Johann Sebastian BACH
Concerto brandebourgeois No 1 en fa majeur, BWV 1046
Wolfgang SCHNEIDERHAN, violon piccolo
Helmut WINSCHERMANN, hautbois
Cesare ESPOSITO et Günther SCHLUND, cor
«Festival Strings Lucerne»
Rudolf BAUMGARTNER
3 au 9 mai 1959, «Neumünster-Kirche», Zurich
Les interprétations des trois concertos brandebourgeois de Johann Sebastian BACH rééditées sur ce disque DG Privilege 2535 142 furent enregistrées avec les «Festival Strings Lucerne» sous la direction de leur leader et fondateur, Rudolf BAUMGARTNER:
Pour une courte présentation des concertos brandebourgeois, voir cette page de mon site.
Dans ses compositions, Johann Sebastian BACH réutilise souvent des extraits d'autres de ses oeuvres: la «Sinfonia» en fa (BWV 1046a), probablement composée en 1713 pour la «Jagdkantate» (BWV 208), constitue l’essentiel du premier concerto brandebourgeois, mais sans le troisième mouvement (ajouté ultérieurement, c'est celui qui ouvre la cantate profane BWV 207), ainsi qu’avec des changements pour les danses du dernier mouvement.
Le premier mouvement refait surface en 1726 en tant que «Sinfonia» dans la Cantate liturgique «Falsche Welt» (BWV 52), le troisième mouvement et le second trio du dernier mouvement furent combinés de façon rafraichissante avec des trompettes et des voix dans la Cantate profane «Auf, schmetternde Töne der muntern Trompeten» (BWV 207a) de la méme année.
Les premier et deuxième mouvements, ainsi que le menuet, le trio I et le trio II du 4e mouvement, furent repris dans la «Sinfonia» du BWV 1071.
L'instrumentation prévue pour ce premier concerto comprend deux cors, trois hautbois, un basson et l'ensemble des cordes, dont se détache un petit violon solo, accordé une tierce plus haut que de coutume, d'une sonorité incisive et claire, ainsi que l'habituel Continuo (cembalo).
Le premier mouvement - en fait sans indication de tempo, mais indiqué généralement comme allegro - relève assez peu du type Concerto-grosso, dans lequel un «concertino» de solistes s'oppose à la masse de l'orchestre (concerto grosso ou tutti). Ici, des groupes d'instruments: cors, hautbois, cordes, concertent ensemble, parfois isolément, parfois aussi combinés entre eux.
Peter WACKERNAGEL: "[...] Le travail thématique est extrêmement serré. Un thème principal de 12 mesures contient déjà tous les motifs qui seront travaillés au cours du déroulement de ce premier Allegro. Les cordes s'élèvent en accords arpèges, tandis que les hautbois dessinent une figure tournoyante et que les cors opposent à un petit motif en quartes un contrepoint de sextolets. C'est sur ces éléments que se développe tout le morceau, dont le travail contrapuntique met en jeu, aux points culminants, une trame de 9 voix indépendantes. La disposition formelle de cette pièce est également conçue avec un grand art. Elle est divisée en six parties, dont la première correspond à la dernière, et l'avant-dernière constitue une combinaison des deuxième et troisième [...]"
Le second mouvement est très particulier. Peter WACKERNAGEL: "[...] Dans ses Concertos brandebourgeois, Bach a souvent donné cours à l'expression de la plainte, avec un relief saisissant parfois. Mais on n'y retrouve aucun morceau semblable au second mouvement de ce Premier Concerto. A travers l'espace vide, délimité par de faibles impulsions des cordes jouant en croches liées, s'élance une voix toute vibrante de douloureuse énergie. C'est tout d'abord au hautbois qu'est conférée cette tâche, puis le petit violon la reprend. Ensuite, les deux instruments progressent ensemble en canon. Les divisions du morceau deviennent apparentes chaque fois que la ligne principale du chant descend à la basse. Hautbois et cordes font alors entendre d'âpres dissonances. Finalement, la mélodie apparaît comme dépouillée de sa puissance d'expression propre, puis elle se tait. Des accords se font encore entendre en manière de conclusion [...]"
Le troisième mouvement, apparenté expressivement au premier, est traité dans un style plus concertant. D'importantes interventions solistiques y sont confiées au petit violon-solo. Peter WACKERNAGEL: "[...] Du thème principal puissamment rythmé qu'expose le tutti, il se dégage le premier, avec des fragments du thème tout d'abord, puis des motifs personnels ensuite. Les autres instruments, hautbois et cors, ne tardent pas à suivre son exemple. Le motif initial du thème principal reprend sa turbulente agitation, au milieu de laquelle une mesure Adagio constitue un arrêt d'un effet puissant. Ce mouvement est également cyclique, le dernier membre y correspondant au premier, l'avant-dernier au second [...]"
Avec le dernier mouvement viennent des danses: un Menuet avec deux trios (Trio I, 2 hautbois et basson, Trio II ,2 cors et 3 hautbois à l'unisson) et une Polacca (violons et altos), qui n'ont rien à voir avec la forme concertante. Peter WACKERNAGEL: "[...] Ce sont d'aimables adjonctions apportées par le compositeur. Chacune constitue en elle-même une pièce de caractère. Toutes ensemble concourent excellemment à mettre en valeur, une fois de plus, les différents groupes instrumentaux dans leurs particularités sonores.[...]"
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1. (Allegro)
2. Adagio
3. Allegro
4. Menuetto - Polacca
Cesare ESPOSITO, corniste de nationalité italienne.
Cesare Esposito était originaire du sud de l’Italie, mais il passa une partie importante de sa vie musicale dans la ville de Pesaro. Comme beaucoup de jeunes musiciens italiens de sa génération, il quitta sa région natale pour poursuivre des études musicales et se perfectionner dans les centres culturels du pays.
Discret et réservé, il était reconnu pour sa grande élégance musicale et pour sa personnalité courtoise. En plus de la musique, il avait aussi des intérêts artistiques: il aimait peindre et réalisait notamment des portraits de compositeurs comme Beethoven ou Rossini.
Il se distingua tôt comme corniste d’orchestre, atteignant une position particulièrement prestigieuse: il fut premier cor de l’orchestre du Teatro alla Scala après la réouverture du théâtre en 1947, sous la direction d'Arturo Toscanini. Être premier cor à la Scala à cette époque représentait l’un des postes les plus prestigieux pour un musicien d’orchestre en Italie.
Dans le monde lyrique, Cesare Esposito entretint des relations avec plusieurs artistes importants, fut notamment ami avec la soprano italienne Renata Tebaldi, avec qui il collabora dans diverses productions d’opéra.
Sa carrière l’amena aussi à voyager et à jouer à l’étranger. Dans les années d'après-guerre, il fut notamment corniste dans l’ensemble «Festival Strings Lucerne», dirigé par Rudolf Baumgartner, ainsi qu'à la «Schola Cantorum» de Bâle - voir par exemple ce programme de concert de la saison 1946-1947, ainsi que autre programme de la saison 1948-1949.
Dès la fin des années 1940, il fut également très actif au Vénézuéla, dans l’«Orquesta Sinfónica de Venezuela» et dans le «Collegium Musicum» de Caracas.
Pendant toute sa carrière il enseigna le cor, aussi bien en Europe qu'au Vénézuéla.