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Ludwig van BEETHOVEN
Concerto pour piano et orchestre No 1, op. 15
Alfred CORTOT, piano
Orchestre de Chambre de Lausanne
Victor DESARZENS
13 avril 1947

Ludwig van BEETHOVEN commença de composer ce concerto en 1795, à Vienne. L'oeu­vre est encore dans la tradition classique (mozartienne), Beethoven enrichit toutefois l'effectif orchestral en y ajoutant deux clarinettes, deux trompettes et des timbales. Il fut donné en première audition à Prague, en 1798, avec le compositeur au piano (Il est possible qu'une toute première audition ait eut lieu le 29 mars 1795, lors d'un de ses premiers concerts à Vienne). Sa première édition date de mars 1801, chez Mollo, après que Beethoven ait réécrit la partie de piano. L'oeuvre est dédiée à Barbara - dite Bar­bet­te - de Keglevics, devenue princesse Anna Luise Barbara Odescalchi (Elle avait compté parmi les élèves de piano de Beethoven, qui lui avait déjà dédié deux oeuvres, mais la dédicace du concerto fut peut-être une manière d'honorer son mariage avec le prince Odescalchi, qui avait eu lieu le 10 février 1801).

Ce concerto porte le No 1 parce qu'il fut le premier publié. En fait c'était sa 3e com­po­si­tion de ce genre, ayant auparavant composé le Concerto pour piano en mi bémol majeur, WoO 4, un concerto de jeunesse, et le Concerto pour piano no 2 en si bémol majeur, op. 19 - qui ne fut toutefois publié qu'après le concerto No 1. "[...] Comparé aux deux concertos antérieurs, le Concerto en ut majeur est une oeuvre encore plus belle, le matériau est conçu de manière plus rigoureuse et méthodique dans le premier mouvement, et le deuxième mouvement, dans la tonalité éloignée de la bémol majeur, fait preuve d'une plus grande profondeur, alors que le finale est riche d'un humour et d'un art subtils.[...]" cité d'un texte publié en 2011 par Barry COOPER, dans une traduction de Marie-Stella PÂRIS, voir ce livret du site de Chandos.

Une courte description citée d'un texte de Stéphane FRIÉDÉRICH publié sur une page du site de l'Orchestre Symphonique de Bretagne qui n'est plus disponible sur la toile:

"[...] le Concerto s'ouvre avec solennité, dans la tonalité la plus éclatante et impérieuse qui soit: Ut majeur. [...] Un élan extraordinaire anime les cordes, une fanfare de vents et des timbales dans les premières mesures de l'Allegro con brio. Après un rythme de marche au caractère héroïque, apparaît un second thème avant tout lyrique. Le piano ménage ses effets. Il est à l'unisson de ce climat, multipliant les traits et les difficultés techniques. Paradoxalement, ce n'est pas lui qui expose et assure le développement des trois principaux thèmes. Le sommet expressif du mouvement est volontairement con­cen­tré dans la cadence. Le soliste y montre l'étendue de sa virtuosité et son sens de l'improvisation.

Contrairement à l'Allegro con brio, le piano s'impose dès le début du Largo en la bémol majeur. C'est l'instrument soliste qui assure la prima voce avec un chant dépouillé. Les cordes et les bois le soutiennent dans l'esprit de la sérénade. Le dialogue entre le piano et l'orchestre est d'autant plus intimiste et compact, que la richesse de l'ornementation du clavier rappelle l'écriture de Mozart. L'expression lyrique culmine dans la coda lors­que le piano échange de superbes phrases avec la clarinette.

Le Rondo, allegro, met en valeur, vingt mesures durant, le dynamisme et le brio du piano qui, seul, expose le thème. Puis, ce sont à nouveau des séries de gammes, des traits en tous sens qui développent l'idée musicale avec un optimisme inébranlable. Une cadence survoltée et une coda orgueilleuse concluent le concerto. Cette joie sans arrière-pensées nous apparaît comme typiquement viennoise, au point que l'on croit y reconnaître des chansons populaires. Beethoven avait conscience de réunir dans un même hommage, l'humour du dernier Haydn – celui des Symphonies Londoniennes - avec les “turqueries” pittoresques de Mozart.
[...]".

Programme du concert du 13 avril 1947, montage d'extraits de la revue Radio Actualités du 11 avril 1947 en page 15
Programme du concert du 13 avril 1947, montage d'extraits
de la revue Radio Actualités du 11 avril 1947 en page 15
Ce concert fut présenté en page 9 de cette même revue - par le chroniqueur „Ed. D.“ - et illustré de deux splendides portraits d'Alfred CORTOT et de Victor DESARZENS réalisés par la photographe lausannoise Germaine MARTIN:

Alfred CORTOT, un portrait fait par Germaine MARTIN, publié dans la revue Radio Actualités du 11 avril 1947 en page 9
Alfred CORTOT, un portrait fait par Germaine MARTIN
publié dans la revue Radio Actualités du 11 avril 1947 en page 9
"[...] Alfred Cortot et l'Orchestre de chambre de Radio-Lausanne sous la direction de Victor Desarzens jouent pour la „Chaîne du Bonheur".

Un nouveau et brillant maillon enrichira, ce prochain dimanche, le livre d'or de la „Chaîne du Bonheur".

Maillon d'un genre inédit et que l'on imagine volontiers sous la forme d'une magnifique clé de sol, puisque aussi bien il sera scellé sous le signe d'Orphée.

À vrai dire, la musique n'a jamais été absente des émissions de la „Chaîne du Bonheur". Bien au contraire: souvenez-vous de la fougue juvénile avec laquelle une certaine fanfare militaire scandait, sur un rythme de marche, la populaire „Gavotte“!

