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Johannes BRAHMS
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77
Nathan MILSTEIN, violon
Orchestre national de la Radiodiffusion française
István KERTÉSZ
17 septembre 1963, Salle du Pavillon
8e concert du 18e Septembre Musical de Montreux

Johannes Brahms conçut son unique concerto pour violon pour - et avec - son ami vio­lo­nis­te virtuose Joseph Joachim. Brahms commença de le composer "[...] pendant l’été 1878, lors d’un séjour à Pörtschach (Wörthersee), en Autriche. Après avoir annoncé le 21 août à son ami Joachim qu’il allait lui faire parvenir „une série de passages pour le violon“, le compositeur lui envoie le lendemain même une partie de soliste autographe. Elle comprend le 1er mouvement ainsi que le début du finale, celui-ci étant avec ses nom­breux passages en doubles cordes particulièrement difficile du point de vue te­ch­nique. Comme le signale Brahms à son ami dans une lettre d’ac­com­pa­gne­ment, l’oeuvre se composait initialement de quatre mouvements, car en plus du mouvement lent initial – qui n’avait apparemment rien à voir avec celui édité ul­té­rieu­rement –, il était prévu un Scherzo. [...]" Michael STRUCK, Kiel, été 2005, cité du texte publié dans la préface de l'édition HENLE de ce concerto, un texte extrêmement inté­res­sant et détaillé.

Suivent de nombreuses discussions et correspondances entre les deux musiciens:

"[...] D’octobre à décembre 1878, Brahms travaille avec énergie à son Concerto [...] et discute en même temps avec Joachim en ce qui concerne la date de la création. Le 23 octobre, il s’oppose encore au plan déjà envisagé précédemment, selon lequel l’oeuvre pourrait se jouer à l’occasion du Concert du Nouvel An 1879 de Leipzig, justifiant son opposition par le fait qu’il „n’aime pas être pressé pour écrire et jouer“, d’autant plus qu’il avait „tout de même trébuché sur l’Adagio et le Scherzo“. Le 10 décembre, le compositeur informe Joachim qu’il a remplacé les mouvements centraux par un „pau­vre Adagio“ – le mouvement lent définitif – et il se déclare prêt à céder l’oeuvre à Joa­chim pour sa tournée en Autriche-Hongrie, en janvier 1879. C’est à la mi-décembre seu­le­ment qu’il donne enfin son consentement pour une création à Leipzig, le 1er janvier 1879, ce que Joachim accepte avec grande joie mais aussi avec certaines réserves en raison des „difficultés vraiment inhabituelles“ de la partie de soliste. (Il lui restait aussi à élaborer la cadence de soliste prévue par Brahms vers la fin du 1er mouvement mais dont il avait laissé au soliste la réalisation propre.) [...]" Michael STRUCK ré­fé­ren­cié plus haut.

C'est donc au Gewandhaus de Leipzig, le 1er janvier 1879, que l'oeuvre fut donnée en première audition, sous la direction du compositeur, avec Joseph Joachim en soliste:

"[...] Joachim joue une version provisoire de sa cadence, qu’il élaborera plus avant dans le contexte des deux concerts de Pest et de Vienne. C’est ainsi qu’après la première du Concerto à Vienne, Brahms relate que la cadence est „devenue si belle que le public a ap­plau­di dans ma coda.“ (Johannes Brahms im Briefwechsel mit Heinrich und Eli­sa­bet[h] von Herzogenberg, 1er vol. [= Brahms-Briefwechsel I], p. 90). Lors des dé­cen­nies suivantes, Joachim continue manifestement de s’occuper de la cadence et il la publie finalement chez Simrock en 1902, donc cinq ans après la mort du compositeur. [...]" Michael STRUCK référencié plus haut.

