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Joseph HAYDN
Symphonie No 94 en sol majeur
dite „La Surprise“ ou „Du coup de timbale“
Orchestre de la Suisse Romande
Ernest ANSERMET
11 avril 1962, Victoria Hall, Genève

La symphonie No 94 de Joseph Haydn fait partie des symphonies dites «londoniennes», qu'il composa pendant son dernier séjour à Londres. À noter que leur numérotation ne suit pas la chronologie de leur composition, pas plus que celle de leur première audition. Les symphonies nos 96 («Le Miracle»), 95, 93 et 94 («La Surprise») furent écrites en 1791, les nos 98 et 97 en 1792. La Symphonie no 99 fut achevée en 1793 à Vienne et les symphonies nos 101 («L’Horloge») et 100 («Symphonie militaire»), commencées à Vienne, ne furent achevées à Londres qu’en 1794, année qui vit également la composition de la symphonie no 102. En 1795, Haydn écrivit les symphonies nos 103 («Roulement de timbales») et 104 («Londres»). Les surnoms que portent six de ces oeuvres ne leur ont pas été donnés par Haydn.

La symphonie No 94 - donnée en première audition le 23 mars 1792, lors du sixième des traditionnels concerts «Salomon» - fut par la suite baptisée «la surprise» dans les journaux londoniens, et «du coup de timbale» à Vienne:

"[...] Son introduction (Adagio cantabile) est la seule du premier groupe de Londoniennes à débuter piano et à éviter tout effet dramatique. Le thème principal du Vivace assai est entendu, démarche rare, deux fois à la tonique, puis en fa majeur, ce qui poussa Haydn, par souci d’équilibre, à lui opposer non pas une seule mais deux mélodies à la dominante ré majeur. Dans la réexposition, le thème principal n’apparaît qu’une seule fois au lieu de trois.

Suit le célèbre Andante à variations
(*) en ut majeur dont l’ouvrage tire son surnom. À noter toutefois que le fameux accord fortissimo de la mesure 16, prétendument destiné à «réveiller les dames», ne fut introduit par Haydn qu’après coup. Il manque dans le manuscrit original. Reste que le mot «surprise» se trouve dans l’article publié dès le lendemain du concert (24 mars 1792) par l’Oracle. [...]" Marc VIGNAL

L'origine exacte du surnom donné par la presse londonienne - «La Surprise» - n'est donc pas claire. C'est à Vienne que lui fut donné par la suite son 2e surnom «du coup de timbale», qui - lui - s'explique parfaitement. À ne pas confondre avec la symphonie dite „du roulement de timbales“, qui est la symphonie No 103!

(*) "[...] Le thème est ici suivi de quatre variations et d'une coda. Dans la première variation, le thème passe aux basses et s'orne d'un contrechant. La deuxième est en mineur, la troisième séduit par son solo de flûte, la quatrième est martiale. La coda introduit une touche de romantisme par des contre-temps et ses accords altérés. [...]" François-René TRANCHEFORT

Haydn réutilisera le thème de l'Andante dans l'air du laboureur des Saisons pour bien en montrer le caractère populaire.

"[...] Le Menuetto est marqué Allegro molto, indication de tempo la plus rapide jamais utilisée par Haydn dans une symphonie pour un mouvement de ce type, et qui n’avait qu’un seul précédent (Symphonie no 28 en la majeur de 1765). Il n’est plus question de danse de cour, ce que vient confirmer le trio central. La phrase ouvrant la seconde partie du menuet y apparaît renversée, et le retour en est tel que si danseurs il y a, ils ne peuvent que s’entremêler les jambes. [...]" Marc VIGNAL

"[...] Et c'est le finale Allegro di molto, feu d'artifice de doubles croches. Il s'agit d'un rondo-sonate à quatre couplets, le premier et le quatrième (avec second thème) faisant office respectivement d'exposition et de réexposition, et les deux du centre – le deuxième s'ouvre par un appel de cors, et le troisième par une plongée en sol mineur – de développement. Sans reprendre haleine, après un violent roulement de timbales, l'oeuvre se termine par une coda endiablée. [...]" François-René TRANCHEFORT

