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Franz LISZT
Concerto pour piano et orchestre No 1, S 124
Nikita MAGALOFF
Orchestre de Radio-Zurich
Serge BAUDO
juin 1966

"[...] À la fin des années 1840, Franz Liszt interrompit sa carrière de virtuose et s’éta­blit à Weimar, la ville de Goethe et de Schiller, dont il pensait, avec Richard Wagner et dans un „âge d’argent“, perpétuer la tradition sur le plan musical. Si Weimar avait été na­guè­re le centre du classicisme littéraire, il devait devenir à présent celui du pro­gres­sisme musical. Jusque-là, Liszt avait composé avant tout de la musique pour piano, des paraphrases d’opéra et des lieder; il commença à se concentrer très consciemment sur des genres plus vastes et plus illustres - le concerto, le poème symphonique, la sym­pho­nie, la cantate, plus tard aussi l’oratorio.

Beaucoup d’oeuvres composées à Weimar ont leur source dans des esquisses datant de l’é­po­que virtuose de Liszt; c’est aussi le cas des deux concertos pour piano et de la „Danse macabre“. En 1849, ces trois oeuvres étaient déjà achevées dans leurs pre­miè­res versions, mais Liszt les a encore remaniées toutes trois dans les années 1850. La première du concerto en mi bémol majeur eut lieu en 1855, celle du concerto en la majeur deux ans plus tard, celle de la „Danse macabre“ en 1865 seulement. Les dé­di­caces allaient à trois pianistes éminents: respectivement Henry Litolff, Hans von Bron­sart et Hans von Bülow.

„Vous ne comprenez rien à cela, tous!“- ce sont les mots inscrits par Hans von Bülow au dessous du motif d’introduction très marquant du concerto en mi bémol majeur. Peut-être a-t-il aussi voulu faire allusion au rapport très spécifique dans ce concerto entre im­pro­visation apparente et rigueur de construction. Le caractère d’improvisation est dû à une gamme très nuancée de tempi différents, ainsi qu’aux nombreux petits passages de style cadence qui remplacent ici la grande cadence de soliste. La construction d’en­sem­ble repose sur un travail thématique qui permet de recréer à l’intérieur d’une oeu­vre d’un seul tenant les caractères distinctifs des quatre mouvements d’une symphonie.
[...]" cité des notes de Dorothea REDEPENNING, traduction d'Hélène CHEN-MÉNISSIER, publiées en 1995 dans le livret du CD TELDEC 4509-96517-2

Le jeune Franz LISZT, lithographie de 1838
Le jeune Franz LISZT, lithographie de 1838
Les deux concertos sont absolument uniques en leur genre du point de vue de la forme et ils diffèrent fortement des concertos virtuoses que les collègues de Liszt com­po­saient. Là où, dans de nombreux concertos pour piano, la partie solo dominait l’ar­gu­men­tation musicale et l’orchestre ne se voyait imparti qu’un rôle de soutien, les deux concertos pour piano de Liszt sont d’envergure symphonique. Dans le manuscrit du Con­certo pour piano no 2, surgit même le titre «Concerto symphonique», emprunté au collègue de Liszt d’origine anglaise Henri Litolff. [...]" cité d'un texte de Ronald Vermeulen dans une traduction de Brigitte Zwerver-Berret publié en 2012 dans le livret du CD Pentatone Classics PTC 5186 397.

Franz Liszt révisa sa composition à maintes reprises avant de se sentir prêt à la publier en 1856. Il la raccourcit du tiers, refreine certains passages purement virtuoses et renforce sa forme symphonique. La version finale se compose de quatre mouvements courts clairement définis et joués sans interruption, ou - suivant les interprétations et enregistrements - quasiment sans interruption. L’écriture pour un orchestre de di­men­sion modeste avec les vents et les cuivres par deux démontre que non seulement Liszt maî­tri­sait désormais le médium mais qu’il abordait une nouvelle approche de l’or­ches­tre.

