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Georges BIZET
Symphonie en ut, WD 33
Orchestre National de la Radiodiffusion Française
André CLUYTENS
11 septembre 1955, 3e concert du
10e Septembre Musical, Salle du Pavillon, Montreux

Le programme général du 10e Septembre Musical de Montreux 1955:

Le 3e concert du dimanche 11 septembre fut donc donné par l'Orchestre National de la RadioDiffusion Française placé sous la direction de André CLUYTENS, avec Nathan MILSTEIN en soliste. Au programme:

-►  Georges Bizet, Symphonie en ut, WD 33
-►  Edouard Lalo, Symphonie espagnole pour violon et orchestre, Op. 21
-►  Claude Debussy, Nuages et Fêtes des „Trois Nocturnes“ L 98 (L 91)
-►  Albert Roussel, Suite No 2 du ballet Bacchus et Ariane, op. 43

Cité d'un compte-rendu signé “E. P.-R.“ publié le 14 septembre suivant dans la Feuille d'avis de Lausanne en page 2:

"[...] André Cluytens, le chef français que l’on avait applaudi l’an dernier, a été reçu avec le même enthousiasme dimanche soir. À son beau métier, à la haute exigence de sa technique, il ajoute le charme d'une nature sensible, que le temps n’a pas émoussée. Mais cette nature expansive et cette fraîcheur sont toujours contenues dans les limites que lui désigne son goût très sûr.

André Cluytens est un de ces chefs de la jeune génération, et français par surcroît, ce qui veut dire qu'il s'est fait avec les partitions les plus significatives de la technique orchestrale. Pour de tels chefs, la virtuosité n’est pas seulement un merveilleux moyen d’interprétation, elle est devenue, conjointement et simultanément, un élément de la musicalité et de l’expression poétique. Le danger serait qu’elle devint un but en soi-même. Mais il n’en est pas question avec un artiste aussi imaginatif qu'André Cluytens. Il a trop d'intuition, trop de savoir, il est trop humain, pour ne pas déceler, dans le langage musical, le climat, le paysage intérieur, les facultés du coeur et de l'esprit et les mille chemins de la révélation par la perception sensorielle. Chacune des oeuvres mises à son programme en fut une preuve irréfutable.

Et tout d’abord la Symphonie No 1 en ut majeur, de Bizet, qui jouit, depuis quelques années, d’un renouveau d’intérêt aussi mérité qu’imprévisible. Cette oeuvre si bien faite a parfois la grâce d’une page de Schubert ou de Mendelssohn; mais dans une lumière qui n'est qu'à Bizet. Elle a une fermeté de contour et une manière d’élucider les imprécisions psychologiques, qui la soustraient à l'opulent mystère et à l'ardente effusion des romantiques allemands. Pour être expansive et sensible, et charmante, elle n’en garde pas moins une rigueur qui définit son terroir autant que la spiritualité de son climat. C’est du moins ce qu’en fit le chef, laissant toujours transparaître la grandeur du créateur dans la séduction de son génie.

Avec quel faste et quel luxe de moyens les instrumentistes de l'Orchestre National de Paris n’ont-ils pas évoqué les prestigieuses visions de Nuages et Fêtes? C’est avec les plus subtils effets de la virtuosité et le plus grand rafinement de la sonorité, avec un orchestre tenu tout entier comme un clavier unique entre les mains du chef qu'on fait cette province de rêve, cette nature qui n’en est pas une, ce songe de ciel, de source et de vent, cet écho des choses, ces rets de la mémoire exaltée qui les contient, ce prisme qui les transfigure et substitue à la réalité son image inversée dans le coeur radieux de Debussy.

Il n’en fallut pas moins pour recréer la somptueuse féerie de Roussel: Bacchus et Ariane, op. 43, 2e suite d'orchestre. Le plaisir que l'on prend à une exécution aussi belle et aussi significative est si grand qu'on en vient à mêler dans la même admiration enthousiaste la part du compositeur qui conçut le décor dans lequel il nous promène, les fêtes et les rites auxquels il nous convie, et celle des cordes, des bois, des cuivres qui font de la sonorité un enchantement, au sens que lui donnent les magiciens.

Nathan Milstein était le soliste de ce concert dans la Symphonie espagnole, en ré mineur, op. 21, de Lalo. Ce violoniste est certainement l’un des plus grands et ses dons en font dès maintenant un de ces artistes qui précisent l'époque qu’ils traversent. Avant tout, instrumentiste, c’est-à-dire doté de facultés extraordinairement adaptées à la physiologie instrumentale, il en sort toutes les voix, il en tire tous les effets. Nul mieux que lui ne sait rendre l'émotion d’un Brahms, d’un Tchaïkowsky, d’un Dvorak; aussi la grandeur passionnée d’un Beethoven. Pour Lalo, il eut tout ce que l’archet peut suggérer de grâce, de feu, de panache: une beauté de sonorité, une souplesse d’expression, une richesse de nuances et de couleurs qu’on ne saurait dépasser. Oserait-on dire que la mariée était trop belle? Qu’une exécution semblable est peut- être trop physique et qu’il manquait à ce Lalo le rien de légèreté qui lui eût fait quitter la terre et justifier son existence de papillon fait pour la grâce, le caprice et l'enjouement.

Mais cette remarque, qui est toute subjective n'enlève rien au don prodigieux de Nathan Milstein et à l’enthousiasme qu’il déchaîne.
[...]"

Voir au bas de cette page pour une courte présentation de l'oeuvre.