«« Le premier mouvement - Allegro non troppo - s'ouvre sur une longue introduction or­ches­tra­le présentant le thème principal, une mélodie fluide construite principalement autour de l'accord de ré majeur. Le violon solo fait son entrée à la 90e mesure avec un thème fleuri qui s'inspire de l'introduction orchestrale. Le thème principal du mou­ve­ment survient après de nombreuses mesures d’accords brisés et d’harmoniques joués par l’instrument soliste: une expression chaleureuse et fluide qui élève l’auditeur et l’entraîne jusqu’à la toute fin du mouvement. Si le violon soliste joue un rôle vé­ri­ta­ble­ment virtuose dans ce premier mouvement, il s’intègre avec ingéniosité à la texture de l’accompagnement orchestral pour former une riche mosaïque d’une splendeur tonale.

Le second mouvement – Adagio – est une charmante pastorale qui s'articule autour d'une mélodie plaintive et tendre, introduite par les hautbois, développée par l'or­ches­tre et finalement reprise par l'instrument soliste. Dans l'ensemble, ce mouvement reflète la merveilleuse intimité de la musique de chambre de Brahms, même si le caractère concertant de la musique transparaît tout au long du morceau. L'un des aspects les plus intéressants de ce mouvement réside dans la manière dont l'instrument soliste reprend le thème et le développe dans une sorte de fantaisie libre.

Le finale - Allegro giocoso - est l’une des créations les plus brillantes de Brahms. C’est une musique profondément joyeuse, marquée par la même énergie rythmique et la même liberté stylistique que l’on retrouve dans les Danses hongroises du compositeur; en effet, elle est imprégnée d’un esprit folklorique et s’inspire sans aucun doute de l’in­té­rêt que portait Brahms à la musique tzigane. Le thème principal est immédiatement ex­po­sé par l'instrument soliste et l'orchestre, le soliste portant le thème en tierces et en quintes. Même dans les moments les plus doux de ce mouvement, ainsi que dans ses sections solistes les plus éblouissantes, l'intégrité sobre et la fibre solide du génie du compositeur transparaissent. »» traduit des notes (non créditées) publiées au verso de la pochette du disque MMS 2007 (avec cette oeuvre dans l'interprétation de Peter RYBAR et l'Orchestre de la Radio Ouest-Autrichienne sous la direction de Hans MOLTKAU).

L'interprétation qui en est proposée sur cette page provient de ...

Programme général du 18e Septembre Musical de Montreux 1963
Programme général du 18e Septembre Musical de Montreux 1963
L'un des principaux acteurs de ce 18e Septembre Musical de Montreux 1963 était l'Orchestre national de la Radiodiffusion française.

Le concert donné par ce dernier le 17 septembre - sous la direction de István KERTÉSZ, avec Nathan MILSTEIN en soliste - fut diffusé en direct par la Radio Suisse Ro­man­de sur son second programme:

Montage d'extraits de la revue Radio Je vois tout du 12 septembre 1963, page 45
Montage d'extraits de la revue Radio Je vois tout du 12 septembre 1963, page 45
Le compte rendu de Henri JATON publié le 20 septembre suivant dans la Tribune de Lausanne en page 11 fut en partie mitigé:

"[...] Au Festival de Montreux - István Kertész ou “la course contre la montre“

L'arrivée de l'Orchestre National de Paris est toujours saluée avec joie à Montreux. En fait, le bel ensemble parisien est devenu la formation symphonique «officielle» du Fes­ti­val, et nous lui devons quelques-unes des plus remarquables réussites que le Sep­tem­bre Musical ait enregistrées au cours de ces dix dernières années.

La réapparition du National, mardi dernier à la Salle des concerts montreusienne, fut-elle un succès? Oui et non... Mais, je me hâte d'ajouter que de cette appréciation mé­lan­gée, l'Orchestre de la Radio-Télévision française n'est que partiellement responsable: la jeunesse, le manque de maturité de l'excellent chef István Kertész pourraient expliquer peut-être notre déconvenue.

Tout, pourtant, avait fort bien débuté: présentant la Suite «Gli Ucelli» d'Ottorino Res­pi­ghi, bois et cordes du National avaient fait montre d'une virtuosité transcendante et d'une précision parfaite. Et István Kertész lui-même trouvait là une oeuvre dont l'as­pect de description imaginée, et tout à la fois, la verve et l'esprit, correspondaient par­fai­te­ment à sa nature.

