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César FRANCK
Variations symphoniques pour piano et orchestre, FWV 46
Robert CASADESUS, piano
Orchestre National de la Radiodiffusion française
Jascha HORENSTEIN
26 septembre 1961, Grande Salle du Pavillon, Montreux

Le programme général du XVIe Septembre Musical de Montreux 1961:

Le 11e concert du 26 septembre fut donc donné par l'Orchestre National de la Radiodiffusion française placé sous la direction de Jascha HORENSTEIN, avec Robert CASADESUS en soliste. C'était la première fois que Jascha Horenstein dirigeait un concert à Montreux.

Le concert fut retransmis en direct sur le second programme de la Radio Suisse Romande. Au programme:

Cité de la présentation de l'oeuvre et du compte-rendu d'Henri JATON publiés dans la Tribune de Lausanne du lendemain en page 7:


"[...] Grâces soient rendues à Robert Casadesus qui, s’éloignant résolument des chemins battus, nous présentait en ce onzième concert du Festival de Vevey-Montreux, deux ouvrages sortant quelque peu du répertoire traditionnel et perpétuellement joué des Concertos, à savoir: les Variations symphoniques de César Franck et le 4e Concerto en ut mineur opus 44 de Camille Saint-Saëns.

On me rétorquera que les Variations ont connu leur heure de gloire depuis l’instant où Louis Diémer en réalisa la création à Paris, le 1er mai 1885, sous la direction de Camille Chevillard. L’événement — car c’en était un... - fut entâché d'un incident: au début du final des Variations, un départ prématuré des bois provoqua une confusion générale, à tel point que l’on dût arrêter l’exécution et recommencer à l’endroit fatal. Préparation insuffisante? Nervosité des exécutants? La “petite histoire“ de la musique ne nous a transmis aucune explication à ce sujet...

Malgré cet avènement mouvementé, les Variations ne tardèrent point à faire carrière aux programmes des concerts; le pianiste belge Arthur de Greef “adopta“ spon­ta­né­ment l’ouvrage; il fut même le premier à en réaliser la gravure sur disques. D’autre part, il n’est pas un seul de nos mélomanes qui ne se souvienne de la version infiniment poétique des Variations qu’Alfred Cortot nous offrit à maintes reprises. Mais, depuis quelques années, les Variations symphoniques semblent avoir perdu quelque peu de leur popularité... Et de ce fait, nous étions donc particulièrement reconnaissants à Robert Casadesus de nous suggérer l’écoute d’une partition par laquelle César Franck a enrichi d’un apport décisif la littérature inspirée du dialogue du piano et de l’orchestre.

Dans ce domaine, il est indéniable que l’auteur des Béatitudes a fait oeuvre nouvelle. Certes, avant César Franck, le principe des “variations“ conjuguées entre l’ensemble orchestral et l’instrument soliste avait déjà été appliqué par Chopin, en particulier. Mais, dans le cycle de ses Variations, Chopin réduit le rôle de l’orchestre à la portion congrue...

Précédant César Franck, Franz Liszt, lui seul, dans sa Totentanz — écrite en 1849 déjà... — avait élargi le cadre de l’action orchestrale et produit un témoignage puissant, révélant un magnifique équilibre.

César Franck eut-il connaissance de l’existence de la Totentanz? La chose est possible... car Franz Liszt s’en vint improviser fréquemment aux claviers des grandes orgues parisiennes et, au soir de sa vie, assista même à une audition de sa Messe du Graal (mon grand et illustre ami Henri Büsser me rappelait, il y a peu de temps encore, cette circonstance à laquelle il fut associé).

Mais, quels qu’aient pu être les contacts et les relations amicales échangées entre Liszt et Franck, le “Pater seraficus“ traite la formule de la variation d’une manière totalement différente de celle dont use Franz Liszt.

Suivant un magistral ordre architectural, les Variations symphoniques sont bâties sur deux thèmes essentiels dont le compositeur alterne les interventions, tout en plaçant au centre de l’ouvrage une partie lente qui achève d’assurer le judicieux équilibre des Variations.

La partie pianistique des Variations est d’une exécution malaisée. Elle doit offrir une réplique valable et volontaire aux sollicitations de l’orchestre, tout en s’incorporant par­fai­te­ment à l’ensemble du discours instrumental.

Robert Casadesus se montra, à tous égards, capable de mener à chef pareille entre­prise. En possession de mécanisme magnifique que nous lui connaissons, Robert Casadesus, libéré de toute servitude et de toute préoccupation techniques, peut donner libre cours à un tempérament et à une sensibilité qui jamais ne donnent dans l’excès, et suivent toujours les directives d’une souveraine distinction.

[...]

Je n’aurais garde d’omettre de mentionner l’accompagnement orchestral dont bénéficièrent les Variations de Franck et le Concerto de Saint-Saëns, et que Jascha Horenstein ordonna de main de maître.

Les raisons multiples de notre contentement se référaient également, en ce onzième concert, au comportement de l’admirable Orchestre National, et celui de son maître d’un soir: Jascha Horenstein.