Victoria Hall de Genève, programme du concert du 11 avril 1962 retransmis en direct par la Radio Suisse Romande, montage d'extraits de la revue Radio Je vois tout
Victoria Hall de Genève, programme du concert du 11 avril 1962 retransmis en direct
par la Radio Suisse Romande, montage d'extraits de la revue Radio Je vois tout
Présentation - William RIME dans la revue Radio TV Je vois tout du 5 avril 1962 en page 49, voir au bas de cette page - et compte-rendus de ce concert furent dominés par les deux oeuvres de Benjamin BRITTEN, sauf celui de Hermann LANG publié le lendemain dans la Nouvelle Revue de Lausanne en page 7, qui s'en tient à l'ordre du programme:

"[...] Douzième concert de l’OSR - Ernest ANSERMET, le Choeur des Jeunes de l'Église nationale vaudoise, le Choeur de Radio-Lausanne

L'oeuvre de Joseph Haydn est encore à découvrir, si l'on songe qu'il a écrit une centaine de symphonies et un nombre égal de quatuors à cordes. C'est une musique d'aurore que l'on salue de plus en plus fréquemment aux programmes des concerts, une musique ignorant peut-être les sombres abîmes de l'âme, mais dont la fécondité d'invention, les traits savoureux, l'esprit gaillard, sain, jovial et la sûreté de métier réservent à chaque audition d'étonnantes surprises.

Il n'est pas de maître chez lequel l'instinct de race et l'art savant atteignent à une fusion aussi éclatante. Brahms a été le premier au siècle passé à attirer l'attention sur l'oeuvre de Haydn, alors passablement négligée. Wagner lui-même, qui jouait à Triebschen les symphonies londoniennes à quatre mains avec Cosima, s'en déclarait enchanté.

J'ai aimé la fraîche spontanéité, la fine sensibilité avec lesquelles le très intellectuel Ernest Ansermet présenta la Symphonie No 94 en sol majeur, dite du „Coup de timbales“, où, dans le glissement des harmonies, particulièrement à la fin des variations sur l'air des Saisons, percent les premières pousses du romantisme.

“Patience, patience, voici le chemin qui conduit à la félicité“, c'est ainsi que dans la très belle Cantate No 58, «Ach Gott, wie manches Herzeleid» de J.-S. Bach, la basse (Heinz Rehfuss) exhorte l'âme meurtrie s'exprimant par la voix du soprano d'Agnès Giebel. Duo de tendresse mystique, enveloppé de la douce intimité des cordes, du trio de hautbois, du clavecin et où alternent les teintes sombres, les effusions angoissées et les lumineuses sérénités.

Pour conclure ce dernier concert de l'OSR , la musique moderne anglaise fait une foudroyante irruption avec deux fragments de l'opéra „Peter Grimes“ et la „Cantata academica“ de Benjamin Britten.

Jamais vit-on pareils débordements dans la musique anglaise, d'ordinaire si pâle, si fade. Britten, en pur réaliste et avec une parfaite connaissance de l'effet à produire, manie les timbres et les couleurs avec une virtuosité parfois de façade, héritée semble-t-il de Berlioz et plus encore de Meyerbeer.

Alors que la Passacaille de Peter Grimes se développe dans un climat de sombre obsession, de hantise même, la Tempête hurle dans un formidable dé ferlement de clameurs, de grondements quasi souterrains, que coupent de soudaines accalmies. On n'a jamais mieux dépeint par les sons la sauvage grandeur de l'Océan en furie.

Composée sur un texte latin de Bernhard Wyss, en l'honneur du cinq centième anniversaire de l'Université de Bâle en 1960, la Cantata academica, de Britten toujours, condense ses douze fragments en des formes lapidaires et contrastées souvent d'un relief intense. Le dithyrambe puissamment hérissé de dissonances ou d'agressives explosions rythmiques y alterne avec des coulées mélodiques d'une suavité tout italienne. Rien de plus pur, de plus caressant â ce propos que le choeur „Alla rovescio“, où le duo des voix d'hommes et de femmes chemine, s'épanche selon le principe le plus strict, mais le plus doux à l'oreille, du renversement mélodique. Le langage de Britten, qui se pla.it aux agressives interjections parfaitement démoniaques, sait à point nommé trouver la conjonction suave. Le compositeur anglais possède incontestablement le don mélodique.

La conclusion de la cantate reprend l'invocation du début, mais dans un tumulte grandiose, une véritable bacchanale de sonneries de cuivres en canon, de cloches, de xylophones, de roulements de tambours que domine l'éclat des chaudes harmonies du choeur.

Les moments de repos de cette composition très colorée offraient aux solistes, tous de premier ordre, l'occasion de belles interventions vocales; outre Agnès Giebel, soprano, et Heinz Rehfuss, précédemment cités, c'étaient le pathétique ténor Ernst Haefliger et l'alto chaudement expressif de Mme Elsa Cavelti.

