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Ludwig van Beethoven
Sonate pour piano No 18, op. 31 No 3
Clara HASKIL, piano
12 au 15 avril 1955, «Bachzaal», Amsterdam

Cité des excellentes notes de Harry HALBREICH publiées en 2012 dans le livret du coffret Gramola 98743:

"[...] Les trois sonates de l'opus 31 n'ont pas été conçues simultanément: les deux premières ont paru d'abord, dès 1803, sous le numéro d'o­p­us 29 attribué ensuite à un Quintette à cordes, cependant que la troisième ne fut publiée que l'année suivante comme opus 33, numéro actuel d'un recueil de Bagatelles. Ce décalage cor­res­pond à celui de la composition que l'on peut dater de la première moitié de 1802 en ce qui concerne les deux premières sonates, les car­nets d'esquisses révélant d'ailleurs que la première est de conception postérieure à la seconde. Le 23 novembre 1802, quelques se­mai­nes après la rédaction du pathétique Tes­ta­ment d'Heiligenstadt, Beethoven proposera les trois sonates à l'éditeur André à Offenbach, ce qui ne signifie nullement que la dernière ait été alors complètement rédigée.

Contemporaines de la deuxième Symphonie et des sonates pour violon et piano opus 30, ces trois œuvres se situent donc à une étape char­nière de l'évolution créatrice beethovenienne: l'accession à la pleine maturité. Aussi, la plupart des commentateurs s'accordent-ils à situer ici le début de la “seconde manière”, bien que la délimitation soit bien moins nette et plus arbitraire que pour les Quatuors ou les Symphonies. Très diverses d'ins­pi­ration, ces trois œuvres révèlent en tout cas un souci accru d'unité thématique, allant de pair avec une liberté et une ampleur nouvelles de la forme et une écriture in­stru­men­tale plus audacieuse.
[...]

La sonate en mi bémol majeur, opus 31 Nr. 3 est l'une des rares en quatre mouvements de la maturité beethovenienne, la seule en fait entre l'opus 28 et l'opus 101. Mais dans cette œuvre “toute alacrité et mouvement” (André Jolivet), il n'y a point de place pour un véritable mouvement lent: entre les allegros liminaires se placent un scherzo et un menuet, schéma fort proche de celui de la future Huitième Symphonie. Les quatre morceaux sont unifiés par la présence d'un bref motif commun, modifié d'un mou­ve­ment à l'autre. Il s'agit des trois premières notes de la sonate (do-fa-fa), dont le rythme pointé et le saut de quarte descendante sont une transposition musicale du cri de la caille. Du reste, le premier thème possède un antécédent dans un lied spirituel, com­po­sé vers 1799-1800 et intitulé précisément Der Wachtelschlag (le cri de la caille). Les quatre parties de la sonate reposent sur des transformations de ce motif.

L'Allegro initial à 3/4 lui accorde une place privilégiée. Son caractère interrogateur est souligné dès le début par le contexte harmonique, le ton principal ne s'affirmant qu'à la huitième mesure. Cet exorde rêveur se répète par deux fois. Le caractère déjà très romantique des harmonies se précise encore davantage lorsque l'appel initial revient en mineur. Mais le second thème, en si bémol, apparaissant assez brusquement, est d'es­sen­ce purement mozartienne. Relativement concis, le développement s'assombrit passagèrement au début pour introduire bientôt des passages en staccato un peu sarcastiques. L'appel de la caille se fait plus obsédant que jamais. La reprise, régulière mais un peu fibrégée, mène à un beau. développement terminal, très modulant, apothéose de l'appel du début. C'est cependant le sourire du second élément qui aura le dernier mot dans la coda.