André CLUYTENS, un instantané pris par Jean WALDIS, non daté
André CLUYTENS, un instantané pris par Jean WALDIS, non daté
Le concert fut diffusé en différé par la Radio Suisse Romande sur son émetteur de Sottens:

Ouvrant ce concert:

Georges Bizet, Symphonie en ut, WD 33, Orchestre National de la Radiodiffusion Fran­çaise, André Cluytens, 11 septembre 1955, 3e concert du 10e Septembre Musical, Salle du Pavillon, Montreux

        1. Allegro vivo                     07:39 (-> 07:39)
        2. Andante. Adagio                  10:00 (-> 17:39)
        3. Allegro vivace (Scherzo)         04:36 (-> 22:15)
        4. Finale. Allegro vivace           06:39 (-> 28:54)

Provenance: Radiodiffusion

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1. Allegro vivo


2. Andante. Adagio


3. Allegro vivace (Scherzo)


4. Finale. Allegro vivace


Courte présentation de l'oeuvre:

Georges Bizet commença d'écrire sa symphonie en ut majeur après avoir entendu la première symphonie de Charles Gounod, en avril 1855 - donc âgé de 17 ans. Elle fut terminée en novembre de la même année, mais comme le compositeur n'y voyait qu'un exercice d'école, il ne chercha pas à la faire jouer - elle tomba dans l'oubli. Elle ne fut redécouverte qu'en 1932 dans un legs de Reynaldo Hahn au Conservatoire de Paris, sa première audition eut lieu le 26 février 1935 à Bâle sous la direction de Felix Weingartner. Dans le programme d'un concert donné le 23 octobre 1940 à Genève avec l'Orchestre de la Suisse Romande - et cette symphonie de Bizet au programme, sa première audition en Suisse romande -, Felix Weingartner écrivait:

"[...] Il y a quelques années, l'historien musical C.-B. Parker, à Glasgow, me demandait si j'avais entendu parler d'une Symphonie de Bizet qui devait se trouver, disait-il, à Paris. M. Parker ne pouvait préciser en quelle bibliothèque existait ce précieux manuscrit. Profitant d'un séjour à Paris, je me rendis au Conservatoire où le Directeur, Maître Rabaud, me confirma l'existence de cette symphonie, oeuvre de jeunesse inédite.

M. Rabaud me donna la possibilité d'étudier le manuscrit, qui m'intéressa vivement. Cette oeuvre, en effet, contient des parties remarquables, entre autres et avant tout la grande mélodie médiane de l'Adagio, si fraîche et si bien écrite qu'on y perçoit sans hésitation la marque d'un maître. M. Rabaud m'accorda alors fort aimablement l'auto­ri­sa­tion de prendre copie du manuscrit.

J'en dirigeai la première audition à Bâle (Allgemeine Musikgesellschaft) et la seconde à Vienne (Orchestre Philharmonique). Dès lors, les exécutions de cette symphonie se sont multipliées, chacune d'elles marquant un nouveau succès.

Cette Symphonie - la seule de Bizet - est écrite dans la forme usuelle. Ses mélodies font penser parfois aux premieres symphonies de Schubert, quoiqu'il semble impossible que Bizet les ait connues. C'est là une de ces parentés qui se présentent fréquemment, nées sans doute du hasard.
[...]"

Felix Weingartner en donna la première audition à Paris le 29 mai 1936.

L'influence de Gounod est certes évidente - dans le deuxième mouvement notamment - elle est toutefois plus proche de Felix Mendelssohn et - comme l'écrit Felix Weingartner - fait penser parfois à Franz Schubert. "[...] D'une architecture toute classique, et bien qu'on n'y rencontre aucune innovation, elle sonne... comme s'il n'y en avait pas eu des centaines écrites avant elle. C'est là le miracle de la jeunesse. [...]" Jean Roy

"[...] L'orchestre est le même que celui de la symphonie de Gounod: bois par deux, deux trompettes, timbales, quintette à cordes. Dès les premières mesures de l'Allegro vivo, l'auditeur est conquis par la transparence et la vigueur de l'orchestre. Les deux thèmes sont affichés avec franchise, le premier rapide, le second (hautbois) tout aussi vif, mais en valeurs longues et plus chantant. Bizet les mêle dans un développement haletant qui fait la part belle au cor solo.

Avec sa merveilleuse phrase mélodique dans laquelle les deux hautbois se relaient, l'Adagio revêt une couleur pastorale. Les cordes présentent un deuxième thème plus lyrique. L'épisode central, Fugato, s'appuie «sur la petite cellule d'appel» du premier thème.

D'une franche bonne humeur, le Scherzo au rythme franc et ferme a des allures rustiques avec notamment son trio où ronronnent de gros bourdons, des quintes vides soutenant des motifs à l'écossaise: les bois jouent de la cornemuse.

L'Allegro vivace conclusif maintient le climat joyeux et l'entrain étourdissant de la sym­pho­nie. Élégance et légèreté du phrasé sont ici souveraines, et l'harmonie, très tra­vail­lée, s'enrichit de belles modulations.

Pour terminer, citons le musicologue Jacques Longchampt: Par certains côtés, malgré son élégance et son agilité qui sentent leur citadin en gants blancs, la musique du Parisien Bizet fait penser à celle de Chabrier l'Auvergnat de la Danse villageoise ou de la Joyeuse Marche et cela annonce l'Arlésienne.
[...]" cité d'un programme de la Philharmonie de Strasbourg.