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Arthur HONEGGER
Concerto da camera pour flûte,
cor anglais et orchestre à cordes, H 196
Aurèle NICOLET, flûte, Egon PAROLARI, cor anglais
Orchestre Symphonique de Winterthur
Victor DESARZENS
1950

À l'occasion d'une tournée de conférences que fit Arthur HONEGGER aux États-Unis en juillet 1947, la pianiste et mécène Elizabeth SPRAGUE COOLIDGE lui passa commande d'une oeuvre, qu'il composa à Paris d'août à octobre 1948. Ce fut la naissance du „Concerto da Camera“ pour flûte, cor anglais et orchestre à cordes. Sa première audition fut donnée le 6 mai 1949 à Zürich, avec André Jaunet à la flûte et Marcel Saillet au cor anglais, accompagnés par le Collegium Musicum Zürich, le tout dirigé par Paul Sacher (première audition aux USA: avril 1950 à Minneapolis avec Henry Denecke dirigeant le Northwest Sinfonietta chamber orchestra).

Le premier mouvement - Allegretto amabile - repose sur des thèmes très simples, d’un grand attrait populaire, qui s’inscrivent dans un cadre d’accords joués par les cordes. Le second mouvement- Andante - présente une ligne mélodique capricieuse, d’humeur quelque peu mélancolique et sereine, qui est d’abord ample et soutenue avant de se développer jusqu’à devenir fortement accentuée. Le Vivace final s’inscrit dans l’esprit d’un scherzo.

Dans le Concerto da Camera, Honegger emploie un style plastique riche et finement tissé, d’où jaillissent de nombreux effets polyphoniques instrumentaux solistes accompagnés de figurations harmoniques expressives. La flûte, dans sa fantaisie volubile, et le cor anglais, avec son timbre chaud et expressif, se fondent dans un tissu vivant de lignes mélodiques qui ne se séparent pas un seul instant et qui, en réalité, prennent souvent l’apparence de forces concertées s’opposant les unes aux autres, tout en restant inextricablement liées. Ce concerto montre Honegger au sommet de son talent créatif, toujours original, surprenant sans cesse l’auditeur par ses images sonores convaincantes.

Arthur HONEGGER avec Marcel DELANNOY, une photo de PAGES, date ??, lieu ??
Arthur HONEGGER avec Marcel DELANNOY, une photo de PAGES, date et lieu inconnus.
Le photographe pourrait être François Pages (1929–1985), un photographe de l'équipe
Paris Match, très actif dans les milieux artistiques parisiens dès la fin des années 1940.
Une présentation plus détaillée des trois mouvements citée de l'ouvrage d'Harry HALBREICH «Arthur HONEGGER - un musicien dans la cité des hommes», Fayard 1992, EAN: 978 221 302 8378, pages 218 à 221:

"[...] Voici un joyau des plus rares, chef-d’oeuvre parfait, frère encore plus décanté et concentré de la Symphonie «Deliciae basilienses», marquant la trop brève résurrection créatrice du compositeur au sortir de son terrible accident cardiaque, qui n’avait permis l’apparition d’aucune oeuvre nouvelle depuis juin 1947. Il n’y a pas d’unité tonale (les trois mouvements sont respectivement en mi majeur, fa mineur et si mineur). C’est un Concerto idéal, au sens du dialogue des solistes entre eux ou avec l’orchestre à cordes.

1. ALLEGRETTO AMABILE

Dans un climat agreste, pastoral, il déroule ses thèmes rustiques, à la saveur populaire, selon un schéma qui tient de la forme sonate et du rondo irrégulier, sur trois groupes de thèmes (A, B, C), qu’on peut aussi regrouper en deux cycles seulement.
[...] Du point de vue tonal et modulant, c’est ici le triomphe bien honeggérien des dominantes et de leurs enchaînements.

Au début, des accords syncopés des cordes divisées en dix parties (il seront fréquents durant ce mouvement) introduisent les deux idées mélodiques du groupe A
[...] au cor anglais, avec ses grands sauts de septième et d’octave, et [...] à la flûte, plus animé, hommage espiègle à la Gavotte des Masques et Bergamasques de Fauré: chacune «pose» admirablement son personnage instrumental. Les accords syncopés aban­donnés, le groupe B [...] introduit d’une adorable fraîcheur naïve et populaire, sur fond de pizzicatos à contretemps, interrompu par une vigoureuse interjection du tutti [...]. Le dialogue se poursuit en teintes ravissantes (le cor anglais au-dessus de la flûte) jusqu’à l’apparition du groupe C, thème conclusif à la flûte aux larges intervalles [...], se res­ser­rant peu à peu tout en s’accélérant: il s’apparente au deuxième thème du Finale [...], mais pas repris dans la réexposition de ce premier mouvement, raison qui me pousse à préférer le découpage binaire. Une fois ces éléments présentés, il est tout à fait inutile de poursuivre l’analyse détaillée d’un jeu concertant tout de grâce et de spontanéité, s’arrêtant discrètement, sans coda et même sans accord final.

2. ANDANTE

Ne nous y trompons pas, nous voici parvenus à l’un des sommets de toute l’oeuvre d’Honegger, merveille d’invention mélodique soutenue, de maîtrise polyphonique et surtout d’intensité et de chaleur expressive digne de soutenir la comparaison avec le De profundis de la Symphonie «Liturgique» ou le Lamento de La Danse des morts.

