Sur le XXIIIe Septembre Musical de Montreux 1968
Ce Septembre Musical fut le premier organisé sous la direction de René KLOPFENSTEIN.
Cité de la présentation (non créditée) publiée dans le Journal de Montreux du 23 août 1968 en page 21:
"[...] M. René Klopfenstein nous parle du Festival.
M. René Klopfenstein, directeur du Festival de musique de Montreux-Vevey, est de ces hommes qui entreprennent toute chose avec passion, sans que leur visage trahisse l’intensité de leurs sentiments. Il est discret en ce qui le touche personnellement; et il ne se livre vraiment que lorsqu'il parle de l’effort et des succès des autres. Il a pourtant accepté de nous entretenir du festival qui va s’ouvrir et de nous faire part de ses premières impressions d’animateur de la grande manifestation artistique dont il a la responsabilité.
René KLOPFENSTEIN, un portrait réalisé par Gertrude FEHR
publié entre autres dans la revue Radio Je vois tout TV du 22 août 1968 en page 48
Ma principale ambition, à l’heure actuelle, c’est que le «Septembre musical», officiellement appelé désormais Festival de musique de Montreux-Vevey, pour lui donner un meilleur retentissement publicitaire, s’impose encore mieux que dans le passé sur le plan national et international. Notre manifestation est parvenue à un point crucial. Il faut que dans les deux ou trois ans à venir notre effort soit tel que le public n’hésite pas à y venir, et que tous les amis de la musique le considèrent comme un événement à ne pas manquer. Le festival a eu une jeunesse et une adolescence remarquables. Il est maintenant adulte et doit s’accomplir en tant que tel de manière complète. Les Semaines musicales de Lucerne, pour prendre un exemple, ont passé par ce stade y a quelques années. Il n’y a pas de raison que, plus jeune, notre manifestation n’évolue pas dans le même sens, pour autant que nous sachions y contribuer. Je ne dis d’ailleurs pas cela pour sous-estimer les efforts magnifiques déjà accomplis par la collectivité montreusienne pour créer et développer le «Septembre musical». Je pense au contraire que ces efforts ont été plus importants, en proportion, qu’un peu partout ailleurs. Mais il importe qu’en dehors de Montreux on comprenne la chance que la Suisse romande et notre pays tout entier ont de voir s’inscrire ainsi chaque année un tel festival au programme de leurs activités artistiques.
Q.: Qu’en pensent les artistes eux-mêmes?
Sans l’ombre d’une hésitation, je vous répondrai que les artistes adorent venir à Montreux. Et peut-être même que dans leurs milieux notre festival a plus d’importance, que celle qu'on lui attribue sur le plan régional.
Q.: Et pourquoi?
Tout d’abord, il faut savoir que les artistes aiment venir en Suisse, où ils se sentent à l’aise, dans un climat relativement tranquille, de détente. qui ne règne pas dans la plupart des autres pays. Et Montreux s’est fait une réputation de ville accueillante, dont les artistes gardent le meilleur souvenir, malgré les inconvénients d’une salle de concert à l’acoustique peu favorable...
Q.: ... d’ailleurs en bonne voie d’amélioration avec les travaux qui y sont entrepris depuis quelques semaines.
C’est exact. Et j’en suis le premier heureux... Pour parler encore des artistes, je vous dirai que ce sont des hommes et des femmes comme les autres, qui aiment à être entourés et qui, trop souvent dans leur carrière de voyageurs impénitents, passent des applaudissements d’une salle en liesse à la solitude pénible d’une chambre d’hôtel. Or, à Montreux, grâce notamment aux efforts des «Amis du Festival», les musiciens se sentent accueillis, choyés.
Q.: Vous estimez donc que, du côté des artistes, le Festival de musique de Montreux-Vevey jouit d’une notoriété déjà remarquable mais susceptible encore de s’améliorer. Mais ailleurs?
Pour moi, notre festival repose sur des bases solides, car il est admis par la population, par les autorités, par les milieux touristiques, comme une manifestation nécessaire et digne d’un grand soutien. Et maintenant, vous le savez, les pouvoirs publics à Vevey, à La Tour-de-Peilz et dans les autres communes du district, ont admis de le soutenir d’une manière effective. Je souhaiterais que cette réaction positive se manifeste aussi sur le plan cantonal et fédéral, où, comme vous le savez, l’appui aux manifestations artistiques reste généralement assez platonique. Il suffirait de peu de chose pour que nos éternels problèmes financiers se posent en des termes plus faciles et pour que notre ville, avec l’aide des communes voisines, ne supporte pas seule le poids financier d’un festival utile à la propagande générale pour notre pays et indispensable sur le plan culturel.
Q.: Cela est d’autant plus vrai que les artistes suisses ne sont pas ignorés par Montreux.
