François Adrien BOIELDIEU
Concerto en do majeur pour harpe et orchestre, Op. 82
Francis PIERRE, harpe
Grand Orchestre de la Suedwestfunk
Ernest BOUR
11 mai 1974, Studio Hans-Rosbaud de la Maison de la Radio de Baden-Baden
François-Adrien Boieldieu (1775-1834) reçut sa formation de compositeur et d'instrumentiste auprès de deux excellents musiciens de sa ville natale de Rouen. L'un, Urbanian Cordonnier, était maître de chapelle; l'autre était l'organiste Charles Broche, l'un des pionniers de l'école française du piano. En 1792, le jeune Boieldieu se produisit en public dans un concerto pour piano de sa propre composition. L'année suivante, irrésistiblement attiré par le théâtre, il présenta son premier opéra comique, “La fille coupable”.
Fort de ce succès et muni de lettres de recommandation pour le compositeur Jadin et le facteur de pianos et inventeur Erard, Boieldieu se rendit à Paris, où il fut bien accueilli par les sommités musicales susmentionnées. Il fit ses débuts parisiens en tant que compositeur d'opéra avec “La Famille Suisse”, qui fut représentée au Théâtre Feydeau le 12 février 1797. D'autres opéras suivirent, consolidant sa réputation de compositeur lyrique.
Boieldieu était pianiste, mais il composa presque autant de musique pour la harpe que pour son propre instrument. Cela s'explique peut-être par le fait que l'inventeur de la harpe à double action était ce même Erard chez qui Boieldieu vécut à son arrivée à Paris en 1795. Le “mécanisme à fourche” révolutionnaire de Sébastien Erard avait été breveté à Londres seulement un an auparavant. Les améliorations constantes qu'il apportait à la gamme et au potentiel technique de la harpe ont dû intriguer son jeune protégé. De plus, Paris était depuis des décennies un centre majeur pour l'interprétation et la publication de musique pour harpe, longtemps considérée comme l'instrument le plus en vogue chez les amateurs talentueux.
Une évaluation réaliste des goûts du public conduisit Boieldieu à s'essayer à des oeuvres telles qu'une sonate pour harpe (1795), de nombreux duos pour harpe et piano (1796-1802), des trios pour harpe, piano et violoncelle (1801) et le très connu concerto pour harpe. De plus, un “Nouveau Journal de Musique pour piano ou harpe” fut fondé en 1802 à la suite de la collaboration entre Boieldieu, Cherubini et Louis Jadin. Chaque compositeur fournissait deux pièces par mois, et l'entreprise dura six numéros. George Favre, dans sa monographie définitive en deux volumes, Boieldieu, sa vie — son oeuvre, documente le rôle important de Boieldieu dans cette entreprise.
Date et lieu de la première audition de son Concerto pour harpe et orchestre ne sont pas connus. La partie de harpe exige de la virtuosité, n'est en fait pas vraiment écrite spécifiquement pour la harpe: son style, assez percussif, le rend tout aussi adapté, voire davantage, au piano. Dans l'orchestre, deux flûtes, deux hautbois et deux cors doublent les cordes dans les passages tutti de l'allegro et du finale. Les vents n'interfèrent presque jamais avec la harpe. (Boieldieu conseillait à son fils: „Sois économe dans l'utilisation des vents si tu veux qu'ils produisent un effet.“)
Dans sa conception de l'ensemble, Boieldieu révèle davantage le tempérament d'un dramaturge que celui d'un symphoniste. Les tutti orchestraux alternent avec les passages solo de la harpe, l'effet étant plus théâtral que symphonique. Dans une certaine mesure, le mot “concerto“ perd son sens originel, car l'orchestre ne cherche jamais à rivaliser avec l'instrument solo.
Après un Allegro en do majeur, très vivant et thématiquement bien développé, vient un Andante lento en do mineur, construit sur un thème grave et noble. Le concerto se termine par un finale puissant et dramatiquement accentué, Rondeau: Allegro agitato (les second et troisième mouvements sont joués enchaînés).
Francis PIERRE (photo landesarchiv-bw.de), François Adrien BOIELDIEU (photo gallica, extrait) et Ernest BOUR