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Ludwig van BEETHOVEN
Symphonie No 4 en si bémol majeur, op. 60
Orchestre de la Radio/Télévision Suisse Italienne
Wolfgang SAWALLISCH
4 juin 1964, «Teatro Kursaal Apollo», I Concerti di Lugano

La Symphonie No 4 en si bémol majeur, op. 60, est la quatrième publiée par Ludwig van Beethoven. Elle fut composée en 1806 et donnée en première audition sous sa direction le 5 mars 1807 lors d'un concert privé à Vienne, dans la demeure du prince Lobkowitz. La première audition publique eut lieu au «Burgtheater» de Vienne le 15 novembre suivant. Cette oeuvre fut dédiée au comte Franz von Oppersdorff.

Jouissant d'une grande popularité du vivant du compositeur, elle compte aujourd'hui tou­te­fois parmi ses symphonies les moins jouées - “éclipsée“ par sa position entre la Troi­sième – l'„Eroica“, qui fut à l’époque la symphonie la plus longue et la plus complexe jamais composée – et la Cinquième, d’une puissance viscérale. Robert Schu­mann qualifia la 4e symphonie de „la plus romantique“ de toutes les symphonies de Bee­tho­ven et l’a décrivit comme „une jeune fille grecque élancée entre deux géants du Nord“: le climat bien plus léger de la 4e symphonie et la joie qui y domine ne peuvent certes rivaliser avec l'allure grandiose et les puissants messages extra-musicaux des 3e et 5e. "[...] Mais c’est néanmoins à tout point de vue une oeuvre beethovénienne, ten­due par une force athlétique, propulsée par un élan irrésistible, et émaillée de traits sty­lis­ti­ques qui trahissent immanquablement le compositeur. Ecrite la même année que le Concerto pour violon, le Quatrième Concerto pour piano et les trois Quatuors à cordes „Razoumovski“, elle coule sereine et heureuse, avec l’assurance empreinte de maturité qui caractérise les oeuvres de Beethoven dites “de la période médiane“; et, comme tant de ces oeuvres, elle fait partie de ses compositions les plus plaisantes, les plus at­ta­chan­tes.[...]" Lindsay KEMP, référencié ci-dessous.

Lorsque l'oeuvre fut achevée, en automne 1806, Beethoven était en pleine exaltation en raison de son amour pour la comtesse Josephine Brunsvik, comtesse Deym veuve, ce qui transparaît particulièrement dans le premier thème marquant son premier mou­ve­ment, qui se prolonge en une extase joyeuse et émouvante. Ignaz von Seyfried dé­cri­vait le compositeur à cette époque comme „serein, toujours prêt à plaisanter, joyeux, vif, plein de vie, plein d’esprit, et souvent satirique“. Ce sentiment de bonheur se reflète dans sa quatrième symphonie; l’oeuvre orchestrale se caractérise globalement par une atmosphère amicale, lumineuse et idyllique. Celle-ci ne se révèle toutefois pas dès le début, car l’introduction adagio du premier mouvement est écrite dans la sombre to­na­li­té de si bémol mineur.

Une présentation de ses quatre mouvements citée des notes de Lindsay KEMP - mu­si­co­logue, écrivain et animateur britannique très respecté, principalement reconnu pour sa profonde expertise en musique ancienne et en musique baroque (ne pas confondre avec le danseur, mime et chorégraphe britannique Lindsay Kemp) - publiées en 2006 dans le livret du coffret LSO live LSO0598:

"[...] C’est l’influence de Haydn qui transparaît dans le début de la symphonie, bien que l’on puisse douter que ce dernier ait jamais composé une introduction lente aussi pénétrante et ambiguë que celle-ci. En fait, la „Représentation du Chaos“ au début de l’oratorio de Haydn La Création semble être une source d’inspiration plus probable, et c’est peut-être cette similitude que l’essayiste musical du XXe siècle Donald Tovey avait à l’esprit lorsqu’il évoqua la „vastitude de voûte céleste“ de ce passage; certainement trouve-t-on ici un sentiment de vide et de crainte mêlée de respect qui fait penser à la contemplation des cieux (un sujet que Beethoven explora lui-même de manière plus explicite et sereine, la même année, dans le mouvement lent du second Quatuor „Razoumovski“).

Ce remarquable passage musical conduit finalement, par une accélération conçue astucieusement, au corps principal du mouvement, un fier Allegro vivace qui semble avoir mis de côté les sombres pensées des premières pages, tout en ayant d’une certaine manière puisé sa force en elles. Le matériau mélodique utilisé ici par Beethoven se grave dans les mémoires, mais c’est la façon dont il se sert des thèmes pour contrôler l’impulsion rythmique qui est le plus impressionnant: tout concourt à propulser la musique en avant.

