Le numéro d’opus de cette oeuvre induit quelque peu en erreur, se réfèrant à l’année de sa publication à titre posthume, en 1868, et non de sa composition qui date elle de 1827, alors que Felix MENDELSSOHN n'avait que 18 ans. L'oeuvre appartient donc à sa première période créatrice, mais elle témoigne déjà d'une maîtrise remarquable de l'écriture pianistique.
L'oeuvre est particulièrement intéressante car elle se situe à la frontière entre le classicisme hérité de Mozart et Beethoven et le romantisme propre à Mendelssohn. L’inspiration de Mendelssohn ne fut rien moins que l’imposante sonate «Hammerklavier» (1819) de Beethoven. Ces deux oeuvres partagent la tonique si bémol majeur et, dans une certaine mesure, la structure tonale, mais toute comparaison approfondie entre les deux oeuvres s’avérerait particulièrement déplacée. La sonate de Mendelssohn est de conception beaucoup plus classiquement fluide:
«« son contrepoint dans le développement central de son premier mouvement, pratiquement monothématique, doit beaucoup à l’enseignement de Carl Friedrich Zelter. L’Allegro vivace s’ouvre avec audace et, à l’instar de Beethoven, Mendelssohn choisit la tonalité de sol majeur pour le deuxième thème dérivé d’un mouvement à la forme classique tripartite de sonate-allegro. On observe un changement de tonalité vers le si bémol mineur pour le Scherzo, avec ses arpèges rapides, puis vers le mi majeur pour un mouvement lent aux accents doucement cadencés, à la fin duquel une section de liaison en Allegro molto apporte un changement de tonalité et d’atmosphère, pour déboucher sur l’Allegro moderato final, un mouvement animé qui trouve place pour une douce réminiscence du Scherzo. »» traduit des notes non créditées publiées dans le livret du CD Naxos 8.553186
Ce qui frappe immédiatement est donc son énergie juvénile, sa virtuosité et sa clarté formelle. Mendelssohn ne cherche pas ici le pathétique ou les conflits dramatiques de Beethoven: son écriture est extrêmement brillante, mobile et élégante, avec une prédilection pour les traits rapides, les octaves, les doubles notes et les figurations qui semblent parfois jaillir spontanément sous les doigts.
Nikita MAGALOFF en 1969 à Salzburg
Assez curieusement, il n'existe que peu d'enregistrements de cette oeuvre. Celui présenté ici - pris sur le vif - ouvrait le récital que donna Nikita MAGALOFF dans le «Mozarteum» de Salzburg le 7 août 1969, qui offrait un aperçu varié et original des qualités et des limites de celui qui fut l’un des derniers bastions de la vieille école russe, pays que ses parents avaient quitté après la Révolution d’octobre pour s’installer à Paris, où, des années plus tard, le jeune Magaloff bénéficiera du soutien indéfectible de Maurice Ravel.
Le récital s’ouvrait donc sur la Sonate en si bémol majeur, opus 106, de Mendelssohn et se terminait par une interprétation descriptive, contrastée et – comme il ne saurait en être autrement – virtuose du Gaspard de la nuit de Ravel. Entre ces deux oeuvres, la superbe mais peu jouée Sonatine canonique composée par Luigi Dallapiccola en 1943, à partir de quelques caprices de Paganini, ainsi qu’une Appassionata de Beethoven brûlante et brillantissime.
Felix Mendelssohn, Sonate pour piano No 3 en si bémol majeur, Op. 106, MWV U64, Nikita Magaloff, 7 août 1969, Mozarteum, Salzburg
1. Allegro vivace 04:55 (-> 04:55)
2. Scherzo: Allegro non troppo 02:33 (-> 07:28)
3. Andante quasi Allegretto 03:02 (-> 10:30)
4. Allegro molto - Allegro moderato - Allegro non troppo 04:50 (-> 15:20)