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Arthur HONEGGER
Symphonie No 4 dite Deliciae Basilienses, H 191
Orchestre de Chambre de Strasbourg
Ernest BOUR
15 juin 1956 (18e Festival de Strasbourg)
Palais des Fêtes, Strasbourg

Sur une commande de Paul SACHER, Arthur HONEGGER composa sa quatrième symphonie en seulement cinq mois, du 9 juin au 20 octobre 1946 (1er mouvement: 9 juin - 7 juillet 1946, orchestration: juillet - 2 août 1946, 3e mouvement: achevé le 16 septembre 1946, 2e mouvement: achevé le 9 octobre 1946, Orchestration achevée le 20 octobre 1946).

Elle est dédicacée „À Paul Sacher et au Basler Kammerorchester pour son vingtième anniversaire“, qui la donnèrent en première audition le 21 janvier 1947 à Bâle (au programme de ce concert figuraient également les premières de deux autres oeuvres commandées par Sacher pour cet anniversaire: le Concerto en ré majeur d'Igor Strawinsky et la Toccata e due Canzoni de Bohuslav Martinů.).

Paul SACHER et Arthur HONEGGER
Paul SACHER et Arthur HONEGGER
Cette quatrième symphonie - sous-titrée „Deliciae Basilienses“, “Joies bâloises“ - est l'oeuvre la plus joviale et la plus lumineuse du compositeur dans ce genre. La filiation avec l’art symphonique de Haydn et de Mozart, aussi bien dans l’esprit que dans la forme, y est manifeste.

Après les symphonies “de guerre“ No 2 et No 3, Honegger voulut revenir à un ton plus joyeux. Avec une instrumentation réduite et la transparence de la musique de chambre, il traita des expériences et des impressions insouciantes de l'après-guerre à Bâle. À travers cette oeuvre, qui prend le caractère d'un divertissement ou d’une sérénade, le compositeur rend hommage à la sérénité et au calme apaisant de la Suisse et, plus précisément, aux délices de la ville de Bâle - notamment en y intégrant d'anciennes mélodies suisses.

Le premier mouvement, qui commence par un thème de nature pastorale exposé par le premier violon, suivi d'un second élément thématique de caractère enjoué attribué aux bois, contient ainsi une allusion au carillon bâlois à travers l’alliage des timbres du piano et du «Glockenspiel».

Le second mouvement, larghetto, a la forme d'une passacaille, avec un thème de basse relativement austère, confronté à un second thème souple et empreint de tendresse; quelques traces de l’univers sonore de Bâle s’insinuent ensuite dans la trame poly­pho­nique, chants d'oiseau, citation du chant populaire «Z'Basel, a mim Rhy», poème de Johann Peter HEBEL mis en musique par Franz ABT, qui intervient en tant que contre-sujet du thème de la passacaille.

Le troisième mouvement, allegro, entremêle cinq thèmes dans une forme de rondo fugué. Polyphoniquement très complexe, l'écriture multiplie les contrastes; après un adagio méditatif, la citation du motif du “Basler Morgenstreich", utilisant le piccolo et le tambour caractéristiques du carnaval bâlois, souligne une atmosphère de fête.

C'est donc une oeuvre toute en grâce et en délicatesse qui, comparée aux deux symphonies précédentes, montre que Honegger associait le genre symphonique aux tonalités affectives les plus diversifiées. Malgré l'atmosphère pastorale et souvent enjouée qui règne tout au long de cette symphonie, elle se termine dans une ambiance plus grave, par ce que le compositeur qualifia de „petit nuage de poussière qui s’envole”.