C'est avec Beethoven que les choses allaient se gâter... Mais, revenons-en à Respighi, dont le choix d'une de ses oeuvres se révélait des plus opportuns. En effet, pra­ti­que­ment, la production de Respighi n'est honorée au programme des concerts que par deux partitions: Les Fontaines de Rome et Les Pins de Rome, deux poèmes symphoniques que Respighi écrivit respectivement en 1917 et en 1924. Cette sélection limitée ne nous offre qu'une vision imparfaite du vaste répertoire d'Ottorino Respighi.

Pour saisir l'importance que ce répertoire occupe dans la littérature musicale de notre é­po­que, il nous faut évoquer l'évolution de la musique italienne tout au long du XIXe siècle. Celle-ci se manifeste presque uniquement dans le domaine lyrique. Celui qui allait devenir le maître de Respighi, Giuseppe Martucci, fut l'un des premiers à renouer avec une tradition qui allait redonner au répeïtoire instrumental italien ses titres de noblesse.

On peut même considérer Martucci comme un précurseur, malgré que son témoignage porte l'empreinte formelle de l'esthétique romantique. Mais, sa véritable renaissance in­stru­men­tale, l'Italie la doit à deux maîtres: Ottorino Respighi qui naquit à Venise le 9 juillet 1879, et à Gian-Francesco Malipiero qui fut de trois ans son cadet.

Respighi bénéficia d'une formation très complète. Il suivit tout d'abord des cours de violon et de composition au lycée musical de Bologne dans les classes de Sarti, de Torchi et de Martucci. Engagé comme premier alto solo à l'Orchestre de l'Opéra de Saint-Pétersbourg, il devint l'élève de Rimsky-Korsakov et obtint, en 1901, un prix de composition pour son oeuvre Prélude, Choral et Fugue. Respighi allait encore pour­sui­vre ultérieurement ses études sous la direction de Max Bruch, à Berlin.

Nommé professeur de composition à l'Académie Santa Caecilia, de Rome, Respighi con­nut un éclatant succès lors de la création de son poème symphonique Les Fontaines de Rome réalisé sous la direction de Guarnieri le 11 mars 1916. Les Pins de Rome, dont Ber­nar­dino Molinari donna la première audition à l'Augusteo de Rome le 14 décembre 1924, furent également accueillis chaleureusement.

La Suite «Gli Ucelli» fut écrite en 1927, c'est-à-dire deux ans après que le musicien eut renoncé à ses fonctions de directeur du Conservatoire Sainte-Cécile, de Rome, poste auquel il avait été appelé en 1923.

J'ai dit déjà l'excellence de la présentation dont bénéficia la Suite «Gli Ucelli». Hélas! quant à l'exécution de la 7e Symphonie de Beethoven qui intervenait après l'entracte, ce fut une autre chanson... Dès les premières mesures de l'Introduction de la Symphonie nous pouvions deviner qu'István Kertész avait du style beethovenien, une notion personnelle, défendable peut- être, mais assez contraire aux statuts qu'ont plus ou moins élaborés ceux-là auxquels nous devons le, code quasi traditionnel touchant la traduction authentique de la pensée du grand symphoniste allemand, c'est-à-dire les Nikisch, Furtwängler, Weingartner, Schuricht... pour ne citer que les maîtres dont l'autorité, en la matière, n'est guère incontestée.

Chef nouvelle vague, traduisant le rythme et l'esprit de son époque, István Kertész n'a que faire des extases contemplatives... On me rétorquera que le caractère de la 7e Symphonie ne les suscite guère... Peut-être... Mais, le comportement d'István Kertész au podium me paraît dénoncer malgré tout un certain manque d'intériorité et de ferveur, auquel l'exposé le plus éclatant ne saurait suppléer. En outre, au sujet des „tempi“, la conception d'István Kertész serait susceptible d'une éventuelle revision, car le „final“ de la 7e Symphonie, en particulier, fut “enlevé“ à une vitesse telle que le dis­cours mélodique des violons disparaissait dans le tumulte d'une cavalcade exagérée.

