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Arthur HONEGGER
Prélude, fugue et postlude, H 71A
suite d'orchestre tirée de Amphion, H 71
Orchestre National de la Radiodiffusion Française
Ernest BOUR
10 mars 1952, Buttes Chaumont, Paris

10 mars 1952, Buttes Chaumont de Paris (*), un concert consacré à trois oeuvres d'Arthur HONEGGER, Ernest BOUR dirigeant l'Orchestre National de la Radiodiffusion Française. Au programme:

-►  Prélude, fugue et postlude, Amphion, H 71A (1948)
-►  Les cris du monde,Oratorio, H 77 (1931)
-►  Mouvement symphonique No 1, Pacific 231, H 53 (1923)

(*) probablement dans les studios de la cité Elgé: le 15 décembre 1951, le département production de la Radiodiffusion-télévision française, à l'étroit rue Cognacq Jay, avait racheté les studios de la cité Elgé, alors à l'abandon.

Sur la première oeuvre de ce concert: "[...] Amphion, homme, reçoit d'Apollon la lyre. La musique naît sous ses doigts. Aux sons de la musique naissante, les pierres se meuvent, s'unissent: l'architecture est créée.
Au moment que le Héros va monter au Temple, une forme de femme voilée s'approche de lui et lui barre le passage.
Amphion cache son visage dans le sein de cette figure qui est l'Amour de la Mort, et se laisse entraîner par elle.
[...]" lignes de Paul VALÉRY publiées en exergue de la partition (Salabert, Paris, 1948. Plate E.A.S. 15085)

Une présentation plus détaillée, citée de l'excellent ouvrage de Pierre MEYLANHONEGGER - Son oeuvre et son message“ réédité à Lausanne en 1982 par les Éditions l'Age d'Homme, pages 62 à 64:

"[...] Deux ans plus tard, Honegger met en musique un mélodrame (qui en fait n’en est pas un) sur un texte poétique de Paul Valéry. C’est à la suite d’une conférence donnée à Genève en 1922 sur “Poésie et langage“ que le compositeur rencontra l’auteur d'Eupalinos. Un projet de collaboration fut mis au point, mais ce n’est que sept ans plus tard que le musicien fut en possession du canevas esquissé.

En voici le résumé: Amphion, homme barbare et sauvage, reçoit d’Apollon la lyre. Sous ses doigts, la musique naît. Aux sons de cette musique, les pierres bougent, passent du désordre à l’ordre, s’unissent pour former un temple. L’architecture et la musique sont sorties du néant. Par les moyens les plus restreints, le musicien passe en revue toutes les ressources de la musique, de la gamme à la grande fugue.

L’acte de la construction est symbolisé par une fugue de l’orchestre. Le temple est construit en trois phases. On assiste tout d’abord à la Marche des Pierres, qui s’élabore au moyen de rythmes très dessinés s’ordonnant progressivement. Le miracle est chanté par un choeur invisible qui introduit la seconde partie. Les Muses apparaissent, elles vont figurer les colonnes du temple sacré. Dans la troisième partie, la montagne et la cité sont ordonnées autour du temple achevé. On voit briller au soleil les toits et les tours de Thèbes, dont le peuple chante à l’unisson l’Hymne au Soleil. Amphion, le héros du temple et de la cité, est glorifié et magnifié. Mais au moment où, porté en triomphe par le peuple, il s’approche du temple qui est son oeuvre, une figure de femme voilée, “l’Amour de la Mort“, lui barre le passage, jette la lyre dans la fontaine et entraîne Amphion dans le néant. Le héros ne jouira pas de la création victorieuse.

Il n’est pas nécessaire d’étre très érudit pour juger que le thème choisi par Valéry convenait davantage à l’argument d’un ballet qu’à un mélodrame d’un caractère plutôt abstrait. Comment s’intéresser à l’opposition entre deux arts? Comment en faire un conflit dramatique? Amphion, d’ailleurs, n’est ni homme ni dieu, et sa disparition constitue un symbole, celui de la lutte entre l’artiste et son oeuvre, qu’il était malaisé de rendre figurativement. D’autre part, n’existait-il pas une antinomie foncière entre le langage clair et plastiquement équilibré du poète d'Eupalinos et le souffle tourmenté, tumultueux, du musicien? Deux tempéraments si opposés qu’ils ne pouvaient se concilier, se compléter. Certes, le musicien a réussi le tour de force de dépouiller en maints passages un langage rompu aux investigations les plus audacieuses et, sans qu’on puisse parler d’un retour à quelqu’un comme cela devenait la mode, les épisodes dont Rameau, Couperin ou Lully auraient pu être les auteurs ne sont pas les pages les moins séduisantes de la partition.

C’est le sujet, trop symbolisé pour qu’on puisse lui infuser les palpitations d’un coeur humain, qui a fait du tort à la diffusion de l’ouvrage, lequel, après sa création en 1931 à l’Opéra de Paris — avec Ida Rubinstein et sa troupe — a été repris une seule fois à Zurich en 1933.

Au vu de cette indifférence, Honegger a eu l’excellente idée d’en extraire une suite pour orchestre, „Prélude, fugue et postlude“, créée en 1948 par Ernest Ansermet à Genève et qui figure de temps à autre aux programmes. Une idée contenue dans Amphion et qui en constitue même la leçon fondamentale va se retrouver plus tard dans certaines productions d’Honegger. C’est celle de l’artiste frustré des fruits de son travail, de l’homme bâtissant son oeuvre sans assister à son couronnement. Ne peut-on pas voir déjà là le premier signe de ce pessimisme dévastateur qui caractérisera bientôt aussi bien son attitude intérieure que la tendance de ses forces créatrices.
[...]"

En modeste hommage à la mémoire de Jean François FAUDUET (fomalhaut): cet enregistrement provient de sa collection, qu'il a généreusement mis à la disposition des mélomanes.

Arthur Honegger, Prélude, fugue et postlude, H 71A, suite d'orchestre tirée de Amphion, drame lyrique en 3 parties, H 71, Orchestre National de la Radiodiffusion Française, Ernest Bour, 10 mars 1952, Buttes Chaumont, Paris

        Prélude, Andante tranquillo - Largo - Allegro marcato
        Fugue et postlude, Marcato pesante - Largamente -
         Tempo marcato - Largamente sostenuto
13:18          
Provenance: Radiodiffusion

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