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Recto de la pochette du disque MMS-2003 de la Guilde Internationale du Disque, Cliquer sur la photo pour une vue agrandie et quelques infos
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Étiquette recto du disque MMS-2003 de la Musical Masterpiece Society, gravé et pressé chez Turicaphon (http://www.turicaphon.ch/), Cliquer sur la photo pour une vue agrandie et quelques infos
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Franz SCHUBERT
Quintette en la majeur, opus post. 114, D 667, La Truite
Vlado PERLEMUTER, piano, Hans FRYBA, contrebasse
Jacques DUMONT, violon, Léon PASCAL, alto
Robert SALLES, violoncelle
MMS-2003

Franz Schubert commença de composer ce quintette probablement en 1819 à Steyr, et le termina à Vienne; l'oeuvre ne fut toutefois publiée qu'après son décès. L'effectif instrumental est très particulier: piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse - et non pas un piano et un quatuor à cordes comprenant deux violons, comme c'était l'habitude.

La pièce est connue sous le nom «La Truite» car son quatrième mouvement a un thème varié sur un Lied de Schubert, «Die Forelle (la truite)», lui-même inspiré d'un texte de Christian Friedrich Daniel Schubart.

Le seul manuscript qui en existe encore aujourd'hui est une copie faite par l'un de ses amis, Albert Stadler. De la page de titre ressort que cette composition fut suggérée à Schubert par Silvester Paumgartner, mécène et violoncelliste de Steyr, à qui l'oeuvre est dédiée. C'est lui qui aurait suggéré à Schubert d'introduire les célèbres variations du 4e mouvement. Leur thème est devenu très populaire et a fait l'objet de nombreuses variations et adaptations, aussi par des chansonniers: la plus célèbre est certainement celle de Francis Blanche, interprétée entre autres par les Frères Jacques.
Recto de la pochette du disque MMS-2003 de la Guilde Internationale du Disque
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L'auteur de l'excellent texte publié au verso de la pochette de l'édition française, Olivier Alain (1918-1994), compositeur, organiste et musicologue, fait partie d'une dynastie bien connue. Son père, Albert Alain, fut organiste de Saint-Germain-en-Laye et compositeur. Olivier Alain est le frère du compositeur et organiste Jehan Alain (1911-1940) et de l'organiste Marie-Claire Alain (1926-2013).

"[...] Chez les introspectifs, les solitaires, le thème de l’Eau revêt une importance primordiale. Evoquerait-il inconsciemment le miroir intérieur où tout se reflète, événements, images, impressions, désirs et souvenirs? Peut être. Car si Wagner fait sortir des profondes ondulations du Rhin toute une épopée symbolique, si Schumann mire aux vagues du «Vater Rhein» les fêtes et les rêveries de sa Symphonie Rhénane, nous voyons d’autre part un Schubert, un Debussy — du moins le Debussy de Pelléas ou de La Grotte, le Schubert du Quintette «La Truite» — s’attarder à la contemplation fascinée d’une eau calme où vont venir se peindre, par reflets et remous, les troubles et les désirs de leur âme. «Qu’est-ce qui brille au fond de l’eau?» c’est la question que nous pourrions nous poser, au détour de tel ou tel épisode du Quintette en La majeur. Qu’y a-t-il derrière le miroir, traversé de furtifs éclats de soleil et d’infinis réseaux de rides, formées on ne sait où, dilatées et entrecroisées au delà de la limite de la perception? La musique fonde sa richesse sur l’énigme intérieure. Tout au plus le texte du Lied «La Truite», comme le livret de Pelléas, nous aident ils à supposer que chez Schubert, comme chez Debussy, cette surface de cristal n’est que le voile fragile, illusoire, qui nous sépare de la mort.

L’été 1819 n’est pourtant pas une époque où Schubert ait paru hanté de telles pensées. Cédant à l’offre de son ami Michaël Vogl, l’interprète favori de ses Lieder, il est venu passer l’été en Haute-Autriche, à Steyr. De juillet à septembre, si l’ambiance n’est pas celle des «schubertiades», elle est cependant propice à la vie de société autant qu’à la musique; Franz est l’hôte du docteur Schellmann, du négociant Josef von Koller. Chez l’un, huit jeunes filles l’entourent «presque toutes jolies», chez l’autre il y a même une certaine Joséphine von Koller «très charmante» celle-là, au point de se voir dédier la Sonate en la majeur pour piano ( D.664). L’abîme de rêverie de l'Andante lui donna-t-il quelque vertige? À Steyr, Schubert passe un été en La majeur: après la Sonate, voici le Quintette.