Le Scherzo (Allegretto vivace), en la bémol majeur, est l'un des premiers scherzi véri­ta­bles que l'on trouve dans les sonates. Les nouveaux perfectionnements techniques du piano y sont magistralement exploités, et son exécution est fort difficile. Très original de par sa matière et son contenu, c'est d'ailleurs plus un badinage libre, un caprice, qu'un scherzo traditionnel. La course inlassable, à ras-de-terre, de son thème principal, évoque la hâte affairée d'un chien de chasse pistant une proie et imprime au morceau tout entier l'allure d'un mouvement perpétuel. Le développement, fort modulant, comporte une fausse reprise, procédé cher à Haydn, mais tout se poursuit encore, avec une recrudescence de trouvailles sonores, dynamiques et rythmiques. Son humour puissant et un peu bourru, si beethovenien, se communique à la réexposition, dont le cours régulier est truffé de quelques ruades et embardées. Le morceau s'évanouit sur un pianissimo ironique, sans coda.

Très modéré d'allure et paisible, le Menuetto (Moderato e grazioso), au caractère presque archaïque, tient lieu de détente lente dans une œuvre qui n'en comporte guère. Quelques dissonances mettent mieux encore en valeur son charme mélodique. Le trio, en accords, avec ses sauts de neuvième, ses contrastes de timbres et de dynamique, interrompt passagèrement cette idylle simple, se terminant en decrescendo par une petite coda un peu assombrie.

L'impétueux tourbillon du Presto con fuoco final adopte la pulsion à 6/8 d'une vive tarentelle et s'inscrit à nouveau dans le cadre de la forme-sonate, pour une fois sans grande surprise. Sa puissance de vie dionysiaque, comparable à celle du finale de la Septième Symphonie, permet d'y voir un des morceaux les plus exaltants du compositeur. Au cours du développement, Beethoven se fâche un peu, mais sans perdre son euphorie rayonnante: quoi de plus bienfaisant que cette vigueur astringente, que ces bourrades énergiques et cette tonicité à la virilité rude? Ainsi, cette sonate, com­men­cée sur une tendre et inquiète interrogation, se termine part l'affirmation so­lai­re de la vie.
[...]"

Ce coffret fut publié en hommage à Clara HASKIL, peu après son décès. Il rassemble quelques enregistrements faits par Philips dans les années 1950. Les quatre disques composant cet album témoignent de l'art unique de Clara Haskil, et qui les écoute attentivement ne peut que faire siennes ces phrases de Mendelssohn: „La musique n'est certainement pas moins claire que les mots; elle parle souvent, avec plus de subtilité que ne le feraient les mots, des états d'âme et d'esprit. Il y a des nuances qui ne peuvent être décrites par aucun adjectif" Jan de KRUIFF dans les notes publiées dans ce coffret. Pour son contenu voir cette page de mon site, avec l'enregistrement de la Sonate D 960 de Franz Schubert publiée au recto du 4e disque de ce coffret.

Clara HASKIL en 1958, photographe inconnu
Clara HASKIL en 1958, un portrait cité de la banque de données de la Bibliothèque cantonale et universitaire - Lausanne, Service des Archives musicales, FCHA-I-219-b, auteur non identifié. Au dos de cette photo est inscrit: "Chez Mlle Chureau 2 N.D des Champs". Probablement Notre Dame des Champs de Paris. Voir également cette photo, celle-ci, et cette autre photo qui ne peuvent être que de la même série.
Au verso du 3e disque de ce coffret est cette Sonate pour piano No 18 en mi bémol majeur, op. 31 No 3, de Ludwig van BEETHOVEN, une prise de son datant des 12 au 15 avril 1955, faite dans la ««Bachzaal» d'Amsterdam.

        1. Allegro                                    08:51 (-> 08:51)
        2. Scherzo ; Allegretto vivace                05:16 (-> 14:07)
        3. Menuetto ; Moderato e grazioso             04:14 (-> 18:21)
        4. Presto con fuoco                           05:04 (-> 23:25)

Provenance: Philips 6733 002

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1. Allegro


2. Scherzo ; Allegretto vivace


3. Menuetto ; Moderato e grazioso


4. Presto con fuoco