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Frédéric CHOPIN
Valse No. 1 en mi bémol majeur, Op. 18
Dinu Lipatti, piano
9 juillet 1950, Studio 2 de la radio, Genève

Frédéric CHOPIN a peut-être écrit jusqu'à trente-sept valses pour piano (état au 1er janvier 2000), mais seules dix-neuf d'entre elles (ainsi qu'une valse inauthentique) sont numérotées et seules huit furent publiées (dans les opus 18, 34, 42 et 64) avant son décès.

Les valses No. 1 à 14 font partie des pièces les plus jouées du répertoire romantique pour piano, et sont toutes authentiques. Elles ne sont pas traditionnelles, car trois d'entre elles seulement peuvent être dansées : la Grande Valse brillante No. 1, Op. 18, la Valse en ut dièse mineur No. 7, op. 64 No. 2, dite Valse pure, et la Valse en fa mineur No. 12, Op. 70 No. 2.

Ces 14 valses ne furent pas écrites à la suite: il s'agit d'un recueil, leur composition s'étala entre 1831 et 1847.

"[...] La valse atteignit Varsovie à l’orée du XIXe siècle. Adolescent, Chopin avait connu les valses pour piano de Polonais comme Maria Szymanowska, Kurpiński, Dobrzyński et Stefani. Lorsqu’il arriva à Vienne, les valses de Joseph Lanner et de Johann Strauss I balayaient l’Europe. Concernant le piano, la référence cruciale fut la pionnière „Invitation à la danse“ de Weber.

Chopin attendit d’avoir composé treize mazurkas et polonaises pour s’essayer à la valse, en 1829. Seules huit de ses vingt valses parurent de son vivant: les deux Valses op. 69, les trois Valses op. 70 et six valses anciennes (sur un ensemble de sept), sans numéro d’opus, furent éditées posthumement. Certaines sont remarquables, comme celles du poétique op. 69 no 2 en si mineur et de l’op. 70 no 3 en ré bémol majeur, inspirée par Konstancja Gładkowska et composée, nous dit Chopin, „tôt ce matin“ (3 octobre 1829). Parmi toutes les valses posthumes sauvées pour la postérité, réjouissons-nous surtout qu’il y ait eu l’étincelante Valse en mi mineur (1830). Comme pour la Fantaisie-Impromptu, on voit mal comment Chopin a pu passer à côté d’elle: avec son introduction de bravoure, sa coda et ses motifs entraînants, elle a tout d’une oeuvre aboutie.
[...]" cité des notes de Jeremy NICHOLAS publiées en 2008 dans le livret du coffret Hyperion CDS44351/66.

Recto de la pochette du disque Pathé FCX 156
Recto de la pochette du disque Pathé FCX 156
Ce disque Pathé FCX 156 est entièrement consacré à Frédéric CHOPIN - à ses 14 Valses:

Verso de la pochette du disque Pathé FCX 156
Verso de la pochette du disque Pathé FCX 156
  ⇒   Valse No.   1 en mi bémol majeur, Op. 18
  ⇒   Valse No.   2 en la bémol majeur, Op. 34, No. 1
  ⇒   Valse No.   3 en la mineur, Op. 34, No. 2
  ⇒   Valse No.   4 en fa majeur, Op. 34, No. 3
  ⇒   Valse No.   5 en la bémol majeur, Op. 42
  ⇒   Valse No.   6 en ré bémol majeur, Op. 64, No. 1
  ⇒   Valse No.   7 en ut dièze mineur, Op. 64, No. 2
  ⇒   Valse No.   8 en la bémol majeur, Op. 64, No. 3
  ⇒   Valse No.   9 en la bémol majeur, Op. 69, No. 1
  ⇒   Valse No. 10 en si mineur, Op. 69, No. 2
  ⇒   Valse No. 11 en sol bémol majeur, Op. 70, No. 1
  ⇒   Valse No. 12 en fa mineur, Op. 70, No. 2
  ⇒   Valse No. 13 en ré bémol majeur, Op. 70, No. 3 (B. 40)
  ⇒   Valse No. 14 en mi mineur, sans No d'opus, (B. 56 KK IVa/15)

Il s'agit de prises de son faites par le label Columbia à Genève en 1950. Mais pourquoi à Genève dans un studio de la radio, et non à Londres, Abbey Road, comme pour les prises de son précédentes?

