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Domenico SCARLATTI
Sonate en si mineur, L 33
Sonate en ré majeur, L 361
Nikita MAGALOFF
19 décembre 1958

Chez Domenico SCARLATTI, il faut entendre par „sonate“ une „pièce à faire sonner sur un instrument“, par opposition à „cantate“, une „pièce à chanter“. Aucun rapport, donc, avec ce que sera plus tard la sonate classique, ni même avec ce que sont alors la „sonata da chiesa“ ou la „sonata da camera“. "[...] Ces pièces sont brèves, presque tou­tes en un unique mouvement en deux parties avec reprises. Le musicien ne procède à aucune recherche formelle; il paraît même apprécier cette contrainte de l’uniformité pour mieux faire jaillir sa pensée, son imagination et sa verve.

Leur concision tient parfois de l’aphorisme. Mais plus de la moitié d’entre elles ont été copiées, groupées par deux, parfois par trois, et tout porte à croire qu’elles ont été conçues ainsi. Rien n’interdit cependant, semble-t-il, de les jouer séparément, ou dans des groupages à imaginer pour en ordonner le discours. Ainsi, telle sonate en style fugué pourra-t-elle s’accommoder à merveille de telle autre, dans la même tonalité, lui servant de prélude. Tel autre groupage de trois sonates pourra évoquer un concerto italien...
[...]" cité des notes de Gilles CANTAGREL publiées en 2005 dans le SACD 22341 du label ATMA classique

Les diverses numérotations des sonates de Domenico Scarlatti... Il est un peu difficile de s'y retrouver...

Un bref historique: elles furent d'abord éditées par Alessandro LONGO en 1906 à Milan, à l'occasion de son édition des oeuvres pour clavier de Scarlatti chez Ricordi. Ca­rac­té­risée par la lettre L, elle est fondée sur le choix d'un regroupement des sonates en suites tonales. L'en­tre­prise éditoriale fut achevée en 1910.

Ce n'est qu'en 1953, qu'une nouvelle numérotation fut proposée par le claveciniste américain Ralph KIRKPATRICK, identifiée par la lettre K, fondée sur la chronologie des diverses sources alors connues (éditions d'époque et copies manuscrites).

En 1967, des considérations stylistiques conduisirent Giorgio PESTELLI à proposer une nouvelle numérotation, sous la lettre P, ainsi qu’une nouvelle chronologie.

La numérotation d'Emilia FADINI, identifiée par la lettre F, est la plus récente: com­men­cée en 1978 pour l'éditeur Casa Ricordi, l'édition complète s'étendit sur plusieurs vo­lu­mes, jusqu'en 2021, avec des contributions de Marco MOIRAGHI. Elle se base prin­ci­pa­lement sur le Codex de Venise ainsi que sur d'autres manuscrits contemporains et des estampes originales du XVIIIe siècle.

Dans la chronologie établie par Giorgio PESTELLI, la première des deux pièces pré­sen­tées ici - la sonate L 33 (K 87 / P 43 / F 266) - se trouve dans la période de Rome (1709–1719), durant laquelle Scarlatti fut au service de la reine Marie-Casimire de Pologne, puis maître de chapelle au Vatican. Les oeuvres y reflètent un style con­tra­puntique rigoureux. Cette sonate L 33 est l'une des plus typiques de cette période.

C'est est une pièce assez singulière dans le corpus de Scarlatti. Sans aucune indication de tempo dans la partition, elle se distingue par son caractère plutôt contemplatif que virtuose. C'est l'une des sonates les plus introspectives de Scarlatti.

««Elle est sombre, méditative et presque austère, son expression naît moins de l'élan virtuose que de la tension harmonique et du travail contrapuntique. Elle s'ouvre sur une ligne grave et plaintive, soutenue par une écriture à plusieurs voix qui lui confère une densité inhabituelle chez Scarlatti. La mélodie semble constamment chercher à s'élever sans parvenir à se libérer de la pesanteur du ton mineur. La seconde partie reprend et transforme les éléments de la première sans véritable changement de caractère: la tension demeure, tandis que le discours acquiert progressivement une allure plus solennelle. L'harmonie reste remarquablement proche de la tonique, ce qui renforce l'impression d'enfermement et de gravité»». Traduit de l'ouvrage de W.Dean SUT­CLIFFE, The keyboard sonatas of Domenico Scarlatti and eighteenth-century musical style, Cambridge University Press, 2003.

Un aspect particulièrement intéressant est justement cette économie harmonique: Sut­cliffe remarque que la sonate s'éloigne à peine de sa tonique - et que le si mineur ex­er­ce comme un véritable aimant sur tout le discours.

La seconde pièce - la sonate L 361 (K 435 / P 466 / F 381) - se trouve elle dans la pé­rio­de que Giorgio Pestelli nomma «The great blooming after the Essercizi», décade 1746 - 1757 «The time of the galant».

Elle appartient à un tout autre univers que la sonate L 33: c’est une pièce brillante, vive et extrêmement rythmée, cataloguée comme Allegro. Une sonate éblouissante et jubilatoire, dans laquelle Scarlatti exploite les notes répétées, les traits de doubles croches et les brusques sauts de registre dans une écriture d’une virtuosité percussive. Le rythme, d’une vitalité irrésistible, évoque les sonorités de la mandoline et des castagnettes et donne à cette page en ré majeur un caractère profondément populaire et une allure de fête ibérique - mais sans être une “pièce espagnole“. Son intérêt tient aussi à la construction extrêmement serrée du mouvement, où les figures répétées deviennent véritablement le moteur du discours. C'est cette fusion entre virtuosité, rythme et couleur instrumentale qui fait son caractère.

Nikita MAGALOFF au cours des ans
Nikita MAGALOFF au cours des ans
L'interprétation qui en proposée ici provient du récital que Nikita MAGALOFF donna le 19 décembre 1958 à Paris, qui fut enregistré par la Radiodiffusion française dans un de ses studios (probablement dans celui de la rue François-Ier, Paris VIIIe, alors nommé “studio 26“) et diffusé le mercredi 7 janvier suivant à 20 h 50 sur France I dans un épisode de la série „Le Livre d'or de Paris-Inter“ (une célèbre émission radiophonique diffusée sur la station française Paris Inter (devenue France I en 1958) dans les années 1950, jusqu'au début des an­nées 1960).

Au programme:

  ⇒   Wolfgang Amadeus Mozart, Sonate en si bémol majeur KV 281
  ⇒   Domenico Scarlatti, Sonate en si mineur, L 33, Sonate en ré majeur, L 361
  ⇒   Johannes Brahms, Sonate No. 3 en fa mineur, opus 5

Domenico Scarlatti, Sonate en si mineur, L 33, Sonate en ré majeur, L 361, Nikita Magaloff, 19 décembre 1958

        1. Sonate en si mineur, L 33           04:30
        2. Sonate en ré majeur, L 361          02:55

Provenance: Radiodiffusion

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1. Sonate en si mineur, L 33


2. Sonate en ré majeur, L 361