Wolfgang Amadeus MOZART
Symphonie No 38 en ré majeur, KV 504, dite „Prague“
Orchestre de la Suisse Romande
Ernest ANSERMET
4 juillet 1947, Studio 1 de la radio, Genève
Wolfgang Amadeus MOZART se rendit à Prague du 8 janvier à mi-février 1787, 1er octobre à mi-novembre 1787 et fin août à mi-septembre 1791. Prague signifiait pour lui des représentations somptueuses de ses «Nozze di Figaro», de sa Symphonie No 38, création de son «Don Giovanni» au Théâtre des Etats de Bohème, création de son opera séria «La Clemenza di Tito». La noblesse tout comme la bourgeoisie de Prague le vénéraient. On dit souvent que la véritable ville de Mozart aurait été Prague, en secret, car personne ne lui y mit jamais de bâtons dans les roues et qu’il y fut toujours accepté sans réserve.
Il composa cette symphonie No 38 vers la fin de l'année 1786 et l'inscrivit dans le catalogue manuscrit de toutes ses oeuvres en date du 6 décembre 1786, soit juste avant son premier voyage à Prague. L'oeuvre est un peu particulière, ne comportant pas de menuet: elle n'a de ce fait que trois mouvements. En plus elle est sans clarinettes, qui était pourtant un instrument auquel Mozart vouait une grande tendresse.
Sur les circonstances de sa composition, peu de choses sont connues: nous savons seulement qu'elle aurait été donnée en première audition à Prague le 19 janvier 1787. Mais, dans l'état actuel des connaissances, sa composition devait être déjà terminée lorsque Mozart fut invité à donner une série de concerts à Prague. On ne sait pas non plus exactement pourquoi Mozart l'a composée sans l'habituel menuet des oeuvres symphonique de cette époque.
Dans cette oeuvre, le style symphonique de Mozart semble être devenu encore plus fort, tant en ce qui concerne sa puissance et son tempérament entraînant, qu'en ce qui concerne aussi les tonalités sombre, tragique et démoniaque. On y sent la proximité de «Don Giovanni» et «Le Nozze di Figaro»: non seulement les tonalités principales des opéras et de la symphonie correspondent, mais également quelques détails.
Le premier mouvement commence par une longue introduction: à elle seule, la tension polyphonique latente que porte en soi l'ample introduction, conduit l'auditeur dans un monde où passe l'influence de Joseph Haydn et où l'on sent la lutte dramatique au sein de l'inspiration mozartienne. Les alternances multiples entre forte et piano rappellent «Don Giovanni», avec son recours à la technique du «chiaroscuro». Dans la fanfare de cors et bassons de l'Allegro (mesures 43-44) on retrouve une similitude avec l'air de Figaro Non più andrai»».
Le mouvement central, lent, séduit non seulement par son élégance, mais aussi par un chromatisme latent et des timbres doux ainsi que de soudaines explosions fougueuses. Le deuxième thème de l’Andante fait pressentir l’«Andiam, andiam, mio bene» de Don Giovanni et Zerlina.
Le Presto final est basé sur un thème dérivé du duo «Aprite presto, aprite» du second acte des «Nozze di Figaro», lorsque Chérubin saute par la fenêtre pour échapper au comte, mais développé dans une atmosphère angoissée et dramatique.
À gauche, l'étiquette d'un des 78 tours Decca AK 1812
à droite recto de la pochette de l'album de 78 tours Decca EDA 91
Symphonie No 38 en ré majeur, KV 504, dite „Prague“, 4 juillet 1947
Symphonie no 40 en sol mineur, KV 550, 20 au 25 octobre 1942
Symphonie no 41 en ut majeur, KV 551, dite „Jupiter“, 20 au 25 octobre 1942
Ces trois enregistrements sont absolument historiques, non pas seulement à cause de leurs dates, mais aussi parce que sont les seules symphonies de Mozart enregistrées pour le disque sous la direction d'Ernest ANSERMET. Il existe certes quelques enregistrements d'autres symphonies de Mozart sous sa direction, mais ils proviennent tous de concerts.
L'interprétation de la Symphonie No 38, KV 504, proposée ici fut publiée sur 78 tours en novembre 1948 - (A)K1812-14 - et mars 1949 - American Decca EDA 91. C'est la seule de ces trois symphonies qui fut également publiée en 33 tours, sur Decca London LLP 88 en juillet 1951 et sur Decca LXT 2614 en septembre 1951:
À gauche, recto de la pochette du 33 tours Decca LXT 2614
à droite recto de la pochette du 33 tours Decca LONDON LLP 88
Une courte récension écrite lors de la parution aux USA de l'album de 78 tours «American Decca EDA 91», traduite des notes signées «S.» publiées dans la revue «The New Records Vol. 17» d'avril 1949, page 2.
«« Notre attachement aux symphonies de Mozart s'étend à bon nombre de ses oeuvres de ce genre, mais nous éprouvons une affection particulière pour la merveilleuse Symphonie de Prague. Peut-être est-ce la forme en trois mouvements qui nous fascine, ou bien le mouvement final plein de verve. Quoi qu'il en soit, l'écoute de cette oeuvre procure toujours un élan et un frisson. Il est donc difficile de critiquer une interprétation aussi savante et franche que celle-ci. Une fois encore, la critique de cet enregistrement particulier est compliquée par le souvenir d'avoir entendu Ansermet diriger cette oeuvre avec l'Orchestre de Philadelphie lors d'un concert d'abonnement il y a tout juste un mois (au moment où ces lignes sont écrites).
