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Sergei PROKOFJEW
Symphonie No 2 en ré mineur, Op. 40
Orchestre Symphonique de Boston
Erich LEINSDORF
1968

La deuxième symphonie de Sergei Prokofjew, écrite en 1924, appartient à une période pendant laquelle le compositeur parcourait le monde en tant que membre du milieu musical international. Il ne rentrera en Union Soviétique qu'une dizaine d'années plus tard.

«« Dans son autobiographie, Prokofjew distingue quatre tendances différentes dans son oeuvre. La première est la tendance classique, qui trouve l'une de ses expressions majeures dans sa première symphonie, mieux connue sous le nom de „Symphonie classique“, écrite en 1917. Prokofjew évoque ensuite une tendance moderne „qui a d'abord pris la forme d'une recherche de mon propre langage harmonique, pour évoluer ensuite vers une recherche d'un langage permettant d'exprimer des émotions puissantes“, et il cite la deuxième symphonie comme l'une des principales oeuvres dans lesquelles cette tendance s'exprime. Les deux autres tendances que Prokofjew met en avant sont la tendance toccata et la tendance lyrique. Il conclut ce passage en rejetant l'idée qu'on lui attribue souvent, selon laquelle il serait un maître du grotesque: „Je préférerais que ma musique soit décrite comme ayant un caractère “scherzo“, ou bien par trois mots décrivant les différents degrés du scherzo: fantaisie, rire, moquerie“.

Les caractéristiques stylistiques évoquées dans le paragraphe précédent apparaissent toutes, puissamment, dans la deuxième symphonie. Dans sa forme générale, du moins, elle s'inscrit dans la lignée classique. Prokofjew dit avoir découvert les classiques dès son enfance, lorsque sa mère jouait les sonates pour piano de Beethoven à la maison. La deuxième symphonie est délibérément conçue sur le modèle de la dernière de ces sonates, l'opus 111, avec son premier mouvement court et puissant suivi d'un long thème et variations qui sert en fait de mouvement lent, de scherzo et de finale.

Prokofjew a composé cette symphonie à Paris pendant l'automne et l'hiver 1924. Il était dans la capitale française depuis un an et commençait à entendre les reproches des Parisiens avides de nouveauté: ils disaient qu'il vivait sur ses anciens succès et ne faisait rien de nouveau. „Cela m'a décidé à écrire une grande symphonie faite de fer et d'acier“, explique le compositeur dans son autobiographie. Serge Koussevitzky dirigea la première représentation de la symphonie et la publia plus tard dans son Edition Russe de Musique, mais elle ne connut pas un grand succès à l'époque. Prokofjew dit même qu'il n'y comprenait rien lors de la première, mais le temps qui passe a le don de clarifier les compositions les plus absconses.

Le premier mouvement n'est certes pas facile à analyser sans un espace étendu et de nombreuses citations thématiques. C'est un énorme élan d'énergie; il est certainement “de fer et d'acier“, et l'élément toccata du style de Prokofjew y est pour beaucoup (*).

Le long deuxième mouvement est plus facile à aborder. Il s'ouvre sur une mélodie luxueusement lyrique jouée par le hautbois et reprise par les cordes. Six variations suivent. Chacune a le caractère d'un mouvement court distinct; chacune est facilement identifiable car elle se termine complètement, dans la plupart des cas très doucement.

La variation I, dans le même tempo andante que le thème, utilise de nombreuses figures triolées sombres et mystérieuses et des solos fragmentaires aux bois.

La variation II, Allegro non troppo, est le scherzo de la symphonie; elle exploite également les solos aux bois, mais ceux-ci sont pleins de fantaisie, de rire, de moquerie.

La variation III, Allegro, est grandiose, brillante et passionnée.

La variation IV, Larghetto, est le mouvement lent de la symphonie, avec des effets délicatement scintillants qui rehaussent son lyrisme.

La variation V, Allegro, con brio, rétablit l'atmosphère intense du premier mouvement et en cite certains thèmes.

La Variation VI, Allegro moderato, commence par un grotesque pesantissimo (aussi lourd que possible), profond dans les registres les plus graves et grondants du tuba, du contrebasson et des contrebasses. Elle développe également une sorte de choral et atteint un formidable point culminant avant de s'achever. À la toute fin de la symphonie, le thème qui ouvrait le finale revient sereinement pour la conclure. »» traduit des notes d'Alfred FRANKEN­STEIN publiées au verso de la pochette du disque.

(*) Résumé de diverses sources, un essai de caractérisation de ce premier mouvement - Allegro ben articolato - qui est l'une des pièces les plus puissantes et modernes de l'oeuvre symphonique de Sergei Prokofjew. Il adopte une forme sonate, mais traitée de manière très dense et complexe. L'écriture est compacte, énergique, sans véritable moment de détente.

Il s'ouvre sur un thème agressif et percussif, dominé par des rythmes martelés, des intervalles dissonants et une orchestration massive, avec des cuivres et des percussions très présentes. Le matériau thématique est fragmenté, souvent construit sur des cellules rythmiques répétitives. L'impression générale est celle d'une tension continue.

Son second thème n'apporte pas de réel apaisement: il est plus lyrique en apparence, mais demeure instable harmoniquement, avec une orchestration souvent sombre. Prokofjew évite toute sentimentalité: même les passages plus chantants gardent une dureté sous-jacente.

Le développement est particulièrement complexe, avec des superpositions rythmiques, des dissonances accrues, une densité orchestrale extrême et des effets de masse sonore. On y retrouve un travail contrapuntique serré et une intensité presque expressionniste.

La réexposition renforce encore le caractère implacable du mouvement. La coda est puissante, tendue, presque violente — elle ne résout pas vraiment les tensions mais les condense.

Le tout forme un contraste extrême avec son oeuvre symphonique prédente, la Symphonie No 1 en ré majeur, dite „Symphonie classique“, Op. 25. Il se distingue par une atonalité apparente et des dissonances polytonales extrêmement dures, dépassant parfois la violence du Sacre du Printemps de Strawinsky.

Dans cette prise de son datant de 1968, Erich LEINSDORF dirige l'Orchestre Symphonique de Boston, dont il fut le chef titulaire de 1962 à 1969:

    1. Allegro ben articolato        10:33 (-> 10:33)
    2. Thème et variations           21:04 (-> 31:37)

        Thème                               -> 12:23:175
        Variation I                         -> 14:29:565
        Variation II                        -> 17:25:360
        Variation III                       -> 19:09:340
        Variation IV                        -> 22:45:750
        Variation V                         -> 25:14:950
        Variation VI                        -> 31:37

Provenance: RCA Red Seal LSC 3061

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1. Allegro ben articolato


2. Thème et variations