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Ludwig van BEETHOVEN
Symphonie No 9 en ré mineur, op. 125, avec le choeur
final de l'Ode à la Joie de Friedrich SCHILLER
Joan SUTHERLAND (S), Norma PROCTER (A)
Anton DERMOTA (T), Arnold van MILL (B)
Chorale du Brassus
Choeur des Jeunes de l'Église Nationale Vaudoise
Orchestre de la Suisse romande
Ernest ANSERMET
21, 23, 25 et 26 avril 1959, Victoria Hall, Genève

Ludwig van BEETHOVEN composa sa neuvième, ultime, symphonie entre la fin de l'année 1822 et février 1824. Dédiée au roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, elle fut donnée en première audition à Vienne le 7 mai 1824. Son finale introduit des sections chantées sur l'Ode à la joie («Ode an die Freude») de Friedrich von SCHILLER.

«« Beethoven construit le magnifique premier mouvement à partir des fragments germinaux qu'il introduit sur le scintillement d'ouverture des cordes. Pour la seule fois dans ses symphonies, il n'y a aucune répétition de l'exposition; au lieu de cela, Beethoven “trompe“ l'auditeur en commençant ce qui serait normalement le dé­ve­lop­pement avec le scintillement original et dans la tonalité originale, comme s'il s'agissait d'une répétition, puis, presque malicieusement, en poursuivant dans d'autres di­rec­tions. Cela suppose bien sûr un auditeur qui s'attend à la reprise habituelle de la première section, habitué à l'entendre dans les interprétations des symphonies classi­ques.

Le scherzo, qui commence par une cadence remarquablement spirituelle ressemblant à la conclusion d'une pièce, porte l'humour sardonique de Beethoven à l'extrême. La mordacité de son esprit n'est guère atténuée par le Trio plus calme, qui, fait sans précédent, est en mesure à deux temps, peut-être pour souligner l'idée de dualité initiée par le compositeur lorsqu'il plaça le scherzo-trio dans sa position inhabituelle de second mouvement.

Les variations célestes du troisième mouvement, lent, préparent les variations chorales à venir dans le finale. Richard Strauss n'a jamais écrit de partie de cor plus diabolique que celle que Beethoven présente ici. Et c'est le quatrième corniste qui doit l'interpréter! Trois notes suffisent pour parcourir toute la gamme, à l'exception d'un demi-ton, du célèbre appel de cor de Till Eulenspiegel, et en un peu plus de trois mesures, le solo parcourt plus de trois octaves. Pourtant, l'atmosphère de ce mouvement d'une beauté à couper le souffle est celle d'une paix profonde et d'un bonheur serein. Il s'agit en soi d'une ode à la beauté.

Lorsque le dernier mouvement commence, il brise cette reine des adagios avec un cri assourdissant. Le finale se poursuit, presque immédiatement après la “cacophonie“ d'ouverture, avec le passage caractérisant le thème décrit ci-dessus. La dissonance revient, pour être réduite au silence par le baryton solo qui proclame, selon les propres mots de Beethoven: »»

O Freunde, nicht diese Töne!
Sondern lasst uns angenehmere anstimmen
und freudenvollere.

     Ô amis, pas de ces accents!
     Mais laissez-nous en entonner de plus agréables,
     Et de plus joyeux.

Baryton solo, 2e partie reprise par le choeur:

Freude, schöner Götterfunken,
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum.
Deine Zauber binden wieder,
Was die Mode streng getheilt.
Alle Menschen werden Brüder,
Wo dein sanfter Flügel weilt.

Les voix solo, 2e partie répétée par le choeur:

Wem der grosse Wurf gelungen,
Eines Freundes Freund zu sein,
Wer ein holdes Weib errungen,
Mische seinen Jubel ein!
Ja wer auch nur eine Seele
Sein nennt auf dem Erdenrund!
Und wer’s nie gekonnt, der stehle
Weinend sich aus diesem Bund.

Les voix solo, 2e partie répétée par le choeur:

Freude trinken alle Wesen
An den Brüsten der Natur;
Alle Guten, alle Bosen
Folgen ihrer Rosenspur!
Küsse gab sie uns und Reben,
Einen Freund, geprüft im Tod;
Wollust ward dem Wurm gegeben,
Und der Cherub steht vor Gott!