Recto de la pochette du disque MMS-2003 de l'Edizione exclusiva del Club der Collezionista
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Naît-il d’une véritable nécessité intérieure? La présence du Lied qui gîte au creux de l’oeuvre comme la truite en son repaire, nous inclinerait à répondre affirmativement. Mais, en même temps, nous touchons au paradoxe de l'oeuvre de circonstance qui, n’en déplaise à certains, sse révèle soudain chef d'oeuvre. S’en étonner, c’est juger encore selon l’optique romantique qui se fait de l'inspiration une idée curieusement détachée de tout, comme une génération spontanée; alors que l’histoire de la musique est remplie d’oeuvres géniales nées au hasard des rendez-vous de la Commande et de l’Inspiration. Après tout, pour que l’oeuvre soit belle, il suffit qu’un vrai musicien tombe réellement amoureux de l’image qu’il s’en fait d’avance, et qu’il s’y donne sans réticence. L’ «occasion» du Quintette «La Truite» est bien connue. Sylvestre Paumgartner, directeur-adjoint d’importantes mines de Steyr, aimait la musique et cultivait le violoncelle. Il avait aménagé dans sa maison un salon de musique, pourvu de toute sorte d’instruments, de partitions, de portraits de musiciens, et y réunissait régulièrement un petit cercle musical.

On a parfois insisté trop exclusivement sur le côté «sérénade» de ce Quintette. Sans doute à cause de l’apparition du Thème varié qui porte à cinq le nombre des mouvements, et aussi parce qu’on connaissait les circonstances qui virent naître l’oeuvre. Mais y a-t-il vraiment lieu de la séparer des autres créatiom de Schubert en musique de chambre? Le fait qu’une hument viennoise, - un «rococo» transformé par le romantisme - y alterne avec la musique pure, n’est-il pas un trait assez permanent de la musique de Schubert , même lorsqu’elle embrasse de vastes proportions, et comme par un naturel besoin de contraste?

Légèreté de touche n’est pas vacuité, ni indifférence. La même dans le trio du Scherzo, où se sublimise sans en avoir l’air une mélopée campagnarde. (Des miracles de ce genre, seuls Haydn, Mozart et Schubert, en sont capables. Il vaut mieux que les musiciens «cultivés» ne s’y essaient point). On pourrait penser qu’enfin le motif de danse, gentiment bonhomme, qui court à travers tout le final, nous installerait définitivement dans la quiétude. Mais après centaine de mesures brèves, écoutons les appels du piano — brahmsiens, en somme — et l’accentuation douloureuse du rythme des cordes: voici la parenthèse nécessaire à la libération de l’intimité profonde; et Schubert y parle le langage de sa nostalgie, de sa Sehnsucht, discrète toujours, mais inapaisée. Quitte à s’arranger pour que le fil de la sérénade ne soit jamais rompu. L’inquiétude creuse sa place à l'intérieur des grandes symétries de la forme, et c’est peut-être pour cette raison que tant d'oeuvres instrumentales de Schubert n’ont pas encore trouvé l'audience qu’elles méritent. Les fenêtres sur l’inconnu ont, chez lui, les mêmes volets que les auIres, celles qui donnent sur la rue. En 1819, ni Schumann, ni Liszt n’existent en tant que compositeurs. Et Schubert, s’il possède la grandeur, récuse la violence. Trop humble pour se permettre les séismes et les fractures d’un Beethoven, c’est dans l’invisible qu’il situe ses audaces: tel glissement chromatique, tel dérapage insensible de l’harmonie; ou encore telle mélodie qui fait fondre le coeur sans déranger la gracieuse ordonnance de l’accompagnement. Mais à regarder et écouter de près, on décèle l’angoisse ou l’impatience. Pourquoi continuer à présenter les thèmes dans un cadre tonal invariable? Sans aller jusqu’à l’incroyable liberté de conduite tonale de l'Allegro de Quatuor en ut mineur de l’année suivante, il n’hésitera pas, dans le Vivace du Quintette, a refuser la tonique au retour du deuxième thème: les deux idées mélodiques ne se rejoindront pas, elles échangeront finalement leurs tonalités initiales. Une telle ambiguïté est-elle le fait d’une sérénade? Peut-être, quand le «donneur de sérénade» s’appelle Schubert.

