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George ENESCU
Sonate pour violon et piano no 2 en fa mineur, opus 6
George ENESCU, violon, Dinu LIPATTI, piano
13 mars 1943, Studio de la radio roumaine, Bucarest

Les trois Sonates pour piano et violon de Georges ENESCU - ses opus 2, 6 et 25 - re­pré­sen­tent les étapes fondamentales de son activité créatrice, lui qui fut à la fois vio­lo­niste, pianiste, chef d'orchestre et enseignant.

En composant sa seconde sonate pour violon, opus 6, seulement deux ans après la pre­mière, George Enescu révèla son génie tant comme violoniste que comme pianiste, et s’imposa comme l’un des compositeurs pionniers de la Roumanie. Écrite en 1899, alors qu’il n’avait que 17 ans et qu’il était encore étudiant au Conservatoire de Paris, cette oeuvre fut dédiée au violoniste Jacques Thibaud, qui en assura la première audition aux côtés du compositeur.

Georges Enescu considérait cette oeuvre comme „le début de l’affirmation de sa propre voix“. À la manière d’un “coffret à trésors“, il y intègra des influences stylistiques variées dans sa structure en trois mouvements. La sonate explore toute une palette dramatique, allant du romantisme wagnérien à l’impressionnisme français, en passant par les airs folkloriques roumains et les rythmes tziganes en perpétuel mouvement - dans son lent “Tranquillement“ elle rappelle les traditions folkloriques les plus anciennes de la Moldavie. Malgré ces juxtapositions variées, Enescu parvient par­fai­te­ment à donner à la sonate une trame narrative cohérente.

La structure de chacun de ses trois mouvements est claire, bien qu’elle ne suive pas à la lettre les modèles classiques.

Très chromatique, le premier mouvement - “Assez mouvementé“ - s’ouvre sur des ins­tru­ments jouant en octaves homophoniques, suivis d’un arpège fluide et fantaisiste au piano, sous lequel le violon glisse au sommet des vagues harmoniques. À son apogée, les vagues se multiplient, créant un entrelacement contrapuntique techniquement exi­geant entre le piano et le violon.

Le second mouvement - “Tranquillement“ - est une forme ternaire présentant des par­ti­cu­larités dues aux retours cycliques d’idées musicales issues du premier mouvement. Fait inhabituel, ce mouvement est écrit dans la même tonalité (fa mineur) que le mou­ve­ment précédent, ce qui contribue à estomper les contrastes au profit d’un principe de transformation lente et organique de la substance musicale. Il exprime avec brio l’interprétation qu’Enescu fait de cette „tristesse même au coeur du bonheur“ ca­rac­té­ris­tique de la musique roumaine. Le monologue du violon tisse les profondeurs émo­tion­nelles de la complainte, de la mélancolie et de la solitude, pour culminer en une voix er­rante, le tout au sein d’une structure à la fois simple et chromatique.

Le troisième mouvement - “Vif“ - est un rondo doté d’une certaine liberté. Il suit sans in­ter­ruption le mouvement lent. Peut-être pour compenser l'absence de contraste tonal entre les deux premiers mouvements, le thème du refrain commence en ré mineur, puis module pour s'établir en do majeur. Ce n'est que lors de sa dernière apparition que la tonique, le fa, est confirmée, mais cette fois en majeur.

Ce finale suscite l’enthousiasme grâce à une transformation rapide des styles, intégrant un thème fantaisiste de type scherzo, des fanfares interruptives, un chant d’im­pro­vi­sation tzigane et un triomphe lyrique.

Dinu LIPATTI, à gauche probablement dans le début des années 1940, à droite en 1936
Dinu LIPATTI, à gauche probablement dans le début des années 1940, à droite en 1936
Le 13 mars 1943, la Radio roumaine enregistra cette oeu­vre avec le compositeur au violon et Dinu LIPATTI au piano, pour le label ELECTRECORD. Une prise de son certes faite sur bande, mais à une époque où Electrecord ne publiait que des disques 78 tours en gomme-laque - le microsillon n'existant pas encore en Roumanie, et seulement à ses tout débuts en USA et en Europe.

Ces 78 tours n'ont jamais été bien documentés: leurs numéros de catalogue et de matrices ne figurent ni dans les discographies courantes d'Enescu ni dans celles de Lipatti - ils semblent n'avoir jamais été recensés de manière complète.

George ENESCU, recto de la pochette du disque Electrecord ECD 61
George ENESCU, recto de la pochette du disque Electrecord ECD 61
La “première“ édition aujourd'hui facilement identifiable date des années 1950: micro­sillon 10'' (25 cm) Electrecord ECD 61. Elle fut suivie de plusieurs éditions et rééditions: Electrecord ECE 0766/67 (LP), Monitor MC 2049 (LP), Everest 3413 (LP), Disque Déesse DDLX 40-1 (LP, 1972), Electrecord EDC 430/431 (CD, 2001), Philips Legendary Classics 426 100-2 (CD), Dante HPC 091-92 (CD).

George ENESCU, à gauche Berlin en 1900, à droite dans les années 1940
George ENESCU, à gauche Berlin en 1900, à droite dans les années 1940
George Enescu, Sonate pour violon et piano no 2 en fa mineur, opus 6, George Enescu, violon, Dinu Lipatti, piano, 13 mars 1943, Studio de la radio roumaine, Bucarest

        1. Assez mouvementé                     07:53 (-> 07:53)
        2. Tranquillement                       06:16 (-> 14:09)
        3. Vif                                  07:13 (-> 21:22)

Provenance: Radio roumaine, Bucarest

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1. Assez mouvementé
2. Tranquillement
3. Vif


Quelques précicions sur les relations étroites entre George ENESCU (Georges ENESCO en français) et Dinu LIPATTI.

Elles comptent parmi les plus importantes de l'histoire de la musique roumaine du XXᵉ siècle, plus qu'une simple relation de professeur à élève: Enescu fut son parrain à son baptème, ensuite à la fois un mentor, un protecteur et une référence artistique durable.

Alors déjà reconnu comme l'un des plus grands compositeurs, violonistes et chefs d'orchestre européens, George Enescu s'intéressa au jeune pianiste dès son enfance, encourageant son développement musical et lui transmetant une conception exigeante de l'interprétation: la virtuosité ne doit jamais être une fin en soi, mais toujours être mise au service de l'expression musicale.

Même si Lipatti poursuit ensuite ses études à Paris auprès de grands pédagogues comme Alfred Cortot, Paul Dukas et Nadia Boulanger, Enescu resta son mentor artistique, en lui transmettant plusieurs principes qui marqueront durablement son style: une fidélité absolue au texte musical, une recherche de la clarté de la forme, un équilibre oermanent entre intelligence analytique et émotion, une grande simplicité expressive, loin des effets spectaculaires.

Au-delà de la musique, Enescu aida Lipatti à nouer des contacts dans les milieux musicaux européens. Il le recommanda auprès d'organisateurs de concerts et de personnalités influentes, facilitant ainsi son intégration dans la vie musicale occidentale.