Il ne s'agissait là ni d'une exception due à une préférence artistique pour Genève, ni d'en­re­gistrements “de complément“ réalisé fortuitement par Columbia: ces valses faisaient partie intégrante de la grande session genevoise organisée spécialement pour Lipatti en raison de son état de santé très précaire - qui, après ses dernières séances londniennes d’avril 1948, s'était de plus en plus détérioré. Columbia aurait bien entendu souhaité poursuivre le travail à Abbey Road, mais les voyages à Londres étaient devenus extrêmement difficiles pour Dinu Lipatti.

Un témoignage particulièrement intéressant est celui de Mark AINLEY, fondé sur les sources concernant ces séances, précisant qu'après le concert de Lipatti à Zurich du 7 février 1950, le directeur de la maison de pianos Jecklin suggéra à Walter Legge que Columbia réalise ses futurs enregistrements en Suisse. En 1949, Columbia avait encore envisagé que Lipatti puisse venir à Londres, mais son état rendait ce projet de moins en moins réaliste. À Pâques 1950, Legge assura finalement à Lipatti qu'il ferait son possible pour l'enregistrer près de chez lui, donc à Genève.

Le camion d'enregistrement de Columbia, avec les techniciens, arriva en Suisse après avoir été utilisé au Festival de Prades. Un studio de Radio Genève fut loué pour les séan­ces. Les essais commencèrent le 2 juillet 1950, et les séances de prise de son se dé­rou­lèrent du 3 au 12 juillet. La documentation de la Fondation Lipatti donne ex­pli­ci­te­ment parmi les oeuvres enregistrées à Genève:

  ⇒   les 14 Valses de Chopin
  ⇒   la Mazurka op. 50 No. 3
  ⇒   la Partita en si bémol majeur de Bach
  ⇒   la Sicilienne de Bach-Kempff
  ⇒   la Sonate KV 310 de Mozart
  ⇒   plusieurs transcriptions/chorals de Bach

Selon Mark AINLEY (référence ci-dessous), le résultat fut techniquement assez différent des enregistrements «Abbey Road». Le studio de Radio Genève étant petit, l'ingénieur du son Anthony GRIFFITH dut employer une prise de son assez rapprochée. Cela ex­pli­que la sonorité particulière des enregistrements de juillet 1950: piano très présent, assez comprimé, avec relativement peu de réverbération.

Toujours selon les notes de Mark AINLEY, Dinu Lipatti écoutait chaque prise de son dans le camion d'enregistrement avec une attention extraordinaire et exigeait la plus grande perfection. Les 14 valses occupèrent la majeure partie des neuf journées de tra­vail, certaines étant reprises plusieurs fois jusqu'à obtenir le résultat souhaité.

Ce studio fut nommé „studio No. 2“ tout simplement pour le différencier de l'unique studio de la radio de Genève. Il n'est toutefois plus possible de le situer exactement sur le site de la radio - du moins pas à connaissance.

La première de ces 14 valses - en mi bémol majeur, Op. 18, „Grande valse brillante“ - date des derniers mois du séjour de Chopin à Varsovie, en 1830. Au rythme populaire, avec ses élans tantôt poétiques, tantôt lyriques ou désinvoltes, elle garde aujourd’hui encore tout le parfum de la jeunesse et la renommée qu'elle connut du temps de Chopin.

Elle fut la première valse dont Chopin autorisa la publication. Elle a ceci de particulier qu’on peut effectivement danser dessus (comme le reflète son inclusion dans „Les Sylphides“), les valses ultérieures s’apparentant davantage à des “poèmes à danser“, bien loin des valses de Lanner et de Strauss, ses modèles.

Étiquette recto du disque Pathé FCX 156
Étiquette recto du disque Pathé FCX 156
Frédéric Chopin, Valse No. 1 en mi bémol majeur, Op, 18, „Grande valse brillante“, Dinu Lipatti, piano, 9 juillet 1950, Studio 2 de la radio, Genève

        „Grande valse brillante“         04:39

Provenance: Pathé FCX 156

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Grande valse brillante