Sur la genèse de l'oeuvre, cité des notes de Harry HALBREICHArthur Honegger - Un musicien dans la cité des hommes“, Fayard 1992, pages 399-401:

"[...] On ne saurait imaginer contraste plus total qu'entre cette symphonie, écrite apparemment sans peine en un peu plus de quatre mois seulement, et la précédente, qui avait exigé seize mois de dur labeur. Ce contraste a été voulu par l'auteur, qui s'en est expliqué dans les termes suivants:

„Dans l'année de malheur 1946, nous vivions dans une époque peu réjouissante. Les gouvernements des pays exigeaient de leurs sujets qu'ils payent les suites de la guerre. Au milieu des odieuses et stupides conditions d'existence qui nous sont imposées, cette symphonie traduit l'espoir que suscite la perspective d'échapper pour un temps à cette atmosphère en passant l'été en Suisse, entouré de l'affection d'amis chers et pour lesquels l'art musical joue encore un rôle. Dans cet état d'âme, le premier mouvement de la symphonie fut esquissé.“ Et Honegger ajoute: „Après la Symphonie “Liturgique“, j'aimerais faire une chose claire et simple comme la vie au Schönenberg.“ Certes, la symphonie n'y fut pas commencée: le premier mouvement tout entier fut conçu à Paris, et son premier thème (l'esprit souffle où il veut, fait remarquer pertinemment Marcel Delannoy) lui vint dans l'autobus 92 en descendant de l'Étoile à l'Alma! Mais l'oeuvre est toute pleine de l'atmosphère de ce lieu béni, et aussi de celle de la ville de Bâle, à laquelle il est fait allusion par des citations musicales précises dans les deux derniers mouvements. Aussi est-ce à bon droit qu'à la suggestion d'Emil Staiger, professeur à l'université de Zurich, elle a pris le titre de “Deliciae basilienses“.
[...]"

Arthur HONEGGER et Ernest BOUR
Arthur HONEGGER et Ernest BOUR
L'interprétation qui en est proposée ici date du 15 juin 1956, un concert donné au 18e Festival de Strasbourg, Ernest BOUR dirigeant un orchestre nommé „Orchestre de Chambre de Strasbourg“. Je n'ai pas pu trouver grand chose sur l'identité de cette for­ma­tion. Cité d'un compte-rendu de René DUMESNIL publié dans le quotidien Le Monde du 19 juin 1956:

"[...] Strasbourg, 18 juin. - Bien que Mozart soit le centre des manifestations musicales - comme il est naturel en cette année du bicentenaire, - la musique française a sa bonne part au XVIIIe Festival international de Strasbourg. [...] L'Orchestre de chambre de Strasbourg, bien que de fondation récente, est devenu sous la direction de M. Ernest Bour un groupement instrumental de premier ordre et l'a montré par l'exécution d'un programme réunissant des oeuvres d'une diversité et d'une difficulté périlleuse. Auprès du Divertimento K 131, rendu avec la plus sensible fidélité à l'esprit mozartien, auprès d'une Symphonie en mi bémol de J.-M. Kraus (qui, émule méconnu du maître de Salzbourg méritait certes un meilleur sort que l'oubli total où cette oeuvre était tombée, puisqu'elle n'a pas été Jouée depuis 1800), M. Ernest Bour a rendu un double hommage à la mémoire de Honegger en donnant de la Quatrième Symphonie (Deliciae basilienses) si vive, si enjouée, avec ses vieux airs comme le Basler Morgenstreich, une exécution délicatement colorée; puis en dirigeant la première audition d'une Passacaille de M. Maurice Jarre. [...]"

Si une personne visitant cette page devait en savoir plus sur cet Orchestre de Chambre de Strasbourg, toute information m'intéresse -> COURIEL!

En modeste hommage à la mémoire de Jean François FAUDUET (fomalhaut): cet enregistrement provient de sa collection, qu'il a généreusement mis à la disposition des mélomanes.

Arthur Honegger, Symphonie No 4 en la dite Deliciae Basilienses, H 191, Orchestre de Chambre de Strasbourg, Ernest Bour, 15 juin 1956, Palais des Fêtes, 18e Festival de Strasbourg

        1. Lento et misterioso - Allegro    12:13 (-> 12:13)
        2. Larghetto                        06:26 (-> 18:39)
        3. Allegro                          07:18 (-> 25:57)

Provenance: Radiodiffusion

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En écoute comme fichier mp3 320 kbps

1. Lento et misterioso - Allegro


2. Larghetto


3. Allegro