Par un essai de contraste fort judicieux, Jascha Horenstein nous présentait deux par­ti­tions d’un caractère singulièrement opposés, puisqu’il s’agissait de la Symphonie ita­lien­ne de Mendelssohn et du Poème symphonique «Mort et Transfiguration» de Richard Strauss.

Chef au geste précis et aux intentions clairement exprimées, Jascha Horenstein utilisant avec bonheur les prodigieuses ressources des registres du National, nous suggéra une remarquable traduction de la Symphonie italienne, dont il sut admirablement illustrer le caractère primesautier et l’irrésistible verve...

Quant au poème symphonique «Mort et Transfiguration» de Richard Strauss, Jascha Horenstein abordait là un genre de musique lui convenant à merveille. Davantage peut-être que d'autres partitions straussiennes, Mort et Transfiguration exige de son com­men­ta­teur un sens aigu des gradations et des raffinements sonores. Jascha Horenstein réalisa, de ce beau Poème symphonique, une magistrale interprétation, animée d'une expression intense, et qui produisit sur le public du Pavillon des concerts une im­pres­sion considérable.

On acclama longuement l'éminent chef, qui eut la délicatesse d’associer, en toute justice, l'Orchestre national à son triomphal succès.

De son côté, Robert Casadesus fut l’objet d’une ovation interminable, à laquelle il répondit fort aimablement en jouant en «bis» un extrait des Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky et L’Oiseau prophète de Schumann.

Au résumé, soirée faste et qui marqua certainement l’un des sommets atteints jusqu’alors par le Septembre musical de Vevey-Montreux.
[...]".

Voir au bas de cette page pour un complément d'informations sur l'oeuvre de César Franck.

Terminant la première partie de ce concert:

César Franck, Variations symphoniques pour piano et orchestre, FWV 46, Robert Casadesus, piano, Orchestre National de la Radiodiffusion française, Jascha Horenstein, 26 septembre 1961, Grande Salle du Pavillon, Montreux

        Poco allegro, Allegretto quasi andante, Allegro non troppo        13:27

Provenance: Radiodiffusion

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Poco allegro, Allegretto quasi andante, Allegro non troppo


Courte présentation de l'oeuvre:

La petite chose“ disait César Franck parlant de ses Variations Symphoniques qu'il com­po­sa pour remercier Louis Diémer pour son interprétation, l'année précédente - le 11 mars 1885 - de son poème symphonique pour piano et orchestre „Les Djinns“. Franck commença de composer ses Variations à Quincy, où il était en vacances avec sa famille. La partition pour piano fut terminée en octobre, puis orchestrée à Paris. L'oeu­vre fut donnée en première audition le 1er mai 1886 à Paris, avec bien entendu Louis Diémer au piano, l'Orchestre de la Société Nationale étant dirigé par le compositeur.

Datant de sa dernière période créative, entre le „Prélude, Choral et Fugue“ et sa Sonate pour piano et violon, César Franck "[...] reprend dans les Variations l'idée d'une oeuvre où le piano n'est pas l'instrument soliste, mais un élément principal de l'orchestre, s'inspirant peut-être de la Ballade pour piano et orchestre de Fauré, composée 4 ans plus tôt.

Le plan de l'oeuvre est sans précédent dans l'histoire du genre variation: deux thèmes très courts sont exposés, l'un aux cordes, l'autre au piano, dans un climat d'in­ter­­­ro­­ga­tion; puis il les varie sans cesse et les entremêle progressivement, jusqu'à les réunir dans la dernière variation dans une danse à deux temps pleine d'allégresse. Musique pure, dit-on, par opposition à musique à programme; pourtant l'opposition du début pro­gres­si­ve­ment résolu vers l'apaisement, puis la réunion, fait penser à la résolution d'un conflit interne. Peu importe, c'est à coup sûr une oeuvre majeure du compositeur et l'une des plus belle réussites pour piano et orchestre.
[...]" cité des notes publiées dans le livret du CD Skarbo DSK 3921.

"[...] L’oeuvre débute par la présentation de motifs contrastés par le pianiste et l'or­ches­tre. Puis le thème est suggéré avant d’être joué dans son intégralité par le pianiste. Les variations se suivent sans interruption.

La première est marquée par le retour de l’orchestre et la seconde par l'énoncé de la mélodie par les altos et les violoncelles. Une troisième variation plus légère est suivie par une quatrième au cours de laquelle la première figure rythmique de l’oeuvre s’intégre au thème et se fond imperceptiblement dans la cinquième variation. La dernière et ultime transformation du matériau thématique confie le thème aux violoncelles accompagnés par les arpèges du piano.

Un trille mène à la section finale qui développe un second thème, avec un interlude pour le soliste et une reprise, sous forme symphonique, du matériau antérieur. L’oeuvre s'achève avec le pianiste et l’orchestre se suivant de près en s'imitant réciproquement.
[...]" cité des notes de Keith Anderson - traduction de Pierre-Martin Juban - publiées en 2002 dans le livret du CD Naxos 8.553472.