Robert Schumann composa ses «Waldszenen» („Scènes de la forêt“), opus 82, entre le 29 décembre 1848 et le 6 janvier 1849. À cette période de pleine maturité artistique, il ne composait plus uniquement pour le piano; pourtant, chaque fois qu’il revenait à son instrument de prédilection, il savait toujours puiser dans l’inspiration d’autrefois.
Les 9 „Scènes de la forêt“ - ou “Scènes des bois“ ou “Dans la forêt“ - dépeintes dans l’opus 82 sont caractéristiques du romantisme délicat du compositeur; l’amour de la nature en était l’inspiration. Les «Waldszenen» regorgent d’une richesse poétique qui leur est propre, et des éclairs intermittents d’un impressionnisme naissant ajoutent une touche particulière de piquant aux couleurs de la palette du compositeur. Les allusions poétiques y sont omniprésentes. En fait, chaque pièce portait à l’origine une devise poétique, mais celles-ci ont finalement été abandonnées, à l’exception de la No 4. Ces neuf pièces ne sont pas toujours présentées en cycle, et au moins deux d’entre elles sont fréquemment jouées en tant que morceaux de concert individuels.
Première édition, Page de garde avec une lithographie représentant une scène forestière; le rocher au premier plan porte le titre, tandis que les titres des différents numéros sont imprimés dans des feuilles de plantes; en haut de l'illustration, une bannière comporte l'incipit du Jagdlied; signé: Fr. Krätzschmer, Bartholf Senff, Leipzig
L'enchaînement des morceaux laisse entrevoir la recherche d'une architecture largement symétrique du cycle. Le premier morceau, „Entrée“, correspond au dernier, „Adieu“, le deuxième, „Chasseur à l'affût“, à l'avant-dernier „Chanson de chasse“. Le troisième morceau, „Fleurs solitaires“, est également lié thématiquement à l’avant-dernier, „L’oiseau prophète“: les fleurs et l’oiseau sont tous deux des représentants de la nature vivante. Enfin, le „Lieu maudit“, en tant que lieu sinistre, contraste avec la chaleureuse „Auberge“. Tous ces morceaux s’articulent autour du cinquième morceau „Paysage accueillant“ comme axe de symétrie.
«« «Eintritt im Walde» est la première de ces pièces au titre évocateur, et son ouverture aux accents de cor ainsi que son thème mystérieusement romantique évoquent avec efficacité le calme apaisant de la forêt.
«Jäger auf der Lauer», en revanche, offre l’image d’une poursuite animée, avec la sugestion que la proie a réussi à échapper à son agile poursuivant.
Avec «Einsame Blumen», une atmosphère plus calme s’installe alors que le poète symphonique évoque l’image d’une fleur solitaire dans une mélodie simple et sentimentale caractérisée par un rythme immuable.
Les pages inquiétantes de «Verrufene Stelle» dépeignent un autre aspect de l’art romantique de Schumann; ses contrastes dramatiques entre majeur et mineur et ses couleurs austères et sans relief nous rappellent deux influences littéraires significatives dans la vie de Schumann, Jean Paul et E.T.A. Hoffmann.
«Freundliche Landschaft» et «Herberge» sont des pièces plus ensoleillées, en particulier la première avec son flux gracieux et son évocation d’une nature souriante.
«Vogel als Prophet» (No 7) est la pièce la plus connue du recueil, et à juste titre. Il s’agit d’une inspiration époustouflante avec des figurations ascendantes et descendantes à l’effet envoûtant et des harmonies audacieusement originales pour l’époque.
Après ce tableau raffiné, on retrouve l’atmosphère de la chasse dans le «Jagdlied», vigoureux et direct, qui est exactement ce que son titre laisse entendre.
Vient ensuite l’inévitable «Abschied», un adieu du poète tendre et contemplatif. »».
Ces «Waldszenen» („Scènes de la forêt“), opus 82, de Robert SCHUMANN dans l'interprétation de Clara HASKIL furent enregistrées par Philips les 5 et 6 mai 1954 dans le Studio «Phonogram» à Hilversum , publiées au recto du disque Philips A00775L, puis rééditées sur EPIC LC 3358 (photo ci-dessus). Au verso se trouvent les „Scènes d’enfants“, opus 15, du même compositeur, également interprétées par Clara HASKIL, enregistrées par Philips du 12 au 15 mai 1955, dans la «Bachzaal» à Amsterdam.
Ces deux oeuvres rassemblées sur ce disque partagent plusieurs points essentiels, à la fois sur le plan musical, esthétique et poétique.
Toutes deux sont des cycles de pièces brèves pour piano, de miniatures - 9 pièces resp. 13 pièces - dans lesquelles Schumann ne raconte pas une histoire continue, mais propose des tableaux poétiques. Les „Scènes d’enfants“ évoquent le monde de l’enfance, ses rêves, ses jeux, les „Scènes de la Forêt“ explorent la forêt romantique allemande, entre nature, mystère et imaginaire. Dans les deux cas, il s’agit de suggestions plutôt que de narrations explicites.
Leur langage musical est en apparence accessible mais quand-même profond - les pièces ne sont techniquement pas trop difficiles, mais exigent une grande sensibilité expressive. Le compositeur y privilégie des mélodies simples mais chargées d’émotion, d'harmonie subtile et d'atmosphère intime. Elles traduisent des univers intérieurs (nature et enfance) à travers une esthétique romantique fondée sur la suggestion et l’émotion.
Pour cette restauration j'ai utilisé un exemplaire du disque EPIC LC 3358 mentionné ci-dessus:
Robert Schumann, «Waldszenen» („Scènes de la forêt“), opus 82, Clara Haskil, 5 et 6 mai 1954, Studio «Phonogram», Hilversum