Ici, dans l'une de ses embrassades typiques englobant à la fois la divinité et la terre, Beethoven juxtapose de manière caractéristique la beauté et la vulgarité. Immé­dia­te­ment après la musique céleste culminante décrivant la rencontre du séraphin avec Dieu, le contrebasson s'immisce avec une série de sons que l'on pourrait qualifier, au mieux, d'obscènes. Ceux-ci se transforment en accompagnement de la célèbre et vulgaire “mu­si­que turque“ qui finit par servir d'accompagnement au ténor solo qui, débordant de joie, fait une entrée fracassante sur scène.

Solo ténor, 2e partie répétée par les voix masculines:

Froh, wie seine Sonnen fliegen
Durch des Himmels prächt’gen Plan,
Laufet, Brüder, eure Bahn,
Freudig, wie ein Held zum Siegen.

Le choeur répète la première strophe...

Freude, schöner Götterfunken,
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum.
Deine Zauber binden wieder,
Was die Mode streng getheilt.
Alle Menschen werden Brüder,
Wo dein sanfter Flügel weilt.

...puis continue:

Seid umschlungen, Millionen!
Diesen Kuss der ganzen Welt!
Brüder — überm Sternenzelt
Muss ein lieber Vater wohnen.

Ihr stürzt nieder, Millionen?
Ahnest du den Schöpfer, Welt?
Such’ ihn überm Sternenzelt!
über Sternen muss er wohnen.

S'ensuit, à partir des voix féminines, une double fugue balayée par le vent, basée sur la première et la dernière strophe. Les strophes extrêmes contribuent également à une double coda, le mot final étant, à juste titre, «Götterfunken», l'étincelle divine des dieux.

Traduit des notes de Leonard MARCUS publiées au verso de la pochette du disque Decca London Records STS 15089, resp. cité du verso de la pochette.

Pour une traduction en français du texte chanté, voir cette page du site lieder.net.

Dans des sessions des 21, 23, 25, 26 avril et 4 mai 1959 (*), dans le Victoria Hall de Genève, l'Orchestre de la Suisse Romande placé sous la direction de son chef titulaire Ernest ANSERMET enregistra pour Decca la symphonie No 9 en ré mineur, op. 125, avec le choeur final de l'Ode à la Joie de Friedrich Schiller, avec les solistes Joan SUTHERLAND (S), Norma PROCTER (A), Anton DERMOTA (T), Arnold van MILL (B), la Chorale du Brassus et le Choeur des Jeunes de l'Église Nationale Vaudoise, qui devint plus tard le Choeur PRO ARTE, tous deux préparés et dirigés par leur chef fondateur André CHARLET.

(*) Dans la même campagne de prises de son fut enre­gis­trée la Grande Fugue, Op. 133, de Ludwig van Beethoven, sessions des 2 et 3 mai 1959.

La 9e symphonie fut publiée en décembre 1959 sur Decca Ace Of Clubs ACL 77, en octobre 1960 sur Decca London CM 9033 resp. CS 6143 et en juin 1961 sur Decca SXL 2274; la Grande Fugue parut en mai 1960 sur Decca London CS 6159 et en octobre suivant sur Decca BR 3070.

Ludwig van Beethoven, Symphonie No 9 en ré mineur, op. 125, avec le choeur final de l'Ode à la Joie de Friedrich Schiller, Joan Sutherland (S), Norma Procter (A), Anton Dermota (T), Arnold van Mill (B), Chorale du Brassus, Choeur des Jeunes de l'Église Nationale Vaudoise, Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet, 21, 23, 25 et 26 avril 1959, Victoria Hall, Genève

   1. Allegro ma non troppo, un poco maestoso               16:23 (->   16:23)
   2. Molto vivace                                          11:21 (->   27:44)
   3. Adagio molto e cantabile - Andante moderato           15:16 (->   43:00)
   4. Finale. Presto-Allegro assai-Rezitativo-Allegro assai 24:17 (-> 1:07:17)

Provenance: Decca London STS 15089

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1. Allegro ma non troppo, un poco maestoso


2. Molto vivace


3. Adagio molto e cantabile - Andante moderato


4. Finale. Presto - Allegro assai - Rezitativo - Allegro assai