Une courte description citée d'un texte de Paul Badura-Skoda publié en 2016 dans le livret du CD Gramola 99130:

"[...] C’est le triomphe du piano moderne de concert, car il doit pouvoir s’imposer face à un orchestre au complet, où interviennent même des trombones. L’introduction est en soi un trait de génie, Liszt aurait sous la musique imaginé ce texte: «Vous tous, vous n’y comprenez rien, ha, ha». Il ne faut pas attendre cinq minutes pour entendre le soliste – ce qui arrive dans la plupart des concertos - non, le piano est là tout de suite, et comment! Impossible de faire plus énergique! Le concerto est en 4 mouvements, relativement courts et enchaînés. Liszt y met en oeuvre le principe du leitmotiv nouveau à cette époque: les thèmes les plus frappants se colorent diversement au gré de leurs métamorphoses: par exemple le solo doux et lyrique du deuxième mouvement réapparaît au finale en marche triomphante, le scherzo hanté ressort au finale en valse impétueuse.

Pour le troisième mouvement, Liszt a eu une idée géniale: ce scherzo commence pia­nis­simo, sur un thème joué au triangle solo, auquel les cordes vont répondre pizzicato. Je ne connais aucun autre passage dans la musique où le triangle joue en solo sans les autres percussions, et qui plus est tout bas. Le piano entre lui aussi très doucement, sur de fines figures rythmiques (des hémioles) avec un jeu de pédale particulier. Tout le mouvement a un caractère fantastique, comme une scène du Songe d’une nuit d’été.

Le triangle intervient aussi dans le dernier mouvement, discrètement, et c’est pré­ci­sé­ment au moment où est cité le thème du scherzo. L’apparition du fantôme se dissipe, l’ac­tion s’intensifie grâce à des thèmes du premier mouvement pour en arriver au finale, une marche triomphale à la Verdi dont le thème est issu d’une métamorphose du deuxième mouvement «quasi adagio», l’art du Leitmotiv à son apogée!
[...]"

Recto de la pochette du disque Concert Hall SMS 2488
Recto de la pochette du disque Concert Hall SMS 2488
En juin 1956 (daté d'après «A Classical Discography» de Michael GRAY), Nikita MAGALOFF et l'Orchestre de Radio-Zurich (*), le tout sous la direction du jeune Serge BAUDO, en­re­gis­trè­rent ce disque consacré à deux concertos pour piano et orchestre de Franz LISZT.

(*) Jusqu'en 1944, il existait l'Orchestre Radio Beromünster, basé à Zürich, aka „Or­ches­tre de Radio-Zurich“. Vers la fin 1944 ses 48 musiciens furent intégrés au Tonhalle-Orchester Zürich, qui devint alors à la fois orchestre de concert, d'opéra et orchestre de la radio.

Cette indication «Synchro-Stéréo»... Au début de la publication de ces disques «SMS», ce terme était utilisé pour une stéréo factice, produite électroniquement. Plus tard - on ne sait pas exactement à partir de quand - il s'agissa d'une vraie stéréo. Dans la période de transition de la fin des années 1950 - début des années 1960, on ne sait qu'assez ra­re­ment de quoi il s'agit exactement. Pour cet enregistrement de juin 1966, il ne peut toutefois que s'agir d'une vraie stéréo: très tôt, en 1947 déjà, l'Orchestre de la Tonhalle - donc à priori également l'Orchestre de Radio-Zurich - avait en effet commencé d'en­re­gis­trer sur bande, en stéréo, à partir de 1949 tout fut enregistré en stéréo.

Le premier des deux concertos:
Étiquette recto du disque Concert Hall SMS 2488
Étiquette recto du disque Concert Hall SMS 2488
Franz Liszt, Concerto pour piano et orchestre No 1 en mi bémol majeur, S 124, Nikita Magaloff, Orchestre de Radio-Zurich, Serge Baudo, juin 1966

        1. Allegro maestoso                     05:17 (-> 05:17)
        2. Quasi Adagio                         04:39 (-> 09:56)
        3. Allegretto vivace - Allegro animato
        4. Allegro marziale animato             08:42 (-> 18:38)

Provenance: Concert Hall SMS 2488

Vous pouvez obtenir cet enregistrement...

pour un téléchargement libre

3 fichier(s) FLAC et 1 fichier PDF dans 1 fichier ZIP

(Les 3e et 4e mouvements s'enchaînent, sont donc dans un seul fichier FLAC))


En écoute comme fichier mp3 320 kbps

1. Allegro maestoso


2. Quasi Adagio


3. Allegretto vivace - Allegro animato, 4. Allegro marziale animato