Frédéric CHOPIN
Rondo à la Krakowiak (Grand Rondo de concert)
en fa majeur, Op. 14
Nikita MAGALOFF, piano
Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise
Eugen JOCHUM
27 novembre 1959
Salle Hercule de la Résidence de Munich
À propos du caractère national de la musique de Frédéric CHOPIN, cité d'une lettre datée du 6 juillet 1831 que le poète polonais Stefan WITWICKI lui adressa: „Pourvu que vous ayez toujours en vue la nationalité, la nationalité et encore une fois la nationalité; c'est un mot à peu près vide de sens pour un écrivain ordinaire, mais non pour un talent comme le vôtre. Il y a une mélodie natale comme il y a un climat natal. Les montagnes, les forêts, les eaux et les prairies ont leur voix natale, intérieure, quoique chaque âme ne la saisisse pas. Je suis persuadé que l'opéra slave, appelé à la vie par un véritable talent, par un compositeur plein de sentiments et d'idées, brillera un jour dans le monde musical comme un nouveau soleil, peut être même s'élèvera-t-il au-dessus de tous les autres, et aura-t-il autant de mélodie que l'opéra italien, plus de sentiment encore et incomparablement plus de pensée. Chaque fois que j’y pense, cher monsieur Frédéric, je me berce de la douce espérance que vous serez le premier qui saurez puiser dans les vastes trésors de la mélodie slave... Cherchez les mélodies populaires slaves comme le minéralogiste cherche les pierres et les métaux dans les montagnes et les vallées [...]“.
Frédéric Chopin fit si bien corps avec la Pologne et son inépuisable trésor folklorique qu'en musique, presque involontairement, il parla toujours polonais: ses mélodies, ses thèmes, ses rythmes portent une marque indélébile. Mais son universalité de musicien est telle que, comme l'a observé Louis AGUETTANT: „Ce qui est admirable et probablement unique dans le cas de Chopin, c’est qu’il a réussi, par la vertu de son génie, à élever un art technique à un tel degré de style et de beauté qu’il parle également à tous les hommes. La couleur nationale de sa musique est intense et pourtant ne l’isole pas, ne l'empêche pas d’être universelle...“ (cité d'après les notes de Michel R. HOFMANN publiées au recto de la pochette du disque SMS 2406)
De son nationalisme, dans le bon sens du terme, nous pouvons nous en rendre compte dans ce “Krakowiak - Grand Rondo de concert pour le piano avec accompagnement d'orchestre”, une oeuvre de jeunesse datant de 1828 qu'il composa pendant ses études auprès de Józef ELSNER à Varsovie.
Le manuscrit de la partition dédiée à la princesse Anna Czartoryska est conservé au musée Czartoryski de Cracovie. À la page 28, dans la partie des cors - qui accompagnent le piano et les cordes - il y a trois mesures écrites dans une écriture différente. Et en dessous, dans l'écriture de Chopin, les mots „de la main d'Elsner“. Comme on peut le voir, le maître surveillait son pupille. (d'après les notes de Michel R. HOFMANN publiées au recto de la pochette du disque SMS 2406)
La “Cracovienne”: La musique de cet air, dont le nom générique est “krakowiak”, sert de danse nationale dans plusieurs palatinats de la Grande Pologne. Les paroles varient dans chaque contrée, sans que l'air subisse la moindre modification. Cette danse se figure comme il suit: les assistants se partagent en couples; l'un de ces couples chante, et les autres groupes tournent autour. Chaque groupe sort successivement de la danse, et chante à son tour les deux couplets de la krakowiak.
C'est la seule oeuvre de Frédéric Chopin qui utilise explicitement cette forme de danse polonaise - même si le finale du Concerto en mi mineur lui ressemble.
Page de garde de la partition, montage
Dans le Krakowiak, l'orchestre est un partenaire à part entière du piano, même s'il n'est utilisé qu'avec modération. Le Krakowiak fut écrit dans le style brillant, qui attribue à l'orchestre la seule fonction d'accompagnement et de complément. C'est le virtuose qui a la voix dominante. C'est lui qui doit montrer ses capacités pianistiques, en affichant sa maîtrise complète du clavier, bien que l'orchestre puisse aussi être plein de vigueur, surtout dans les passages tutti.
Salle Hercule de la Résidence de Munich
Le troisième concert de l'abonnement de la saison 1959-1960 de l'Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, donné les 26 et 27 novembre 1959 dans la salle Hercule de la Résidence de Munich sous la direction de Eugen JOCHUM, commençait avec le Capriccio pour piano et orchestre d'Igor Strawinsky, et se poursuivait avec ce Rondeau à la Krakowiak de Frédéric Chopin, Nikita MAGALOFF étant le soliste. La seconde partie du concert était consacrée à la 4e symphonie de Beethoven.
C'était l'avant-dernier concert d'Eugen Jochum en tant chef titulaire de cet orchestre.
Voici donc cette magnifique perle des archives de la Radiodiffusion Bavaroise, il est seulement regrettable que les applaudissements aient été abruptement coupés à la fin de l'enregistrement radiodiffusé.
Eugen JOCHUM et Nikita MAGALOFF
Frédéric Chopin, Rondo à la Krakowiak (Grand Rondo de concert) en fa majeur, Op. 14, Nikita Magaloff, piano, Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, Eugen Jochum, 27 novembre 1959, Salle Hercule de la Résidence de Munich
- Introduzione. Andantino quasi Allegretto
- Rondo. Allegro non troppo
- poco meno mosso 11:10