En effet, je crois pouvoir dire que jamais le festival n’a fait place aussi large aux artistes suisses. J’en compte une quinzaine parmi les solistes et compositeurs qui apparaissent à l’affiche, avec en plus l’Orchestre de la Suisse romande, la Schola Cantorum Basiliensis et l’Orchestre de chambre de Lausanne, qui donnera à lui seul quatre concerts.
Q.: «new look» - Parlez-nous, s’il vous plaît, de la conception générale du festival 1968.
Il n’est pas besoin de rappeler longuement que nous avons voulu innover de manière très large. En matière musicale comme dans d’autres domaines. la «clientèle» est très diverse. Il nous a donc paru nécessaire de répondre aux goûts les plus divers. C’est pourquoi j’ai élargi l'éventail des manifestations. Et aujourd'hui je me rends compte que cette intention va tout à fait dans le sens des désirs du public. En effet, tant pour les soirées «Musique et Histoire» de Chillon que pour les sérénades prévues au Théâtre de Montreux les billets se sont arrachés. Et j'ai le sentiment qu’en reprenant un répertoire souvent ignoré ou délaissé, en ces occasions, nous avons attiré un public partiellement nouveau.
Q.: Vous avez également fait une place importante à la musique nouvelle?
Oui. Il s’agit donc du cycle intitulé «Musiques du XXIe siècle». Pourquoi XXIe? Et bien tout simplement parce que nous sommes dans le troisième tiers du XXe et que «Pelléas et Mélisande», pour citer un exemple, est déjà une partition consacrée, bien qu'elle soit de notre siècle. Le Festival de Montreux doit contribuer à faire l’avenir avec les autres, soit en présentant des réalisations d’avant-garde déjà connues à l’étranger, soit en commandant des oeuvres aux compositeurs d’aujourd’hui. Une telle entreprise est coûteuse et nous avons la chance de pouvoir compter sur des subsides privés et sur la collaboration, pour le concert-spectacle «Les Miroirs solitaires», du Centre de recherches sonores de la Radio suisse romande.
Q.: On ne peut que rendre hommage à un tel effort en faveur de la «musique vivante».
Nous voulons montrer de l’intérêt pour les musiciens de notre temps. Mais il faut que cet effort rencontre une réponse auprès du public. Trop souvent, une partie de celui-ci ne veut même pas tenter de se rendre compte de ce qu’est cette «musique moderne» qu’il craint tant.
Q: Collaboration régionale - Nous avons parlé tout à l’heure de la bonne volonté manifestée par les autorités des communes du district. Comment se traduit cette collaboration régionale dans les programmes?
Les concerts de Vevey ne constituent plus un «post-scriptum» au Festival, car ils sont tout à fait intégrés dans le programme. Montreux a la charge d’organiser l'ensemble. Mais nos amis de Vevey et de la région ont officialisé dès cette année un appui financier bien précieux à notre manifestation. Nous avons choisi de placer les concerts de musique sacrée à l’église de Saint-Martin, magnifique sanctuaire dont les orgues ont été complètement rénovées et donneront sans doute satisfaction aux grands solistes inscrits à l’affiche.
Q.: Et le choeur?
Comme vous le savez, André Charlet a accepté de travailler dans le cadre du Festival avec ses excellents choristes. Si nous avons choisi cette formule, c’est que nous tenons beaucoup à disposer d’un choeur qui puisse accomplir de nombreux services, notamment pour enregistrer certaines oeuvres en production commerciale et même entreprendre des tournées avec ces oeuvres.
Q.: En première audition depuis la mort du compositeur, nous aurons le privilège d’assister à une exécution du «Requiem» de Cimarosa. Où avez-vous découvert cette oeuvre?
Il s’agit d’un manuscrit conservé probablement pendant longtemps par les moines de Bellinzone et transféré ensuite à la bibliothèque d’Einsiedeln, où nous l’avons trouvé. Ces pages sont très lisibles et bien écrites et nous sommes heureux de pouvoir les faire connaître en transmission directe par l’Eurovision.
Q: Manifestations annexes - Et le concours de flûte?
Nous avons songé à faire du Festival une manifestation plus complète que jusqu’à maintenant, une véritable fête de la musique et des musiciens. C’est ainsi que nous avons imaginé, avec Nicole Hirsch, ce Prix mondial du disque réalisé en collaboration avec la revue «High Fidelity». Quant au Concours international de flûte, il s’inscrit dans le même ordre de préoccupations. Il existe divers concours d’interprétation. Mais les instruments à vent sont en général délaissés. C’est pourquoi nous avons voulu faire profiter de jeunes artistes non encore consacrés de la notoriété du Festival de musique de Montreux-Vevey. Cette année Ce sont des flûtistes. L’an prochain, ce seront des trompettistes. J’ajoute au nombre des manifestations annexes la première réunion des directeurs de festivals, qui a été fixée à Montreux au début d’octobre et me procurera le plaisir de recevoir vingt-huit de mes confrères afin de mettre sur pied une collaboration profitable à tous et aux mélomanes. [...]"