"[...] Le terme générique de toccata désigne étymologiquement le fait de “frapper“ ou de “toucher“ (en italien: toccare) les touches au moyen des doigts. Pour vérifier l’accord et le bon fonctionnement d’un instrument et pour se faire les doigts, on se livrait à des improvisations, on préludait, ce à quoi les successions de traits et d’accords se prêtaient tout particulièrement. C’est de cette pratique instrumentale par laquelle un exécutant se repérait sur l’instrument à touches dont il allait jouer que naquit au XVIe siècle la plus libre, la moins asservie de toutes les formes instrumentales, “un simple jeu“ (J. Mattheson).
Ces morceaux libres, quasi improvisés, “cette improvisation imitée de la composition dans l’essai, l’exploitation et la démonstration des possibilités d’exécution offertes par l’instrument ainsi que dans la manifestation et aussi l’exercice de l’art de l’exécutant“ (H. H. Eggebrecht), ne tardèrent pas, pour des raisons de contraste et de variété, à se voir rapprochés de types de mouvements strictement contrapuntiques, comme le ricercare et la canzone. Au début du XVIIIe siècle, les deux termes “Toccata et Fuga“ formaient déjà un diptyque fermement constitué. Alors qu’au XVIIe siècle l’élément de toccata et l’élément de fugue alternaient souvent dans un ordre non réglé et s’interpénétraient fréquemment, la tendance qui prédomina après 1700 fut de séparer de nouveau les deux parties. Les sept toccatas pour clavier de Jean-Sébastien Bach (BWV 910-—916), qui furent probablement composées entre 1705 et 1712, permettent de suivre ce processus d’émancipation, puis de réduction, des deux données.
Strictement parlant, Bach n’a composé que six toccatas pour clavier, car la Toccata en sol majeur (BWV 916) est au fond un “concerto dans le goût italien“ et elle est effectivement qualifiée, dans une des copies parvenues jusqu’à nous, de “toccata ou concerto“. Il est à la fois concevable et vraisemblable que Bach ait pu penser initialement à un recueil (imprimé ou non imprimé) de six toccatas, semblable à ses autres recueils comprenant chacun six compositions appartenant à un genre musical déterminé.
Il n’est pas difficile de subdiviser ces six compositions en trois paires de toccatas de facture compositionnelle comparable: deux compositions encore prolixes, manquant encore de maturité dans de nombreux détails: les toccatas en ré majeur et en ré mineur (BWV 912 et 913, probablement écrites à Arnstadt ou à Mühlhausen entre 1705 et 1708; deux toccatas d’une forme plus ramassée et d’une facture plus élaborée: celles en mi mineur et en sol mineur (BWV 914 et 915, composées à Mühlhausen ou à Weimar entre 1707 et 1710) et deux oeuvres offrant une forme concentrée et une expression approfondie: les toccatas en fa dièse mineur et en ut mineur (BWV 910 et 911, composées à Weimar entre 1709 et 1712). Ce classement correspond aussi, dans une large mesure, au standard technique des diverses compositions considérées ainsi qu’aux points de repère chronologiques (assurément bien modestes) fournis par les partitions elles-mêmes, dont aucune n’existe dans une version autographe. [...]
La Toccata en mi mineur (BWV 914) et la Toccata en sol mineur (BWV 915) se ressemblent sous bien des rapports. Elles se situent de par leur structure et leur facture entre les premières toccatas, plutôt insoucieuses des règles, et les pages formellement accomplies que représentent les dernières. La Toccata en mi mineur est insolite en ce qu’elle possède un mouvement lent d’introduction et que les éléments se rattachant spécifiquement au genre de la toccata n’y apparaissent pas avant l'Adagio. Philipp Spitta voit en elle une de ces “pages profondment imprégnées de mélancolie et d’ardeur, dont seul Bach avait le secret“ [...]" cité des notes de Siegfried SCHMALZRIEDT, traduction de Jacques FOURNIER, publiées en 1978 dans l'album Deutsche Grammophon Archiv Produktion 2533 403.
Clara HASKIL en 1958, un portrait cité de la banque de données de la Bibliothèque cantonale et universitaire - Lausanne, Service des Archives musicales, FCHA-I-219-b, auteur non identifié. Au dos d'une seconde photo sembable est inscrit: "Chez Mlle Chureau 2 N.D des Champs". Probablement Notre Dame des Champs de Paris. Voir également cette 3e photo et cette 4e, qui ne peuvent être que de la même série.
En janvier et février 1952, Clara HASKIL entreprit une tournée étendue de concerts en Hollande: le 27 janvier à La Haye (concerto Jeunehomme de Mozart avec Rafael Kubelik et le Concertgebouw d'Amsterdam), les 28 janvier et 2 février à Amsterdam
(même programme que le 27), le 4 février à Amhem, le 5 à Haarlem, etc. Cette interprétation de la Toccata et Fugue en mi mineur, BWV 914, de Johann Sebastian BACH provient d'un concert donné à Hilversum le 14 février 1952, miraculeusement enregistré sur 78 tours par l'„Algemene Vereniging Radio Omroep“ (AVRO), l'Association générale de radiodiffusion néerlandaise.
1. [-]
2. Un Poco Allegro
3. Adagio
4. Fuga: Allegro 07:30