Dans un climat de mélancolie d’une exquise gravité qui reste légère, cet Andante se suffit de l’alternance de deux idées seulement
[...] librement variées au cours de huit sections divisées en deux cycles de quatre, la section d’or déterminant cette fois-ci l’étendue relative de l’une et de l’autre.

Le premier de ces deux thèmes
[...] ouvre le morceau à l’unisson des cordes graves, semblable à une basse de chaconne ou de passacaille, ce qu’il ne sera pas.

Le deuxième
[...] est une délicate plainte de la flûte, avec sa désinence chromatique descendante si chère à Honegger, issue de la Sonate pour flûte, alto et harpe de Debussy.

À la fin de la quatrième section (mes. 48) on notera, aux cordes, un bref conduit haletant très proche du fameux «beklemmt» (oppressé) de la Cavatine du Quatuor opus 130 de Beethoven (identifié par un médecin comme le rythme d’un coeur malade), puis, au début du second cycle (mes. 51), les deux solistes jouent ensemble pour la première fois depuis le début du morceau.

3. VIVACE

C’est un capricieux Scherzo avec un milieu (Trio) assez bref (mes. 89-123) et une re­pri­se abrégée (mes. 124-181). Le premier thème, esquissé à la flûte, n’est présenté complet qu’à la mesure 23 par le tutti des cordes, muni de son conséquent. De même, les «hihan» caractéristiques du deuxième thème, qui le rapprochent du thème C du pre­mier mouvement
[...], sont annoncés à plusieurs reprises avant sa présentation complète par la flûte à la mesure 51. [...] Après un intermède du tutti, les «hi-han» introduisent le bref Trio, qui déploie, par-dessus l’animation rythmique issue des motifs précédents et sous les étourdissantes arabesques de doubles croches de la flûte, une ample mélodie du cor anglais, trop proche d’un chant populaire, cependant, pour mériter le terme de cantus firmus. Après la réexposition resserrée vient la coda: un dernier «hi-han», un geste cadentiel dominante-tonique: pianissimo, léger comme une plume, sur la pointe des pieds, le morceau prend congé. [...]"

Recto de la pochette du disque Concert Hall Release CH E-17
Recto de la pochette du disque Concert Hall Release CH E-17
L'interprétation qui en est proposée ici fut enregistrée pour le label CONCERT HALL par l'Orchestre Symphonique de Winterthur placé sous la direction de Victor DESARZENS, avec Aurèle NICOLET, flûte, et Egon PAROLARI, cor anglais, en solistes. L'oeuvre fut publiée au recto du disque Concert Hall Release CH E-17, un superbe vinyle rouge à tirage limité à 3000 exemplaires (avec au verso la Sonatine pour violon et piano de Henri Barraud dans l'interprétation d'Angel Reyes au violon et de Jacques de Menasce au piano).

La prise de son ne peut être qu'approximativement datée. Comme Aurèle NICOLET est l'un des solistes et que l'enregistrement fut fait avec l'Orchestre Symphonique de Win­ter­thur (le «Stadtorchester Winterthur», aujourd'hui «Musikkollegium Winterthur»), elle ne peut s'être située qu'entre 1948 - début de sa courte carrière de flûte solo dans cet orchestre - et les premiers mois de 1950 - départ pour Berlin, Wilhelm Furtwängler l'ayant alors engagé à la Philharmonie.

Un détail historique remarquable: l'oeuvre était alors toute récente, Honegger l'ayant composée d'août à octobre 1948; elle avait été donnée en première audition à Zurich le 6 mai 1949, par André Jaunet, flûte, et Marcel Saillet, cor anglais, avec le Collegium Musicum Zürich. La partition fut publiée par Salabert en 1949. Nicolet, Parolari et Desarzens ont donc enregistré le Concerto da camera moins d'un an après sa création mondiale!

Il est fort probable que l'enregistrement fut fait entre fin 1949 et début 1950, peu avant le départ d'Aurèle Nicolet pour Berlin; la première publication du disque Concert Hall Release CH E-17 aux USA date de 1951: elle est mentionnée dans le supplément du WERM («The World's Encyclopedia of Recorded Music») 1951 en page 786, avec l'en­re­gis­trement du «Los Angeles Chamber Symphony» dirigé par Harold Byrns, Arthur Gleghorn, flûte, et William Kosinski, cor anglais, en solistes:

Extrait de la page 786 du supplément du WERM («The World's Encyclopedia of Recorded Music») 1951
Extrait page 786 supplément du WERM («The World's Encyclopedia of Recorded Music») 1951
Il n'est toutefois plus possible de reconstituer lequel des deux disques fut publié en premier.
Étiquette recto du disque Concert Hall Release CH E-17
Étiquette recto du disque Concert Hall Release CH E-17
Arthur Honegger, Concerto da camera pour flûte, cor anglais et orchestre à cordes, H 196, Aurèle Nicolet, flûte, Egon Parolari, cor anglais, Orchestre Symphonique de Winterthur, Victor Desarzens, 1950

        1. Allegretto amabile           06:08 (-> 06:08)
        2. Andante                      08:25 (-> 14:33)
        3. Vivace                       04:20 (-> 18:53)

Provenance: Concert Hall Release CH E-17

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En écoute comme fichier mp3 320 kbps

1. Allegretto amabile


2. Andante


3. Vivace