Étiquette verso du disque MMS-2003 de la Musical Masterpiece Society
gravé et pressé chez Turicaphon, reconnaissable au sigle TU dans le bas de l'étiquette
(cliquer sur la photo pour une vue agrandie, cliquer EN DEHORS de la vue agrandie pour la fermer)
Et puisque voici nommé l'Allegro de Quatuor en ut mineur (D.703), du mois de décembre 1820, qui, sur ce disque, voisine avec le Quintette en La, observons une fois de plus l’attitude de Schubert, personnel et impersonnel, romantique mais classique, avide de sérénité au coeur de sa déchirante solitude: les grandes sections de la forme sonate sont ici respectées, mais les haltes tonales sont négligemment bafouées: sur les deux mélodies principales, une seule — la deuxième — s’installera comme il se doit, la première fois à la dominante, la deuxième fois sur la tonique. Mais la première mélodie apparaîtra toujours dans une tonalité étrange, comme si Schubert voulait préserver en elle une qualité d’irréel lyrisme, un çefuge spirituel, sans commune mesure avec la tristesse environnante. En cet allegro, tout, clairement ou non, est d’essence dramatique: l’oeuvre s’ouvre et se ferme sur un «motif d’ambiance» sombre, mouvant, une grisaille qui se déploie en voiles tremblants. Sur cet écran d’angoisse, dont le réseau murmurant reparaîtra fréquemment, viendront se projeter en images singulièrement claires et vives, les deux personnages mélodiques principaux, silhouettes vertes ou oranges sur un fond violet de vitrail. Tous les éléments du drame sont là, la tension de l'ambiance, le contraste entre cette ambiance et les personnages, et jusqu’à l'idée fixe initiale qui serpente à travers toute la construction poétique; contraste perpétuel, souvent violent, entre les idées elles-mêmes, leur couleur tonale, et le cadre général. Et tout commence et finit dans l’hypnose de ce trémolo léger, chromatique, insidieux, hors duquel les claires visions mélodiques réussissent à se projeter par le seul miracle de la poésie.

Comment le tragique foncier de cette page a-t-il pu échapper à certains commentateurs? À la faveur peut-être des évidentes symétries formelles, de la magie d’harmonies toujours opulentes, et aussi d’une trompeuse absence d’emphase.

Schubert est discret, et n’a d’amour-propre que celui de la sincérité. Il accepte volontiers d’endosser les vêtements du peuple — veste de daim et «lederhosen» — ou encore la pelisse de Monsieur van Beethoven. Mais attention à sa façon de marcher... Cette souplesse dans le déplacement des masses, dans l’altération insensible de l'harmonie, celle éloquence inanalysable du discours mélodique, c'est tout cela qui signe une grandeur. Et si le public ne l’a pas vu d’emblée, dés la mort de Schubert , les créateurs authentiques, les Schumann, les Chopin, les Liszt, se montreront avides de recueillir la moindre parcelle d’un héritage qui eut dû faire la gloire d'un Schubert vivant, tel ce Quintette en la majeur, que Czerny publiera en 1829 sous le numéro d’opus 114.

Comment s’empêcher de songer à tout cela, même si ce Quintette au coeur duquel reparaît une fois de plus l’obsession du Lied, se pare d’une aisance, d’une facilité à la fois réelles et illusoires?

Quand un Schubert, quand un Debussy semblent cristallins — reflets dans l’eau, avec ou sans pêcheur de truite — cette transparence est aussi spécieuse que la nudité d’une estampe chinoise, où la grâce se teinte perpétuellement d’une ombre de cruauté impalpable: ombre de Golaud, ombre du Roi des Aulnes, ombre du Masque éternel qu’il ne faut pas arracher, si l’on ne veut voir ricaner la face impitoyable et ravagée de certaine Faucheuse.
[...]"
Étiquette recto du disque MMS-2003 de la Musical Masterpiece Society
gravé et pressé chez Turicaphon, reconnaissable au sigle TU dans le bas de l'étiquette
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Cet enregistrement publié sur le disque Musical Masterpiece Society MMS-2003 est avant tout caractérisé par deux remarquables instrumentistes: Hans FRYBA à la contrebasse et Vlado PERLEMUTER au piano. Leurs partenaires sont Jacques DUMONT, violon, Léon PASCAL, alto, et Robert SALLES, violoncelle, membres du Quatuor PASCAL.

Comme c'est Maurice CRUT qui est au second violon dans le Quartettsatz, l'enregistrement doit avoir été fait avant 1957, étant donné qu'en 1957 Louis Perlemuter lui succéda comme second violon du Quatuor Pascal.

Dans le catalogue de la BNF, la parution de l'édition française est datée de 1961. Je n'ai - pour le moment - pas de datation plus exacte.

Les exemplaires à ma disposition pour les restaurations de disques Concert Hall, Musical Masterpiece Society & sociétés affiliées viennent en majeure partie de l'inépuisable collection de Stefan KRAMER, que je remercie pour sa générosité.

Voici donc...

Franz Schubert, Quintette en la majeur, Op. 114, D 667, La Truite, Vlado Perlemuter, piano, Hans Fryba, contrebasse, Jacques Dumont, violon, Léon Pascal, alto, Robert Salles, violoncelle (membres du Quatuor Pascal), MMS-2003

   1. Allegro vivace                               09:23 (-> 09:23)
   2. Andante                                      06:36 (-> 15:59)
   3. Scherzo: Presto                              04:18 (-> 20:17)
   4. Thema e variazioni: Andantino – Allegretto   07:31 (-> 27:48)
   5. Allegro giusto                               06:44 (-> 34:32)

Provenance: MMS-2003

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   1. Allegro vivace

   2. Andante

   3. Scherzo: Presto

   4. Thema e variazioni: Andantino – Allegretto

   5. Allegro giusto