Sur le XXVIe Septembre Musical de Montreux
Ce 26e Septembre Musical de Montreux avait quelques particularités...
Cité de la présentation de Renato HOFER publiée dans l'Illustré du 2 septembre 1971, pages 61, 63 et 64:
"[...] Le Septembre musical, la plus vénérable, la plus «digne» des manifestations montreusiennes, opère cette année sa petite révolution. Avec une discrétion feutrée, et qui sied bien à la «grande musique». Mais personne ne s’y est trompé. René KLOPFENSTEIN, en invitant Pink Floyd — monstre sacré de la «pop music» — à se produire sur la scène du Pavillon, fait entrer le loup dans la bergerie... Il brise en mème temps le lien subtil qui permet aux mélomanes distingués de se reconnaltre entre eux. Et plonge toute une société fière de ses privilèges dans la plus grande confusion. Sans s’en féliciter, il s’en réjouit. «Les différences de conception et d’approche entre la musique classique, contemporaine, le pop et le jazz tendent à s’estomper de plus en plus. À la limite n’existera que «la musique». Je suis pour celle-là. Je fais venir Pink Floyd dans cette optique. Certes, mes abonnés vont ètre surpris.»
Je n’en doutais pas un seul instant! Un vieux monsieur de mes amis, fidèle auditeur des concerts montreusiens, passé le choc initial qui, me dit-il, faillit le faire trépasser, ne m'a point caché sa déception. «Inviter ces «drogués» dans une salle où tant de musiciens célèbres se sont illustrés, voilà qui tient du scandale. Et du sacrilège... On renie bien aisément tout un monde de tradition et de culture. «Ils» joueront sans moi!» Mais eût-il désiré assister à cette «Atom heart mother suite» qui s’annonce déjà comme historique qu’il ne l’eût pas pu: les deux mille places sont toutes vendues depuis des mois! «Elles étaient pourtant les plus chères de tout le Festival», me précise René Klopfenstein, qui tente de mettre sur pied un second concert pour le 19 septembre.
Et l’on ne sait encore qui seront les plus étonnés, des chroniqueurs spécialisés obligés à de nouveaux adjectifs, des vieilles dames dignes inconditionnelles de Mozart, et des jeunes chevelus échappés du «Sablier». Mais cette «rencontre» promet des scènes piquantes. Car s’il n’y a guère plus d’un kilomètre entre ces deux póles de la vie montreusienne que représentent le Casino et le Pavillon, force est aussi de constater que tout un monde les sépare. René Klopfenstein n’en est pas dupe: «La musique engendre une incroyable ségrégation des publics et des classes.»
Aussi, pour plaire à ces fidèles qui «font» le Festival, a-t-il par ailleurs composé un programme pour une «musique sans frontières» de haute tenue. Si Montreux salue le retour de la Philarmonie nationale de Varsovie, elle accueille pour la première fois un orchestre japonais, le Yomiuri Nippon Symphony Orchestra, de Tokyo; son exécution du «Concerto de violon» de Brahms avec, en soliste, la jeune prodige Mayumi Fujikawa, promet de grands moments. Deux ensembles suisses sont également annoncés, l’Orchestre symphonique de Bâle, et l’Orchestre de la Suisse romande, sous la direction de son chef Josef Krips. Pour perpétuer une tradition désormais bien établie, l’église Saint-Martin de Vevey abritera les concerts de musique sacrée, avec des récitals d’orgue de Jean Guillou et Lionel Rogg, et deux créations mondiales d’André Zumbach et Heinz Marti... pour les mélonanes que la musique contemporaine n’effrayent pas. Enfin, pour terminer ce rapide tour d’honzon, bien incomplet faut-il l’avouer, les murs illustres du Château de Chillon résonneront aux accents des musiques à la cour de Henri VIII et Louis XIV. [...]"