Mais l'émission de dimanche revêt un aspect particulier: il s'agit d'un grand concert Beethoven que donneront à Radio-Lausanne, au profit de la „Chaîne“, le maître Alfred Cortot et l'Orchestre de chambre du studio, sous la direction de Victor Desarzens.

Par ce geste infiniment généreux, le grand pianiste, tout en apportant une aide inestimable aux organisateurs de la „Chaîne“, consacre ainsi, de noble manière, le succès de cette émission.

Alfred Cortot interprétera le Premier Concerto de Beethoven.

S'il s'apparente chronologiquement aux oeuvres de jeunesse du compositeur — Beethoven l'écrivit à l'âge de 27 ans — le Concerto en ut n'en est pas moins annonciateur du génie beethovenien. Dédié à la princesse Odescalchi, il fut payé 10 ducats... (En 1797, nulle „Chaîne du Bonheur" ne venait en aide aux artistes.)

Le concert débutera par une oeuvre maîtresse de Beethoven: la „Grande Fugue“, op. 133, dont Victor Desarzens sera le vibrant ordonnateur.

Cette composition monumentale, qui à l'origine constituait le mouvement final du Treizième Quatuor, déconcerta les contemporains du maître de Bonn. Sa durée fut jugée excessive en comparaison des cinq autres parties du Quatuor. D'autre part, la nature même de cette musique qui n'était évidemment pas faite “pour plaire“ ne pouvait que lasser l'attention d'amateurs de “divertissements“.

Aussi, sur le conseil de son éditeur, Beethoven se résignat-il à écrire un nouveau Finale, qui devait être sa dernière composition achevée.

Quant à la Fugue, elle fut publiée après la mort du maître, qui en avait lui-même écrit la dédicace en français: “Grande Fugue, tantôt libre, tantôt recherchée, pour deux violons, alto et violoncelle. Dédiée avec la plus profonde vénération à S.A.I. et R. Eminentissime Monseigneur le cardinal Rodolphe, archiduc d'Autriche, par L. van Beethoven, oeuvre 133“.

La grandeur de cette oeuvre tenta plus d'un chef d'orchestre, à tel point que de nos jours, la „Grande Fugue“ a quitté le domaine de la musique de chambre pour entrer dans celui de l'orchestre à cordes.

De ce fait, le caractère passionné et tendu de ces pages puissantes s'exprime avec une intensité accrue.

Nul doute que les nombreux auditeurs du grand concert de dimanche ne subissent la forte emprise de ces accents qui constituent le testament musical de Beethoven.
[...]"

Victor DESARZENS, un portrait fait par Germaine MARTIN, publié dans la revue Radio Actualités du 11 avril 1947 en page 9
Victor DESARZENS, un portrait fait par Germaine MARTIN
publié dans la revue Radio Actualités du 11 avril 1947 en page 9
En 1947, Alfred Cortot s'était temporairement établit à Lausanne, suite à ses problèmes en France en raison de son association avec le régime de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale. Bien qu'il ne fût alors plus au sommet de son art (il approchait de la septantaine), sa précision n'avait toutefois pas encore décliné autant qu'elle le fera au cours des années suivantes.

"[...] Malgré quelques imprécisions qui ne sont guère pires que certaines de celles que l'on entend sur ses disques de la décennie précédente (et un faux pas dans le dernier mouvement), cette interprétation remarquable offre de nombreux moments de plaisir. La sonorité chantante caractéristique de Cortot, ses effets de pédale magiques, son phrasé planant et son timing évocateur sont tous présents en abondance.

L'interaction entre la main gauche et la main droite est aussi magnifique dans cette interprétation que dans les célèbres enregistrements de Chopin et de Schumann du pianiste, et son rubato expansif ainsi que ses nuances somptueuses complètent à merveille son accentuation vigoureuse. On note également quelques ajustements intéressants où il joue dans un registre différent et ajoute de robustes octaves graves au début des tutti orchestraux. Ce qui n'est pas clair, c'est pourquoi il n'a pas joué la cadence du premier mouvement – les programmes new-yorkais
(*) indiquent que les cadences originales étaient jouées dans les concertos, il semble donc étrange qu'il l'ait omise dans cette interprétation. Il s'agit néanmoins d'une interprétation époustouflante et d'un document historique fascinant sur l'un des pianistes les plus importants du XXe siècle. [...]" traduit des notes de Mark AINLEY publiées sur son canal Youtube.

(*) Mark Ainley se réfère aux débuts d'Alfred Cortot à New York, en février 1920, où il interpréta les cinq concertos de Beethoven lors de deux concerts avec l'Orchestre Philharmonique de cette ville, sous la direction de Walter Damrosch.

Curieusement, Alfred Cortot n'a jamais enregistré ces cinq concertos pour le disque.

En ce qui concerne cet enregistrement de la Radio Suisse Romande, le son est plutôt bon - surtout vu son âge! On note certes quelques distorsions, quelques brefs moments de perte de niveau lors de l'entrée initiale du piano, et, pendant le mouvement lent, quelques bruits de surface. Ils sont de courte durée et n'empêchent en rien de l'apprécier: on ne peut vraiment que féliciter l'équipe technique de la Radio Suisse Romande pour leur superbe travail de conservation et de restauration.

Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano et orchestre No 1 en ut majeur, op. 15, Alfred Cortot, piano, Orchestre de Chambre de Lausanne, Victor Desarzens, 13 avril 1947

        1. Allegro con brio           13:24 (-> 13:24)
        2. Largo                      10:16 (-> 23:40)
        3. Rondo                      09:08 (-> 32:48)

Provenance: Radiodiffusion

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En écoute comme fichier mp3 320 kbps

1. Allegro con brio


2. Largo


3. Rondo