Au programme figuraient également Le Chant du rossignol de Stravinsky, la Suite de Pelléas et Mélisande de Fauré, ainsi qu'une interprétation inoubliable de La Mer de Debussy. Quel festin, et le tout magnifiquement dirigé! Ses enregistrements chez Decca nous avaient déjà grandement impressionnés, mais ce concert en direct nous a convaincus qu'il est l'un des véritables grands chefs d'orchestre de notre époque. Le public lui a réservé une ovation immense (tout comme les musiciens de l'orchestre, qui semblaient l'adorer tout autant!).
Trêve de compte-rendu. L'album qui nous occupe n'est pas tout à fait au sommet des productions «ffrr» de Decca, bien que la reproduction soit très satisfaisante et supérieure à la moitié de nos enregistrements nationaux. L'orchestre n'est pas celui de Philadelphie, mais c'est un bon ensemble, qui manque toutefois un peu de subtilité. Il fait toutefois preuve d'une bonne dose de précision et joue avec enthousiasme. Vous entendrez bien d'autres de leurs enregistrements, il n'est donc pas nécessaire de porter un jugement définitif sur ce coffret-ci. L'interprétation d'Ansermet est éminemment solide, l'effet d'ensemble est sa priorité, et c'est un produit authentique. L'interprétation est classique, les détails s'inscrivant parfaitement dans le cadre sans être exagérés. C'est du Mozart de grande qualité de bout en bout. Si vous ne vous êtes jamais aventuré au-delà de la 40e en sol mineur, ou si vous avez par hasard manqué celle de Prague, procurez-vous-la sans hésiter. Cette version est préférable; celles de Beecham (Col. MM-509) et de Golschmann (Vic. DM-1085) sont également très belles. »»
Attitudes d'Ernest ANSERMET, montage de photos publiées entre autres dans la revue Radio Actualités du 6 avril 1945, No 14, page 424
Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie No 38 en ré majeur, KV 504, dite „Prague“, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 4 juillet 1947, Studio 1 de la radio, Genève
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1. Adagio allegro
2. Andante
3. Presto
Présentation de William RIME publiée en page 49 de la revue Radio TV Je vois tout du 05 avril 1962:
"[...] Ernest Ansermet dirige deux oeuvres signées Benjamin Britten.
On lit fréquemment, sous la plume des critiques de nos concerts d'abonnement, le reproche que les programmes paraissent dédaigner la musique de notre temps. On ne pourra pas l'écrire ce soir. En effet, deux ouvrages contemporains habilleront toute la seconde partie du concert. Or, bien que deux partis semblent s'opposer, en dépit de quelques concessions que l'on doit foire à l'égard des oreilles réfractaires à certaines compositions d'aujourd'hui, nous sommes persuadé que, ce soir, le maître Ernest Ansermet saura mettre tout le monde d'accord. En effet, les deux ouvrages en question sont signés Benjamin Britten, autant dire par un compositeur dont le style, la virtuosité d'écriture sont capables de retenir tous les publics.
Britten, né dans le Suffolk le 22 novembre 1913, fit ses études musicales au Royal College of Music de Londres. Ses succès de compositeur furent rapides et, lorsqu'il consacra un premier ouvrage au théâtre, on dut reconnaître son sens aigu de la scène. Il a été l'un des fondateurs de l'English Opéra Group et en est devenu, si l'on peut dire, le fournisseur préféré.
Nous entendrons précisément ce soir «Orage et Passacailie», extraits des «Quatre Interludes de Peter Grimes», premier ouvrage lyrique de Britten. Ce fut en avril 1942, et à la suite d'une suggestion du chef d'orchestre Koussevitsky, que le compositeur anglais se mit au travail après avoir pris contact avec le poète Montagu Slater. En 1945, l'oeuvre était terminée et fut créée la même année. Il s'agit d'un drame d'ordre psychologique que Britten a su admirablement traduire en créant des ambiances musicales particulièrement suggestives.
Le second ouvrage du compositeur anglais figurant au programme de ce concert est la «Cantata academica Carmen Basiliense» qui réunira, autour d'un quatuor de solistes remarquables, l'admirable ensemble vocal d'André Charlet, le Choeur des Jeunes de Lausanne. Cette cantate de Benjamin Britten nous sera donc révélée dans des conditions particulièrement favorables et il faut savoir gré à Ernest Ansermet d'avoir mis en oeuvre un semblable ouvrage.
La soirée débutera par la charmante «Symphonie dite du Coup de Timbale» de Haydn et se poursuivra, en première partie, par l'exécution de la cantate «Ach Gott, wie manches Herzeleid» de J.-S. Bach, avec le concours d'Agnès Giebel, soprano, Heinz Rehfuss, basse, Lorand Fenyvès, violon, et Doris Rossiaud, claveciniste. [...]"