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Sergei PROKOFJEW
Sonate pour violoncelle et piano, Op. 119
Gregor PIATIGORSKY, violoncelle
Rudolf FIRKUŠNÝ, piano
22 juillet 1965

La Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur, op. 119, de Sergei PROKOFJEW (1891–1953) est l'une des rares oeuvres qu'il ait composé pour le violoncelle. Ses premières esquisses remontent à 1947, une partition autographe (datée de mai 1949) fut réalisée en juin 1949, alors que le compositeur avait déjà rencontré par trois fois le violoncelliste Mstislaw ROSTROPOWITSCH (1927–2007) afin de mieux connaître les possibilités techniques modernes de son instrument.

Prokofjew avait entendu Rostropowitsch pour la première fois le 21 décembre 1947 au Conservatoire de Moscou, lors d’un concert célébrant l’anniversaire de Staline; il y interpréta notamment le Premier Concerto pour violoncelle de Prokofiev, Op. 58, (1938), longtemps négligé - en utilisant une réduction pour piano de la partition d’orchestre. Sergei Prokofjew fut très impressioné par son interprétation et promit de composer quelque chose de spécifique pour la technique de Rostropowitsch.

Après la Sonate, op. 119, vinrent le deuxième Concerto pour violoncelle, op. 125 (une révision de son concerto en mi mineur Op. 58), un Concertino pour violoncelle, op. 132 et la Sonate pour violoncelle solo, op. 134. Les deux dernières oeuvres sont toutefois restées inachevées.

La Sonate pour violoncelle (une commande du Comité de la Radio) fut donc commencée à peu près à la même époque que la suite „Bûcher d'hiver“, Op. 122: on y retrouve d'ailleurs des impressions d'enfance correspondant à celles de la suite.

Pour obtenir l’autorisation d’être créée en public, la Sonate pour violoncelle devait d’abord être auditionnée par des responsables culturels – un processus de longue haleine. La première audition eut lieu devant le Comité des Affaires Artistiques en juin 1949, la deuxième à l’Union des Compositeurs Soviétiques le 27 septembre suivant, la troisième, le 12 janvier 1950, dans les locaux du Comité de la Radio. Entre­temps, l'oeuvre avait donnée en première audition le 9 décembre 1949 lors d'un concert privé organisé par l'Union des compositeurs soviétiques. Le 1er mars suivant, son audition publique eut enfin lieu dans la Petite Salle du Conservatoire de Moscou - dans les deux cas avec Mstislaw Rostropowitsch et Swjatoslaw Richter.

Sergei PROKOFJEW et Mstislaw ROSTROPOWITSCH, photo non datée et non créditée publiée au verso de la pochette du disque Monitor Records MC 2021
Sergei PROKOFJEW et Mstislaw ROSTROPOWITSCH, photo non datée et non
créditée publiée au verso de la pochette du disque Monitor Records MC 2021
La sonate comporte trois mouvements: le premier et le troisième expriment une atmo­sphère calme et lyrique, le second, en revanche, une légèreté juvénile et insouciante. Il est agréable de trouver un nombre généreux de thèmes... Le compositeur les développe dans une mesure relativement faible - à leur place il dévoile constamment des nouvelles mélodies.

"[...] Une atmosphère féérique, à la fois calme et majestueuse, voire quelque peu mystérieuse, imprègne le début de la première partie de la sonate (Andante grave). On y retrouve beaucoup d'éléments rappelant le folklore russe: des phrases expressives et récitatives, des effets de passage capricieux, des accords pizzicato agités et des harmonies changeantes... Cela rappelle la tendre fantaisie des „Contes de la vieille grand-mère“ Op. 33). Mais plus loin, une mélodie claire, de forme classique, construite dans un style polyphonique libre, indique une atmosphère lyrique plus légère. Il s'agit du thème secondaire. Un autre aspect du lyrisme – un sujet morose et triste – est présenté dans le deuxième thème. Il se développe de manière dramatique et occupe la partie centrale de la mise en forme du premier mouvement, le violoncelle s'associant aux arpèges turbulents et volants du piano. C'est le moment le plus dramatique de toute la sonate.

La partie la plus mémorable de la sonate est par contre le deuxième mouvement (Moderato) — un scherzo astucieux dans le style de Musique pour enfants. Les thèmes principaux de cette section consistent en de petites chansons dansantes qui s'apparentent à des chansons folkloriques pour enfants.

