Joseph HAYDN
Symphonie No 101 en ré majeur, surnommée „L'Horloge“
Orchestre de la Suisse Romande
Ernest ANSERMET
11 juillet 1949, Victoria Hall, Genève
Pendant son deuxième séjour à Londres, entre février 1794 et août 1795, Joseph HAYDN présenta six nouvelles symphonies (nos 99-104) qui, par leur instrumentation et leur envergure, devaient surpasser le premier groupe des Symphonies „londoniennes“, présentées pendant son séjour précédent.
Les trois derniers mouvements de la symphonie No 101 furent composés en 1793 en Autriche, le premier mouvement ne fut achevé que l'année suivante, à Londres. Cette symphonie doit son surnom «L’Horloge» à une sorte de «tic-tac» orchestral berceant tout son deuxième mouvement. Ce surnom lui aurait été attribué par l'éditeur viennois Johann Traeg, en 1798.
"[...] Le premier mouvement débute, de manière mystérieuse, par une introduction Adagio [...]. Cordes et bois semblent se mouvoir avec étrangeté, dans un climat énigmatique. Le Presto [...] qui suit en prend d’autant plus de relief. Preste et alerte, son thème principal bondit aux oreilles et rafraîchit instantanément l’atmosphère par sa fière tonalité de ré majeur. Dans l’Andante en sol majeur [...], c’est évidemment le «tic-tac» des bassons, seconds violons, violoncelles et contrebasses qui attire aussitôt l’attention. [...].
De dimensions étonnantes pour l’époque, [...] le Menuet (Allegretto) présente en son centre, une «plaisanterie» passagère: le solo de flûte est d’abord sciemment dissonant, puis l’accompagnement «corrigé» à sa répétition. La fin renoue avec la nuance piano (Haydn supprima deux accords conclusifs forte, prévus à l’origine). [...]" cité d'un texte d'Éric MAIR.
Pour le dernier mouvement...
"[...] de nombreux commentateurs ont affirmé que le finale de cette symphonie est le plus beau de Haydn - et on le comprend. Il est presqu’entièrement construit à partir de son thème d’ouverture, à tel point qu’il n’y a pas de second sujet reconnaissable car la musique est dans un état constant de développement dès le début et même les passages de transition sont dérivés d’un des aspects de ses motifs de gammes montantes et descendantes. Après une série d’éclairs d’inspiration pour la forme et les motifs, Haydn a l’audace de commencer sa récapitulation sous forme de fugue pianissimo aux cordes, maintenant l’instrumentation au minimum jusqu’à l’irruption finale de tout l’orchestre pour la coda, avec une dernière hésitation avant qu’un flot de gammes montantes précipitées n’amène la symphonie à sa conclusion exubérante. [...]" cité des notes rédigées par Matthew Rye en 1992 pour Hyperion, traduction de Madeleine Jay.
L'interprétation qui en est proposée ici est très particulière:
Symphonie No. 101 de Joseph Haydn, OSR, Ernest ANSERMET, 1949 Extrait de la discographie Decca de Philip STUART
Publié sur les disques Decca London LPS 54 et Decca LX 3009, l'enregistrement occupe une place particulièrement intéressante aussi bien dans la discographie d’Ernest ANSERMET que dans l’histoire des débuts du microsillon chez Decca/London.
Il fut réalisé le 11 juillet 1949 au Victoria Hall de Genève. Le producteur était Victor OLOF et l’ingénieur du son Arthur HADDY, deux figures essentielles de la première époque du «Full Frequency Range Recording», le célèbre procédé «ffrr» de Decca.
Plusieurs particularités de cette séance méritent d’être soulignées. Il ne s’agissait pas, à l’origine, d’un enregistrement spécifiquement conçu pour le microsillon. La symphonie fut en effet enregistrée selon la technique alors habituelle du 78 tours, sur six matrices, SAR 428 à 433, correspondant aux six faces de trois disques 78 tours.
Il s’agissait en outre du premier enregistrement d’une oeuvre de Haydn par Ernest Ansermet. Decca indique également que ce fut son dernier enregistrement réalisé selon la logique du 78 tours, ce qui confère à cette séance une remarquable position charnière dans sa discographie: elle appartient techniquement à l’ère du 78 tours, mais allait connaître d’abord une diffusion commerciale sur le nouveau support microsillon.
Recto de la pochette du disque 25 cm, 33⅓ tours, London LPS 54
Le London LPS 54, microsillon de 10 pouces, 33⅓ tours, fut publié dès août 1949. Il était destiné au marché nord-américain, où les enregistrements de la DECCA britannique étaient commercialisés sous la marque LONDON. Son équivalent britannique, le Decca LX 3009, également un microsillon de 10 pouces, 33⅓ tours, parut en juin 1950. Les deux éditions proviennent des mêmes matrices enregistrées à Genève.
Un autre élément particulièrement remarquable tient à la chronologie des publications: l’édition sur microsillon précéda de plus d’une année la publication commerciale sur 78 tours, alors même que la séance avait été organisée et matricée selon le système propre à ce dernier support. Les 78 tours ne parurent qu’en septembre 1950 sous les références Decca K 28209–28211, puis en juin 1951 sous les références Decca AX 403–405.
