Carl Philipp Emanuel BACH
Concerto pour orgue, cordes et basse continue
en mi bémol majeur, Wq 35, H 446
Jean GUILLOU aux grandes orgues Kleuker
de la Lutherkirche de Berlin
Orchestre Brandebourgeois de Berlin
René KLOPFENSTEIN
1 au 8 avril 1968, Lutherkirche, Berlin
Cité des notes de Louis COGNET publiées à l'intérieur de la pochette du disque Philips 835.794 IY:
"[...]
Entre tous les instruments, c’est au clavecin puis au pianoforte qu’est allée la prédilection de C.P.E. Bach. Les quelque quatre-vingt dix sonates qu’il a consacrées au clavier, indubitablement influencées par celles de Scarlatti, fourmillent de trouvailles originales, grandioses, parfois géniales. On en pourrait dire autant, s’ils étaient mieux connus, des quarante concertos dévolus au même instrument.
Les deux ouvrages que contient ce disque offrent une particularité: ils sont les seuls pour lesquels le musicien indique une destination à l'orgue, point exclusive d’ailleurs, puisque ces concertos peuvent d’après le titre se jouer aussi au clavecin. Là, évidemment, il ne faudrait pas se laisser impressionner par la conception romantique du concerto, où, si l’on ose dire, le soliste est opposé à l’orchestre et lutte contre lui. Ici, au contraire, l’instrument à clavier est intégré à.l’orchestre, à tel point même qu’il peut être employé pour la réalisation de la basse continue, et c’est seulement par moments qu’il devient instrument principal ou soliste: nous sommes donc encore fort proches de la conception des concertos de Jean Sébastien Bach et assez loin de l’indépendance qu’un Mozart ou un Haydn donneront au soliste. Il y a là un caractère très particulier que la présente exécution s’est efforcée de respecter.
De ces deux concertos, la partition originale a dormi jusqu’à nos jours dans les manuscrits de la Bibliothèque d’Etat de Prusse, présentement dispersés en plusieurs dépôts. Ils n’ont vu le jour qu’à une date toute récente, en 1964. Il n’est guère possible de situer exactement leur composition. Ils remontent certainement au séjour de C.P.E. Bach à Berlin, et on pourrait les placer sans invraisemblance vers 1750. [...]"
Sur les trois mouvements de la seconde de ces deux oeuvres, le Concerto pour orgue, cordes et basse continue en mi bémol majeur, Wq 35, H 446:
"[...] I. ALLEGRO MODERATO. L’orchestre expose un thème assez uniforme d’arpèges, dans lequel intervient un vif et brillant accompagnement en notes répétées, qui rappelle quelque peu certains concertos de Vivaldi. L’orgue intervient par un thème fort différent, très mélodique, et d’allure décidée, auquel l’orchestre superpose bientôt ses arpèges, et que l’orgue développe ensuite par de rapides épisodes en doubles croches. Par moments interviennent entre l’orgue et l’orchestre des effets d’écho tels que le grand Bach les avait déjà affectionnés.
Bien que, pour ce mouvement, les manuscrits aient conservé une brève cadence écrite par l’auteur, Jean Guillou a préféré, fidèle en cela aux meilleurs usages, en improviser une où l’on remarquera avec quelle habileté se superposent des fragments empruntés aux deux thèmes, qui se développent d’une manière toute naturelle en traits fulgurants - nous rappelant combien l’art de l’improvisation était fondamental pour l’exécutant de jadis. Un retour du premier thème de l’orchestre clôt le mouvement.
II. ADAGIO SOSTENUTO. Ce mouvement lent continue un des moments les plus saisissants des ouvrages ici enregistrés. Il constitue un admirable exemple de l’expressionnisme pré-romantique de Carl Philipp Emanuel Bach. René Klopfenstein et Jean Guillou lui ont donné toute son ampleur et, sans y insister, n’ont pas craint d’en mettre en évidence le caractère déjà presque beethovénien.
Dans la tonalité de la bémol majeur, voisine de celle du mouvement précédent, mais d’une sonorité plus riche, se développe une ample et pathétique phrase mélodique, exposée d’abord par les cordes, reprises par l’orgue, transportée et amplifiée par un harmonieux dialogue entre le soliste et l’orchestre. C’est déjà le climat de certains adagios de Beethoven, spécialement dans les premières sonates pour piano.
III. ALLEGRO. D’un rythme simple et enlevé, avec ses arpèges descendants et ses doubles croches, le dernier mouvement rappelle quelque peu le premier. La coupe en est simple, avec ses modulations franches et ses épisodes nettement tranchés, entrecoupés pourtant de curieux passages chromatiques. L’ensemble se termine dans une atmosphère de gaieté quelque peu populaire, d’un grand charme. [...]"
Les deux oeuvres publiées sur ce disque Philips 835.794 IY furent enregistrées du 1er au 8 avril 1968 dans la Lutherkirche de Berlin, avec l'Orchestre Brandebourgeois de Berlin sous la direction de René KLOPFENSTEIN et Jean GUILLOU aux grandes orgues Kleuker de cette église.
Quelques précisions sur les jeux de cet orgue:
Au verso de ce disque Philips 835.794 IY:
Carl Philipp Emanuel Bach, Concerto pour orgue, cordes et basse continue en mi bémol majeur, Wq 35, H 446, Jean Guillou aux grandes orgues Kleuker de la Lutherkirche de Berlin, Orchestre Brandebourgeois de Berlin, René Klopfenstein, 1 au 8 avril 1968, Lutherkirche, Berlin