Le second thème du scherzo est plein d'élégance et d'esprit: il est très chantant... tout en conservant le rythme d'une danse à quatre temps. Et enfin, comme l'écho d'une danse festive, on entend le troisième thème enjoué qui rappelle le rire de Mercutio dans Roméo et Juliette. L'humour est rehaussé par des détails harmoniques piquants, des effets de timbre astucieux (staccato, sauts, alternance de pizzicato et d'arco) et des rythmes vifs. Dans le scherzo, après toute cette légèreté et cette espièglerie, apparaît de manière inattendue la belle „scène d'amour“: la section centrale du mouvement (Andante dolce) qui charme par la passion de son lyrisme dans l'esprit de la musique d'amour de Roméo ou de la Duenna des „Fiançailles au couvent“. On reconnaît ici les méthodes caractéristiques des oeuvres tardives de Prokofjew: de larges intervalles alternant avec des notes chromatiques colorées, de belles modulations, une couleur généralement délicieusement romantique de la mélodie renforcée par le timbre chantant du violoncelle. Et à la fin, comme dans un ballet, apparaissent les thèmes principaux du scherzo, contagieusement rieurs et insouciants, semblables à une danse.

Dans le finale de la sonate (Allegro ma non troppo), les lignes lyriques et romantiques, qui prédominent à nouveau, proviennent des thèmes principaux du premier mouvement et de la section centrale du scherzo. C'est tout d'abord le cas de la partie principale du finale, la mélodie „cantabile“ développée de la même manière avec des structures harmoniques typiques de Prokofjew, ainsi que du nouvel épisode lyrique qui apparaît au milieu de l'oeuvre. Cependant, dans la section secondaire, on entend à nouveau les échos d'un effet semi-humoristique de danse; le deuxième thème de la section subordonnée, lié au thème principal du scherzo mais harmonisé de manière plus efficace, est particulièrement séduisant par son humour doux.

Comme dans la plupart des compositions cycliques de Prokofjew, la coda du finale, dans laquelle les thèmes principaux sont répétés, revêt une importance particulière; le compositeur développe le thème principal du premier mouvement “par expansion“, avec des changements rythmiques, en les accompagnant d'un des éléments du scherzo de la section secondaire du finale. Ainsi, dans la conclusion de la sonate, la forme épique principale s'affirme à nouveau, brillante et dynamique, renforcée par des accords plus épais et de riches ornements.
[...]" traduit des notes publiées au verso de la pochette du disque Monitor Records MC 2021, elles-mêmes traduites de l'ouvrage “Prokofieff“ de Israel Nestiev (Israel V. Nestyev) publié à Moscou en 1957.

-►  Frédéric CHOPIN, Sonate pour Piano et Violoncelle en sol mineur, Op. 65
-►  Sergei PROKOFJEW, Sonate pour Violoncelle et Piano en ut majeur, Op. 119

Gregor PIATIGORSKY, violoncelle, et Rudolf FIRKUŠNÝ, piano, enregistrèrent ces deux oeuvres le 22 juillet 1965, pour le label RCA Victor.

Amusant détail... «« Certains points communs confèrent une unité satisfaisante à cet enregistrement de deux oeuvres écrites à cent trois ans d'intervalle. Frédéric Chopin et Sergei Prokofjew étaient tous deux des pianistes prodigieux, tous deux étaient des compositeurs au style fort et incomparable, et chacun n'a créé qu'une seule sonate pouvant être jouée en duo violoncelle et piano. Le titre des oeuvres comporte une petite subtilité. Chopin a écrit sa sonate en 1845-1846 pour piano et violoncelle, tandis que celle de Prokofjew, datée de 1949, est inscrite dans l'ordre inverse, c'est-à-dire pour violoncelle et piano. Si cela ne mérite pas une longue dissertation, l'ordre inversé mérite d'être noté car il donne à l'auteur des notes de pochette un prétexte pour publier un petit sermon.

Les duos bien construits, tels que ceux-ci, sont aussi éloignés que possible, dans la littérature musicale, des morceaux de concert pour piano et instrument. Ces morceaux sont conçus pour une vedette et un accompagnateur, un majeur et un mineur. Les duos de chambre sont tout à fait différents. Ce sont des duos pour des esprits com­plé­men­taires, dotés d'une grande âme, capables de donner et de recevoir force et grâce. Il y a peu de chances pour que l'un ou l'autre des interprètes ait le sentiment d'être le seul à porter l'ensemble de la performance. Et dans le cas de ces deux oeuvres, les com­po­si­teurs ont même exclu cette petite possibilité. Peut-être parce qu'aucun des deux n'était violoncelliste, ils ont tous deux pris soin d'éviter que le pianiste ne tombe dans le rôle récessif d'accompagnateur. Quoi qu'il en soit, le résultat est une paire de lignes musicales aussi interdépendantes que le dialogue sur le balcon des amants maudits. »» traduit d'un extrait des notes de Joseph RODDY publiées au verso de la pochette de ce disque RCA LSC 2675, voir au bas de cette page pour les notes complètes.

L'oeuvre qui nous intéresse ici:

Sergei Prokofjew, Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur, Op. 119, Gregor Piatigorsky, violoncelle, Rudolf Firkušný, piano, 22 juillet 1965

        1. Andante grave                    09:58 (-> 09:58)
        2. Moderato                         04:49 (-> 14:47)
        3. Allegro ma non troppo            07:56 (-> 22:43)

Provenance: RCA LSC 2675

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1. Andante grave


2. Moderato


3. Allegro ma non troppo