Sergei PROKOFJEW
2 pièces de la Suite de „L'Amour des trois oranges“
Orchestre de la Suisse Romande
Ernest ANSERMET
9 et 10 février, 22 mars 1961, Victoria Hall, Genève
En automne 1918, alors que Sergei Prokofjew était en tournée aux États-Unis, la „Chicago Opera Company“ lui proposa de produire l'un de ses opéras. Il voulut d'abord suggérer son oeuvre encore inédite „Le Joueur“, mais la partition se trouvait dans les archives du Théâtre Mariinsky. Il proposa alors un opéra basé sur le conte sophistiqué de Carlo Gozzi, „L'amour des trois oranges“, et la réponse fut immédiate: une commande. Prokofiev écrivit lui-même le livret et composa la musique pendant son séjour à New York. L'opéra fut donné en première audition à Chicago le 30 décembre 1921. Quelques années plus tard, en 1925, Prokofiev en tira une suite pour orchestre.
L'intrigue de l'opéra raconte l'histoire fantastique et burlesque d'un prince qui se moque d'une vieille sorcière (ce qui le guérit d'une mélancolie chronique) et qui est condamné par celle-ci à tomber amoureux de trois oranges qu'il doit poursuivre, nuit et jour, pendant trois mille kilomètres avant de les retrouver. Heureusement, les oranges renferment toutes de belles princesses, dont l'une épouse le prince, et l'opéra se termine bien, malgré une intrigue très complexe.
Les arguments à la base des deux pièces de la suite proposées ici:
-► Marche (3e pièce de la suite) — sur la musique de cette célèbre marche, Truffaldino, le bouffon de la cour, emmène le prince mélancolique aux festivités en exécutant des pas de bouffonnerie exagérés mais élégants. Lors de la fête prévue, Fata Morgana se faufile parmi les invités et - par sa simple présence - empêche le prince de rire. Lors du bal masqué, Truffaldino tente en vain de divertir le prince. La magicienne Fata Morgana apparaît, Truffaldino s'avance vers elle et se bat avec elle. La magicienne finit par tomber sur le dos, les jambes en l'air. Le prince rit jusqu'à épuisement, sous les acclamations de la cour. Furieuse, la sorcière prononce sa malédiction: le prince devra errer sur terre à la recherche de trois oranges...
-► Scherzo (4e pièce de la suite) — avec des cordes prestissimo suggérant un vent violent, le prince et Truffaldino partent en quête. Les oranges magiques sont gardées par un cuisinier gigantesque dont l'arme redoutable est une énorme louche à soupe. Grâce à un peu de magie, ils volent les oranges. Lors d'une nuit passée sur le chemin du retour, Truffaldino a soif et ouvre avec son épée la première des oranges, qui ont entretemps atteint une taille humaine. La princesse Linetta en jaillit. Elle supplie Truffaldino de lui donner immédiatement à boire, sinon elle mourra de soif. Truffaldino ouvre alors la deuxième orange, d'où surgit la princesse Nicoletta, qui demande également à boire. Comme Truffaldino ne peut rien faire dans cette région désertique et aride, les deux jeunes filles meurent de soif. Avant que le prince ne se réveille, Truffaldino prend la fuite.
Lorsque le prince se réveille, il découvre d'abord les deux corps sans vie des princesses. Sortis de nulle part, des soldats apparaissent, auxquels le prince ordonne d'emporter les corps et de les enterrer. Il se réjouit ensuite d'être seul avec l'orange restante et l'ouvre. La princesse Ninetta apparaît, dont le prince tombe immédiatement amoureux. Elle supplie également le prince de lui donner à boire. Comme il n'y a pas d'eau au milieu du désert, le prince désespère. Mais juste avant que Ninetta ne meure de soif, le choeur intervient et décide que l'opéra ne peut pas continuer ainsi. Il trouve un seau d'eau et le tend à Ninetta, qui reprend alors des forces.
Dans des sessions du 9 et 10 février 1961 et du 22 mars suivant, dans le Victoria Hall de Genève, l'Orchestre de la Suisse Romande placé sous la direction de son chef titulaire Ernest ANSERMET enregistra pour Decca une série d'oeuvres de compositeurs russes:
-► Sergei Prokofjew, Symphonie No 1, Op. 25
-► Sergei Prokofjew, Marche et Scherzo de „L'Amour des trois oranges“
-► Michail Glinka, Kamarinskaya
-► Michail Glinka, Ouverture d'„Une vie pour le tsar“ ...
-► Alexander Borodin, „Dans les Steppes de l'Asie Centrale“
Le tout parut en novembre 1961 sur les disques Decca LONDON CM 9291 et CS 6223 (mono resp. stéréo), puis en février 1962 sur les disques Decca LXT 5655 et SXL 2292 (mono resp. stéréo).
Complétant le recto de ce disque:
Sergei Prokofjew, 2 pièces de la Suite de „L'Amour des trois oranges“, Op. 33a, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 9 et 10 février, 22 mars 1961, Victoria Hall, Genève