Voici un exemple parlant. Au début de la section rapide, écoutez le doux motif descendant des bois, auquel répond vivement la première phrase des cordes; ces deux éléments réapparaissent à la fin du mouvement, mais c’est le motif des bois, passé dans le grave aux violoncelles et aux contrebasses, qui induit l’élan le plus irrésistible.

Dans le SECOND mouvement, cette impulsion est fermement maintenue, même si le thème principal et le thème secondaire (confié à la clarinette solo) offrent la tendresse propre aux adagios. L’élan est préservé, en partie grâce aux réapparitions stratégiques du rythme saccadé des premières mesures, en partie aussi grâce à la manière dont Beethoven “travaille“ l’accompagnement du thème principal à chacun de ses retours. Ce mouvement présente lui aussi une face obscure, sous la forme d’une explosion de colère inattendue dans le mode mineur qui interrompt le troisième énoncé du thème.

Bien qu’il ne soit pas intitulé ainsi, le TROISIÈME mouvement adopte la forme d’un scherzo, un type de mouvement enjoué dans une mesure à trois temps rapide, que Beethoven avait lui-même développée à partir de la forme plus ancienne du menuet avec trio. Les conventions exigent que ce type de mouvement soit en deux sections, la première étant reprise après la seconde. Mais, dans cette symphonie, Beethoven décida pour la première fois de développer le schéma: la bondissante première section est entendue à trois reprises, et la seconde – en l’occurrence une mélodie bien rythmée aux vents, avec de petites interventions mordantes des cordes – deux fois. Dans un nouveau trait d’espièglerie, la dernière apparition de la première section aboutit à une conclusion abrupte et prématurée, annoncée par une sonnerie irascible des cors.

Cette humeur badine se poursuit dans le FINALE, sous-tendu en permanence par un mouvement de doubles-croches allègres. L’esprit de Haydn est encore présent ici. Il se manifeste particulièrement dans la présentation parodique du thème principal, au ralenti, qui survient juste avant la fin. Mais l’ensemble est imprégné d’un emportement et d’une force typiques de Beethoven. Aussi modeste que cette symphonie puisse paraître en comparaison de certaines de ses comparses, elle est toutefois, indubitablement, l’oeuvre d’un géant.
[...]"

Dans l'enregistrement présenté ici, Wolfgang SAWALLISCH dirige l'Orchestre de la Radio/Télévision Suisse Italienne, une prise de son faite en concert le 4 juin 1964 dans le «Teatro Kursaal Apollo». Le concert fut à l'époque diffusé en direct sur l'émetteur de Monte-Ceneri de la RSI:

Montage d'extraits de la revue Radio TV Je vois tout du 28 mai 1964, page 49
         Montage d'extraits de la revue Radio TV Je vois tout du 28 mai 1964, page 49

Ci-dessus, l'orchestre est nommé „Le Radio-Orchestre“ pour la très simple raison qu'à cette époque il portait encore son nom d'origine „Orchestre de la Radio/Télévision Suisse Italienne“. Ce n'est qu'en 1991 qu'il reçut son nom actuel d'„Orchestre de la Suisse Italienne“ (OSI).
„Teatro Kursaal Apollo“ en 1916 et 1950, au milieu un montage d'extraits de la revue Radio TV Je vois tout du 28 mai 1964, page 49, à droite Wolfgang SAWALLISCH en 1957
À gauche: Teatro Kursaal Apollo en 1916 et 1950,
au milieu un montage d'extraits du Radio TV Je vois tout, 28 mai 1964, page 49,
à droite Wolfgang SAWALLISCH en 1957
Ludwig van Beethoven, Symphonie No 4 en si bémol majeur, op. 60, Orchestre de la Radio/Télévision Suisse Italienne, Wolfgang Sawallisch, 4 juin 1964, «Teatro Kursaal Apollo», I Concerti di Lugano

        1. Adagio – Allegro vivace                 11:53 (-> 11:53)
        2. Adagio                                  09:18 (-> 21:11)
        3. Scherzo-trio: Allegro vivace            05:38 (-> 26:49)
        4. Allegro ma non troppo                   06:45 (-> 33:34)

Provenance: Radiodiffusion

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En écoute comme fichier mp3 320 kbps

1. Adagio – Allegro vivace


2. Adagio


3. Scherzo-trio: Allegro vivace


4. Allegro ma non troppo


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