Avant-dernière des douze symphonies écrites pour les «Opera Concerts» du «King's Theatre» de Londres, la Symphonie no 103 en mi bémol majeur, dite „Du roulement de timbales“ fut composée en 1795; elle fut donnée en première audition publique le 2 mars 1795 sous la direction du compositeur, durant la dernière série de concerts londoniens à laquelle il prit part. Une dizaine d'années plus tard, en 1806, Joseph Haydn fit don du manuscrit au jeune compositeur Luigi Cherubini, qui admirait beaucoup ses oeuvres, et lui rendit visite à son domicile de Mariahilf, près de Vienne.
L'oeuvre commence d'une façon tout à fait inhabituelle, par un roulement de timbales, d'où son pseudonyme de la symphonie „avec le roulement de timbales“. Sur l'autographe, Haydn écrivit à propos de cette timbale à découvert 'Solo' et 'Intrada', mais sans donner la moindre indication de nuance.
Interviennent ensuite bassons, violoncelles, contrebasses, qui en leur quatre premières notes, par une ligne sombre dans le grave, énoncent l’incipit du „Dies Irae“: chez Haydn, aucune symphonie n'avait jamais débuté de façon si sinistre. Puis, dans l'Allegro qui suit, il fait revenir ce motif d'une façon très particulière: "[...] dans la section de développement, il a l’idée bizarre de faire jouer le matériel dans le tempo rapide prédominant et, vers la fin du mouvement, il arrête la musique pour citer une fois de plus le roulement de timbales et la musique lente qui le suit. [...]" Chandos (référence exacte égarée).
"[...] L' Allegro con spirito qui suit (à 6/8) s'ouvre par un thème assez léger, énoncé piano. Le forte qui suit cite au passage, de façon très cachée, le Dies Irae de l'introduction.
Le "second thème" précède de peu la fin de l'exposition. Le développement s'ouvre par les premières notes du thème principal en imitation et débouche bientôt sur des accords de sol (dominante d'ut mineur), ce qui rappelle la fin de l'introduction. Sur quoi intervient aux cordes graves une nouvelle variante du Dies Irae. En émergent les premières notes du thème principal, ce qui semble devoir conduire à la réexposition, alors qu'en réalité, c'est le "second thème" en ré bémol qui surgit. La réexposition suit, elle omet la citation du Dies Irae, et le "second thème" y apparaît rapidement. Le discours devient extrêmement dramatique et s'éteint sur un point d'orgue.
On assiste alors, phénomène unique chez Haydn, au retour de l'introduction lente, mais pour 12 mesures seulement. Au retour de l'Allegro con spirito , la version du Dies Irae entendue dans le premier Tutti de l'introduction, revient. En la plaçant maintenant, immédiatement après l'introduction, en d'autres termes en juxtaposant ses deux versions du Dies Irae en un contraste saisissant, Haydn met en évidence une parenté qui, jusqu' ici, avait pu passer inaperçue.
Le SECOND MOUVEMENT (Andante più tosto puis Allegretto à 2/4) est en forme de variations alternées sur deux thèmes respectivement en ut mineur et ut majeur. Leur origine folklorique a été établie, mais l'important est de saisir que Haydn, en les modifiant pour son propre usage, n'atténua pas mais au contraire renforça leur caractère populaire, en particulier lorsqu'il transforma de fa en fa# la cinquième note du thème en majeur, donnant ainsi à ce dernier une coloration modale et le rapprochant par la même occasion de celui en mineur. Le thème en mineur est exposé par les cordes seules, celui en majeur fait intervenir aussi hautbois, bassons et cors. La première variation en mineur laisse intacte la mélodie aux cordes mais l'entoure de beaux contre-chants aux instruments à vent; celle en majeur fait intervenir un violon solo. La seconde variation en mineur est violente et dramatique, celle en majeur adopte peu à peu une allure martiale. Le mouvement semble prendre fin, mais une soudaine modulation en mi bémol majeur retarde cet évènement. Le thème en ut Majeur revient pour conclure à tout l'orchestre, soutenu d' un bout à l'autre par un roulement de timbales avec sforzandos au début de chaque mesure. Une brève fanfare met le point final.
Le MENUET a lui aussi des aspects populaires. Mais la phrase de tyrollienne tirée du thème lui-même et entendue à la fin de la première partie aux violons, puis deux fois en écho aux instruments à vent, est immédiatement après (au début de la seconde partie) transformée rythmiquement, ce qui lui confère un côté tout à fait sérieux et lui permet de supporter le poids d'une modulation en sol bémol majeur.
Le FINALE (Allegro con spirito à 2/2), après une introduction aux cors, expose un thème qui aura un rôle de premier plan tout au long du mouvement. Il est reconnaissable à un motif rythmique formé de quatre premières notes identiques. Le mouvement comporte trois parties, toutes introduites par le thème unique sous sa forme et dans sa tonalité d'origine, ayant respectivement pour fonction exposition, développement et réexposition-coda. Après l'accord de septième de dominante, vingt mesures avant la fin, Haydn avait prévu à l'origine seize mesures particulièrement audacieuses dans la nuance piano, modulantes et entrecoupées de silences. S'il y renonça, ce fut pour ne pas briser son élan, et nous mener d'un trait au terme d'une de ses plus brillantes péroraisons. [...]"
La prise de son qui en est proposée ici provient d'un concert donné le 21 décembre 1970 à Paris, Pierre Michel LE CONTE dirigeant l'Orchestre National de l’ORTF, qui doit avoir été diffusée sur France Musique dans les derniers mois de l'année suivante.
Pierre-Michel LE CONTE lors du concert d'ouverture du Centre Pompidou de Paris donné le 31 janvier 1977, une photo de Pierre Joly et Véra Cardot
Joseph Haydn, Symphonie no 103 en mi bémol majeur, dite „Du roulement de timbales“, Orchestre National de l’ORTF, Pierre Michel Le Conte, 21 décembre 1970
1. Adagio – Allegro con spirito 09:27 (-> 09:27)
2. Andante più tosto allegretto 08:18 (-> 17:45)
3. Menuetto 04:47 (-> 22:32)
4. Finale: Allegro con spirito 05:05 (-> 27:37)