Richard STRAUSS
Mort et Transfiguration, Op. 24, TrV 158
Orchestre National de la Radiodiffusion française
Jascha HORENSTEIN
26 septembre 1961, Grande Salle du Pavillon, Montreux
„Mort et Transfiguration“ - «Tod und Verklärung» - fut composé au cours de la décennie qui vit la naissance des grands poèmes symphoniques inspirés à Richard Strauss par des arguments littéraires, poétiques et philosophiques d'origines variées, décennie inaugurée en 1889 par la fantaisie symphonique «Aus Italien». Puis virent le jour, successivement: „Macbeth“, „Don Juan“, „Mort et transfiguration“, „Les joyeuses équipées de Till l'espiègle“, „Ainsi parlait Zarathoustra“, „Don Quichotte“ et „Une vie de héro“. Strauss se consacra ensuite essentiellement à la scène, de «Feuersnot» (1901) et «Salome» (1905) jusqu'à l'ultime «Capriccio», donné en première audition à Munich en 1942.
Esquissé entre l'été 1888 et avril 1889, terminé le 18 novembre 1889 (dédicacé au compositeur et chef d'orchestre Friedrich Rösch), „Mort et Transfiguration“ fut donné en première audition le 21 juin 1890 au festival de musique d'Eisenach («Eisenacher Tonkünstlerfest des Allgemeinen Deutschen Musikvereins»), dans le même concert, Richard Strauss dirigea la première audition de sa Burlesque pour piano et orchestre, TrV 145.
À sa manière, Richard Strauss porta à son comble le style du poème symphonique: il eut toutefois toujours à coeur de ne jamais être prisonnier des textes choisis comme source d'inspiration de ses oeuvres. Certains de ses poèmes symphoniques, comme par exemple „Ainsi parlait Zarathoustra“, ont même un support littéraire particulièrement lâche. C'est aussi le cas de „Mort et Transfiguration“, dont la partition comporte certes en préface un poème d'Alexander Ritter, mais qui pourrait très bien s'en passer, sa musique exprimant d'elle-même des sentiments d'agonie, de souffrance, d'un combat avec la mort, puis d'une montée vers la délivrance, la lumière et l'apaisement, itinéraire intérieur qui n'a guère besoin d'être commenté ou expliqué - le poême fut d'ailleurs écrit seulement après la musique.
Sur la genèse de son poème, Richard Strauss précisa dans une lettre destinée à Friedrich von Hausegger (probablement en 1895): "[...] Mort et transfiguration est un pur produit de mon imagination, non pas celui d'une expérience vécue (je ne devais tomber malade que deux ans plus tard). Une idée musicale comme une autre, sans doute le simple besoin, après Macbeth (qui commence et se termine en ré mineur) et après Don Juan (qui commence en mi majeur et se termine en mi mineur), d'écrire un morceau qui commence en ut mineur pour s'achever en ut majeur [...]".
L'ut mineur du début est celui de l'agonie et des souvenirs. Un coup de timbale annonce la violence du combat avec la mort, combat acharné qui s'apaise brièvement avant de laisser la place aux réminiscences glorieuses qui s'emparent de l'imagination du héros mourant: c'est la vie héroïque (exprimée par les cors), c'est l'amour, c'est aussi le thème de l'Idéal qui tente de s'imposer - le dernier des Quatre derniers Lieder - «Im Abendroth» (*) - cite fugitivement ce thème. Une nouvelle transition, avec des coups de tam-tam menaçants et étouffés, conduit à un grand crescendo qui affirme le thème de l'Idéal et se termine, sur fond d'arpèges de harpes, dans une ambiance de réconciliation.
(*) "[...] Auf die Frage des lyrischen Ichs »Ist dies etwa der Tod?« antwortet das Orchester mit dem Verklärungsmotiv aus Tod und Verklärung TrV 158 (1889), welches am Scheitelpunkt die klangliche Welt des Tristan evoziert. [...]" Richard Strauss Handbuch de Walter Wehrbeck, page 360
Le programme général du XVIe Septembre Musical de Montreux 1961:
Le concert fut retransmis en direct sur le second programme de la Radio Suisse Romande.
Au programme:
Cité du compte-rendu d'Henri JATON publié dans la Tribune de Lausanne du lendemain en page 7:
"[...] Je n’aurais garde d’omettre de mentionner l’accompagnement orchestral dont bénéficièrent les Variations de Franck et le Concerto de Saint-Saëns, et que Jascha Horenstein ordonna de main de maître.
Les raisons multiples de notre contentement se référaient également, en ce onzième concert, au comportement de l’admirable Orchestre National, et celui de son maître d’un soir: Jascha Horenstein.
Par un essai de contraste fort judicieux, Jascha Horenstein nous présentait deux partitions d’un caractère singulièrement opposés, puisqu’il s’agissait de la Symphonie italienne de Mendelssohn et du Poème symphonique «Mort et Transfiguration» de Richard Strauss.
Chef au geste précis et aux intentions clairement exprimées, Jascha Horenstein utilisant avec bonheur les prodigieuses ressources des registres du National, nous suggéra une remarquable traduction de la Symphonie italienne, dont il sut admirablement illustrer le caractère primesautier et l’irrésistible verve...
Quant au poème symphonique «Mort et Transfiguration» de Richard Strauss, Jascha Horenstein abordait là un genre de musique lui convenant à merveille. Davantage peut-être que d'autres partitions straussiennes, Mort et Transfiguration exige de son commentateur un sens aigu des gradations et des raffinements sonores. Jascha Horenstein réalisa, de ce beau Poème symphonique, une magistrale interprétation, animée d'une expression intense, et qui produisit sur le public du Pavillon des concerts une impression considérable.
On acclama longuement l'éminent chef, qui eut la délicatesse d’associer, en toute justice, l'Orchestre national à son triomphal succès.
De son côté, Robert Casadesus fut l’objet d’une ovation interminable, à laquelle il répondit fort aimablement en jouant en «bis» un extrait des Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky et L’Oiseau prophète de Schumann.
Au résumé, soirée faste et qui marqua certainement l’un des sommets atteints jusqu’alors par le Septembre musical de Vevey-Montreux. [...]".
Terminant ce concert;
Richard Strauss, Mort et Transfiguration, Op. 24, TrV 158, Orchestre National de la Radiodiffusion française, Jascha Horenstein, 26 septembre 1961, Grande Salle du Pavillon, Montreux
Largo - Allegro molto agitato - Meno mosso, ma sempre alla breve, appassionato - Moderato 24:59