Cet enregistrement revêt ainsi un réel intérêt historique, puisqu’il fut réalisé au moment précis où Decca effectuait la transition du 78 tours vers le microsillon. La firme avait acquis pendant la guerre une expérience considérable dans le domaine de l’enregistrement à large bande passante grâce au procédé «ffrr». Après 1945, Victor Olof, Arthur Haddy et les ingénieurs de Decca mirent cette expérience au service des grandes séances orchestrales de la compagnie.
Le Victoria Hall de Genève, qui allait devenir l’un des lieux privilégiés des séances Decca avec Ernest Ansermet et l’Orchestre de la Suisse Romande, prit précisément à partir de 1949 une importance croissante dans cette nouvelle phase de l’histoire du disque.
Étiquette recto du disque 25 cm, 33⅓ tours, London LPS 54
Ainsi, cet enregistrement de Haydn constitue à plusieurs égards un document de transition: enregistré selon les contraintes techniques et la méthode de découpage du 78 tours, il fut pourtant diffusé en premier lieu sur le nouveau support qui allait rapidement le remplacer. Il se situe donc à la jonction de deux époques, aussi bien dans l’histoire de Decca que dans la discographie d’Ernest Ansermet.
Parmi les rééditions modernes sur CD, cet enregistrement n'a pas bénéficié des innombrables rééditions des grands Ansermet stéréo.
Il existe bien une réédition DANTE LYS 456 de mars 1999, ainsi qu'une dans le coffret de 8 CDs CASCAVELLE VEL 3119 de 2008 (au début du 6e CD), mais ce n'est qu'en 2018 que DECCA l'a repris sur le CD 482 4979 de sa collection ELOQUENCE. Plus récemment, en 2024, il fut réédité dans le coffret Decca «Ernest Ansermet — The Mono Years», où la symphonie No 101 de Haydn ouvre le 4e CD.
Traduit du texte de présentation publié sur le site DECCA ELOQUENCE, en partie repris des notes que François HUDRY publia dans le livret du CD:
«« Ce qu’Ansermet aimait par-dessus tout chez Haydn, c’était sa capacité à „exprimer à chaque fois, d’une manière si satisfaisante et si charmante, sa santé morale et son optimisme“. Au fil de son analyse, Ansermet admire également une „simplicité sincère... une richesse et une pureté qui confèrent à son oeuvre son caractère personnel et immuable“.
La n° 101 [...] le montre dans son élément: il aborde l’introduction de la symphonie avec noblesse et sans sentimentalisme, avant de lancer le thème principal avec cet élan rythmiquement tendu qui caractérise ses nombreux enregistrements de Ravel et Stravinsky. Réalisé le 11 juillet 1949 dans l’acoustique réputée pour sa qualité du Victoria Hall de Genève, cet enregistrement fut à la fois le premier Haydn d’Ansermet sur disque et son dernier enregistrement sur 78 tours. Lors de sa sortie sur le tout nouveau format 33 tours [...], cet enregistrement fit sensation dans les pages de la revue „Gramophone“, suscitant une longue lettre d’un lecteur enthousiaste: „Je n’ai jamais entendu une telle reproduction sur disque – jamais de ma vie. Le Haydn est d’une pureté incroyable.“
Ansermet adopte une approche claire, nerveuse, rythmiquement très articulée - stimulante et relativement peu sentimentale. L'introduction lente conserve de la noblesse sans devenir massive; l'Andante évite une sentimentalité excessive; le Presto possède une pulsation très ferme et le Finale commence de façon étonnamment retenue avant de s'animer. »»
Les interprètes des superbement bien jouées parties de flûte... Le premier ne peut être qu'André PÉPIN, qui fit partie de l'OSR de 1937 à 1971. Pour le second il doit s'agir d'Alphonse ROY. Après un premier passage à l'OSR en 1931, Roy revint à Genève en 1940 et réintègra l'Orchestre de la Suisse Romande, où il occupa les fonctions de deuxième flûte solo jusqu'en 1971. Ce sont les deux seuls membres de l'OSR dans cet enregistrement dont l'identité peut être établie avec une quasi certitude. Aux timbales pourrait être Charles PESCHIER, l'une des personalités des plus marquantes de l'OSR.
Étiquette verso du disque 25 cm, 33⅓ tours, London LPS 54
L'exemplaire du disque utilisé pour cette restauration fut écouté à maintes reprises et est par endroits assez sérieusement griffé... Après un léger à fort DeClick avec ClickRepair et des réparations manuelles, le disque gratte encore, parfoit un peu beaucoup, mais l'enregistrement est quand-même agréable à l'écoute!
Il s'agit d'une restauration faite il y déjà bien longtemps, en juillet 2009, et publiée sur mon site le 13 juillet 2009: j'ai repris les audios sans les modifier, texte et mise en page sont par contre entièrement nouveaux.
Joseph Haydn, Symphonie No 101 en ré majeur, surnommée „L'Horloge“, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 11 juillet 1949, Victoria Hall, Genève