Le nom d'Ernest ANSERMET est généralement associé à la musique française, ainsi qu'à celle des compositeurs russes, plus particulièrement de Strawinsky, mais Ernest Ansermet aimait aussi beaucoup la musique des classiques comme Bach, Beethoven, Brahms. Ces compositeurs étaient d'ailleurs souvent au programme de ses concerts. Ses enregistrements des symphonies de Beethoven sont très intéressants, parce qu'il aborde les symphonies de Beethoven avec une optique particulière, différant notablement de celle des chefs de son époque, comme Toscanini, Furtwängler, Karajan, mais toutefois nettement plus germanique que chez bien d'autres chefs allemands, ce qui est assez surprenant de la part d'un Suisse Romand!
Ernest Ansermet dut cependant lutter longtemps pour pouvoir enregistrer ces grands classiques pour le disque. Son intégrale des symphonies de Beethoven ne put être réalisée que tard, entre 1958 et 1963, en stéréo.
Pour une présentation de la 4e symphonie, voir cette page de mon site.
Son enregistrement de la 4e symphonie date d'octobre 1958, une prise de son faite en monophonie ET en stéréophonie, comme c'était encore l'habitude à cette époque: production supervisée par James Walker, avec les ingénieurs du son James Timms, mono, et Roy Wallace, stéréo.
À cause de ces prises de son effectuées certes simulanément, mais par deux équipes de prise de son, il arrive que les versions mono et stéréo “sonnent“ par endroits différemment, comme mentioné ci-dessous dans la récension de la revue «Gramophone».
Le tout fut publié couplé avec l'enregistrement de l'ouverture de Coriolan en septembre 1959 sur les Decca LXT 5507 (mono) et SXL 2116 (stéréo), puis en novembre suivant en stéréo sur Decca London CS 6070 (photo de la pochette ci-dessous) et en septembre 1960 en mono sur Decca London CM 9255. Réédité sur - entre autres - Decca SDD 104, London STS 15055, et dans le coffret London STS 15464-69. L'ouverture de Coriolan est aussi parue en juin 1959 sur les 45 tours CEP 594 (mono) et SEC 5016 (stéréo), avec la Jubel-Ouvertüre de Carl-Maria von Weber sur l'autre face. Il faut attendre 1994 pour la première parution sur CD, au Japon sur POCL9614 (= coffret Decca de 5 CDs 444659-2, CD 444 661), réédité en décembre 2006 sur le premier CD du coffret de 6 CDs Decca 475 8140DC6.
Recto de la pochette du disque Decca LONDON CS 6070
Un extrait d'une des récensions de l'époque traduit d'après «The Gramophone» d'octobre 1959, page 166, signé «W.S.M.»:
«« J'ai écouté ces deux versions juste après l'interprétation de la Deuxième Symphonie par Jochum, et ma première réaction (confirmée après plusieurs écoutes) a été la surprise de constater qu'un Allemand {Jochum} comprenait moins bien Beethoven qu'un Suisse francophone {Ansermet}. Malgré la réputation d’Ansermet en matière d’élégance et de précision, ainsi que son don particulier pour les compositeurs impressionnistes français et les nationalistes russes, il interprète la Quatrième Symphonie de Beethoven avec grandeur, autorité et une spontanéité parfaite.
Son enregistrement antérieur de la Cinquième Symphonie avait moins bien réussi, et il se peut qu’il se sente plus à l’aise avec un Beethoven plus haydnien – même s’il ne cherche pas pour autant à minimiser l’ampleur et la grandeur d’âme de la Quatrième Symphonie.
Il arrive très rarement que le rythme, le phrasé ou l’accentuation ne s’harmonisent pas avec le reste (premier mouvement: pulsation du groupe de codetta, première partie; deuxième mouvement: le rythme de base se relâche parfois en triolets, et les sforzandi manquent de force; finale: coda peu vivante), mais ce ne sont là que des détails insignifiants face à la force et à la perspicacité de l’interprétation dans son ensemble. L’orchestre joue avec vigueur; les timbales sont précises à la fin de l’Adagio, et le premier hautbois sonne de manière plutôt plaintive dans le Trio du troisième mouvement. L’enregistrement stéréo est très “grave“, la version mono est correcte à cet égard, mais les cordes ont un son métallique. Dans les deux versions, les violons ont tendance à s’égarer au début du deuxième mouvement. Ansermet répète les expositions des mouvements extérieurs. »»
À gauche étiquette recto du disque Decca LONDON CS 6070, à droite un instantané d'Ernest ANSERMET en concert fait par Laszlo VÁMOS, date exacte et lieu inconnus
Ludwig van Beethoven, Symphonie No 4 en si bémol majeur, op. 60, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, octobre 1958, Victoria-Hall de Genève