Le National est un instrument merveilleux qui détient ses qualités propres. Mais, celles-ci sont liées, dans leur déploiement, à l'attitude du chef qui a l'agréable mission de les met­tre en pleine valeur. Or, mardi dernier, ce n'est pas le meilleur National que nous avons entendu, loin de là... Toutefois, les excellents instrumentistes parisiens ne sau­raient être mis en cause, et connaissant leurs moyens — je crois pouvoir l'affirmer — je suis bien sûr qu'à la première occasion, le National nous prouvera éloquemment ce dont il est capable...

Nathan Milstein: éblouissant...

Dans cette soirée, semée d'ombres et de lumières, intervenait une compensation de choix, mais compromise elle aussi par les mêmes éléments que j'ai jusqu'alors évoqués. Chargé de la présentation du Concerto de Brahms, Nathan Milstein fut une nouvelle fois le violoniste, admirable de style, de distinction et d'impeccabilité technique que nous connaissons et admirons depuis si longtemps. Aussi bien est-il regrettable qu'István Kertész, emporté par sa verve naturelle, n'ait pas réussi à mieux équilibrer le dialogue du soliste et de l'orchestre, certaines séquences mélodiques de la partition violonistique étant devenues même, parfois, imperceptibles.

Certes, l'orchestration de Brahms est touffue. Elle relève davantage de l'ordre “sym­pho­ni­que“ que de l'accompagnement. C'est dire à quel point la tâche du chef est délicate, puisqu'il s'agit pour lui de ne point méconnaître les incidences orchestrales es­sen­tielles, tout en garantissant le soliste contre tout envahissement sonore abusif. La Salle des concerts de Montreux n'est point faite, il est vrai, pour favoriser la fusion et l'équi­li­bre des éléments en présence; et le chef, répétant préalablement dans un local vide, ne peut acquérir aucune expérience quant aux conditions sonores que créera le soir même, une salle archicomble... Mais, ce problème est identique pour tous les chefs; et l'on ne peut que déplorer qu'István Kertész n'ait pas pris davantage de précautions pour assurer à son prestigieux collaborateur, Nathan Milstein, les ménagements auxquels il avait droit.

Du reste Nathan Milstein ne parut guère troublé par cette situation insolite: fort ai­ma­ble­ment, et libéré des assauts sonores d'une concurrence involontaïre, il voulut bien jouer en «bis», le Prélude de la Partita en mi majeur de Jean-Sébastien Bach...
[...]"

Quelques précisions sur la cadence jouée par Nathan MILSTEIN dans le concerto de Brahms. Elle est bien de sa propre composition — mais avec une précision importante: lors de ce concert de Montreux, Nathan MILSTEIN ne joua pas exactement la version de sa cadence publiée. En 2017, dans sa présentation de la réédition dans le coffret «Music & Arts (CD-1168 resp. MACD1168)», Jonathan WOOLF précisa que dans le premier mouvement il joue „une variante de sa propre cadence publiée“.

Cela correspond parfaitement à ce que l'on sait des habitudes de Milstein. Il élabora plusieurs variantes de sa cadence pour le concerto de Brahms, qu'il modifiait vo­lon­tiers en concert, et que ses exécutions en concert ne correspondent pas nécessairement note pour note à l'édition imprimée.

István KERTÉSZ et Nathan MILSTEIN à Montreux
István KERTÉSZ et Nathan MILSTEIN à Montreux
Johannes Brahms, Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77, Nathan Milstein, violon, Orchestre national de la Radiodiffusion française, István Kertész, 17 septembre 1963, Salle du Pavillon, 8e concert du 18e Septembre Musical de Montreux

        1. Allegro non troppo                       20:02 (-> 20:02)
        2. Adagio                                   08:59 (-> 29:01)
        3. Allegro giocoso ma non troppo vivace     07:55 (-> 36:56)

Provenance: Radiodiffusion

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1. Allegro non troppo


2. Adagio


3. Allegro giocoso ma non troppo vivace