longue cantilène qui se déploie sur une basse murmurante. Une reprise de cette introduction, remaniée avec des ornements en triolets, marque le retour de la cantilène qui module vers le la bémol. Le mouvement s’achève par la répétition habituelle des motifs déjà entendus. Ce n’est pas un „Andante amoroso“ profond, mais au charme véritablement “galant“.
Pour le finale, Mozart adopta une forme en rondeau, un peu à la manière de J.C. Bach; il comporte un rythme de gavotte et suit la structure A–B–A–C–A. Le style est brillant, presque concertant, avec des pauses dramatiques, des changements de tonalité rapides et une petite cadence séduisante avant le retour final du thème principal. Il convient peut-être de noter que la section en mineur est relativement brève. Une autre particularité stylistique réside dans la dextérité avec laquelle Mozart brise le rythme à 2/4 grâce à une utilisation efficace des triolets. Le mouvement se termine par une coda au caractère enjoué.
Nikita MAGALOFF au cours des ans
L'interprétation qui en proposée ici provient du récital que Nikita MAGALOFF donna le 19 décembre 1958 à Paris, qui fut enregistré par la Radiodiffusion française dans un de ses studios (probablement dans celui de la rue François-Ier, Paris VIIIe, alors nommé “studio 26“) et diffusé le mercredi 7 janvier suivant à 20 h 50 sur France I dans un épisode de la série „Le Livre d'or de Paris-Inter“ (une célèbre émission radiophonique diffusée sur la station française Paris Inter (devenue France I en 1958) dans les années 1950, jusqu'au début des années 1960).
Au programme:
⇒ Wolfgang Amadeus Mozart, Sonate en si bémol majeur KV 281
⇒ Domenico Scarlatti, Sonate en si mineur, L 33, Sonate en ré majeur, L 361
⇒ Johannes Brahms, Sonate No. 3 en fa mineur, opus 5
Wolfgang Amadeus Mozart, Sonate en si bémol majeur KV 281, Nikita Magaloff, 19 décembre 1958