En cette circonstance surtout, on admira la splendide masse homogène et vocalement supérieurement cultivée du Choeur des Jeunes et du Choeur de Radio-Lausanne réunis, qu'André Charlet a amenés à un degré de perfection inconnu jusqu'ici en Suisse romande.

Un pareil instrument est un atout de premier ordre dans le développement toujours plus riche de la vie musicale en Suisse romande, â Lausanne en particulier.

Ainsi s'acheva cette brillante saison symphonique.

Exprimons notre profonde gratitude de tant de joies éprouvées à Ernest Ansermet et à sa très précieuse phalange de l'OSR.
[...]"

Ernest ANSERMET en répétition, un instantané non crédité publié en page 95 de l'Illustré du 5 avril 1962
Ernest ANSERMET en répétition, un instantané non crédité
publié en page 95 de l'Illustré du 5 avril 1962
Joseph Haydn, Symphonie No 94 en sol majeur, dite „La Surprise“ ou „Du coup de timbale“, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 11 avril 1962, Victoria Hall, Genève

        1. Adagio cantabile - Vivace assai          07:22 (-> 07:22)
        2. Andante                                  06:41 (-> 14:03)
        3. Menuett - Trio, Allegro molto            03:43 (-> 17:46)
        4. Finale, Allegro di molto                 04:24 (-> 22:10)

Provenance: Radiodiffusion

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1. Adagio cantabile - Vivace assai


2. Andante


3. Menuett - Trio, Allegro molto


4. Finale, Allegro di molto



Présentation de William RIME publiée en page 49 de la revue Radio TV Je vois tout du 05 avril 1962:

"[...] Ernest Ansermet dirige deux oeuvres signées Benjamin Britten.

On lit fréquemment, sous la plume des critiques de nos concerts d'abonnement, le reproche que les programmes paraissent dédaigner la musique de notre temps. On ne pourra pas l'écrire ce soir. En effet, deux ouvrages contemporains habilleront toute la seconde partie du concert. Or, bien que deux partis semblent s'opposer, en dépit de quelques concessions que l'on doit foire à l'égard des oreilles réfractaires à certaines compositions d'aujourd'hui, nous sommes persuadé que, ce soir, le maître Ernest Ansermet saura mettre tout le monde d'accord. En effet, les deux ouvrages en question sont signés Benjamin Britten, autant dire par un compositeur dont le style, la virtuosité d'écriture sont capables de retenir tous les publics.

Britten, né dans le Suffolk le 22 novembre 1913, fit ses études musicales au Royal College of Music de Londres. Ses succès de compositeur furent rapides et, lorsqu'il consacra un premier ouvrage au théâtre, on dut reconnaître son sens aigu de la scène. Il a été l'un des fondateurs de l'English Opéra Group et en est devenu, si l'on peut dire, le fournisseur préféré.

Nous entendrons précisément ce soir «Orage et Passacailie», extraits des «Quatre Interludes de Peter Grimes», premier ouvrage lyrique de Britten. Ce fut en avril 1942, et à la suite d'une suggestion du chef d'orchestre Koussevitsky, que le compositeur anglais se mit au travail après avoir pris contact avec le poète Montagu Slater. En 1945, l'oeuvre était terminée et fut créée la même année. Il s'agit d'un drame d'ordre psy­cho­lo­gique que Britten a su admirablement traduire en créant des ambiances musicales par­ti­cu­lièrement suggestives.

Le second ouvrage du compositeur anglais figurant au programme de ce concert est la «Cantata academica Carmen Basiliense» qui réunira, autour d'un quatuor de solistes remarquables, l'admirable ensemble vocal d'André Charlet, le Choeur des Jeunes de Lausanne. Cette cantate de Benjamin Britten nous sera donc révélée dans des con­di­tions particulièrement favorables et il faut savoir gré à Ernest Ansermet d'avoir mis en oeuvre un semblable ouvrage.

La soirée débutera par la charmante «Symphonie dite du Coup de Timbale» de Haydn et se poursuivra, en première partie, par l'exécution de la cantate «Ach Gott, wie manches Herzeleid» de J.-S. Bach, avec le concours d'Agnès Giebel, soprano, Heinz Rehfuss, basse, Lorand Fenyvès, violon, et Doris Rossiaud, claveciniste.
[...]"