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Maurice RAVEL
Gaspard de la nuit“, Trois poèmes pour piano
d'après Aloysius BERTRAND, M 55
Nikita MAGALOFF
7 août 1969, Mozarteum, Salzburg

Lorsque Maurice RAVEL composa son tryptique „Gaspard de la Nuit“, en 1908, son intention était de créer des pièces d’une virtuosité transcendantale - tous les critiques furent unanimes, encore de nos jours, et estimèrent que cette oeuvre reste inégalée dans sa magistrale démonstration des ressources pianistiques.

«« Jamais encore Ravel n’avait ouvert de plus larges perspectives aux prestiges du songe, aux lourds enchantements des visions nocturnes; jamais, chez lui, l’artifice n’a­vait revêtu avec plus d’aisance et de force l’apparence du naturel et du nécessaire. Alfred CORTOT mesura fort bien l’importance de cet exploit. Il comprit que, dans Gas­pard de la Nuit, „la discipline exacte de l’interprétation musicale n’a pour effet que de rendre sensible l’exaltation romantique de l’argument littéraire[...] Et ces trois poè­mes, poursuit M. Cortot, „enrichissent le répertoire pianistique de notre époque de l’un des plus surprenants exemples d’ingéniosité instrumentale dont ait jamais témoigné l’industrie des compositeurs“ »». Cité de cette page du site terresdefemmes d'Angèle Paoli, les passages concernant Alfred CORTOT étant eux-mêmes cités de l'ouvrage „Ravel„ de Roland-Manuel, Éditions Gallimard, Collection « Leurs Figures », 1948, pp. 65-66.

La musique de Maurice Ravel traduit avec brio les associations extramusicales avec les trois poèmes en prose „Ondine“, „Le Gibet“ et „Scarbo“ tirés du „Gaspard de la Nuit“ d’Aloysius BERTRAND. Chaque pièce est une étrange fantaisie nocturne de laquelle se dégage un esprit médiéval empreint de magie et de mystère.

Ondine, 14e illustration peinte par Arthur RACKHAM pour la publication de Friedrich de LA MOTTE FOUQUÉ (1811). Sa légende est: Soon she was lost to sight in the Danube (Bientôt, elle disparut de la vue dans le Danube)
Ondine, 14e illustration peinte par Arthur RACKHAM pour la publication homonyme de
Friedrich de LA MOTTE FOUQUÉ
datant de 1811. Sa légende est: Soon she was lost
to sight in the Danube (Bientôt, elle disparut de la vue dans le Danube)
Ondine“ s’inspire de la légende de la cruelle nymphe des eaux qui attire de beaux étrangers vers leur mort par sa beauté et son chant envoûtant. Ravel représente le murmure des ruisseaux et le clapotis des petites cascades par de délicats accords brisés et des arpèges, tandis qu’en arrière-plan, la mélodie séduisante d’Ondine monte et descend.

Illustration d’Aloysius BERTRAND pour son Gaspard de la nuit: Le Gibet, citée d'un document de la Bibliothèque Nationale Française resp. Gallica
Illustration d’Aloysius BERTRAND pour son Gaspard de la nuit: „Le Gibet
citée de cette page d'un document de la Bibliothèque Nationale Française
Le Gibet“ est un paysage musical fantomatique. Bertrand décrivait la scène comme étant le son d’une cloche qui sonne depuis les remparts d’une ville lointaine à l’horizon, et d’un cadavre pendu à un gibet rougi par les rayons du soleil couchant. Une octave en si bémol persistante symbolise le son implacable de la cloche, et le compositeur rend la solitude et le désespoir de la scène grâce à un traitement ingénieux des harmonies.

Souvent utilisée pour illustrer le personnage de SCARBO: une gravure intitulée „L'Homme au Ventre Tombant et au Chapeau Très Élevé“) de l'artiste français Jacques CALLOT datant de 1616
Souvent utilisée pour illustrer le personnage de SCARBO:
une gravure de l'artiste français Jacques CALLOT datant de 1616
intitulée „L'Homme au Ventre Tombant et au Chapeau Très Élevé“)
Le sujet du troisième morceau est tout aussi grotesque. „Scarbo“ est un nain, un personnage sauvage issu d’un royaume infernal, qui se fraye un chemin à coups de grattements et de pirouettes à travers un scherzo diabolique. Le pianiste est ici confronté à d’incroyables défis techniques, tels que les célèbres gammes de doubles croches en secondes consécutives, à jouer avec le pouce, et cette musique de bravoure est peut-être l’oeuvre pour piano la plus difficile de Ravel — ainsi que sa pièce virtuose la plus imaginative.

Nikita MAGALOFF en 1969 à Salzburg
Nikita MAGALOFF en 1969 à Salzburg
L'interprétation qui en proposée ici - prise sur le vif - provient du récital que donna Nikita MAGALOFF le 7 août 1969 dans le «Mozarteum» de Salzburg.

Le récital s’ouvrait sur la Sonate en si bémol majeur, opus 106, de Mendelssohn et se terminait par une interprétation descriptive, contrastée et – comme il ne saurait en être autrement – virtuose du Gaspard de la nuit de Ravel. Entre ces deux oeuvres, la superbe mais peu jouée Sonatine canonique composée par Luigi Dallapiccola en 1943, à partir de quelques caprices de Paganini, ainsi que la sonate Appassionata de Beethoven brûlante et brillantissime.

L'oeuvre terminant ce récital:

Maurice Ravel, „Gaspard de la nuit“, Trois poèmes pour piano d'après Aloysius Ber­trand, M 55, Nikita Magaloff, 7 août 1969, Mozarteum, Salzburg

        1. Ondine                       06:11 (-> 06:11)
        2. Le gibet                     05:00 (-> 11:11)
        3. Scarbo                       09:00 (-> 20:11)

Provenance: Radiodiffusion

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1. Ondine


2. Le gibet


3. Scarbo