Claude DEBUSSY
„Ibéria“, image du tryptique „Trois Images“, L 122
Orchestre de la Suisse Romande
Ernest ANSERMET
27 janvier 1960, Victoria-Hall, Genève
Debussy n’a été qu’un très court moment en Espagne. Il était pourtant très bien informé sur le folklore espagnol par ses nombreuses lectures et, bien sûr, également par sa visite à l’exposition universelle de Paris en 1889. A cette occasion, il a aussi assisté aux deux concerts donnés au Théâtre du Châtelet, où l’orchestre Colonne, dirigé par Nicolaï Rimsky-Korsakov, donnait un programme de musique russe, avec notamment le Capriccio Espagnol.
Selon Manuel de Falla, les oeuvres «espagnoles» de Debussy sont encore plus espagnoles que les oeuvres des compositeurs espagnols. Pourtant, c’est un mélange de folklore authentique et d’une grande fantaisie. Lettre à Jacques Durand (10 août 1908): „C’est ainsi qu’en ce moment, j’entends les bruits que font les chemins en Catalogne, tout en même temps que la musique des rues de Grenade“
«Ibéria» - image du tryptique «Images», elle-même un tryptique dans le tryptique - fut composée entre 1905 et 1908, et donnée en première audition le 20 février 1910 par l'Orchestre de Concerts Colonne sous la direction de Gabriel Pierné.
La première audition suisse eut lieu le 13 janvier 1917 au Théâtre de la Ville de Genève, l'Orchestre des Concerts d'abonnement étant dirigé par son chef titulaire, Ernest ANSERMET. Dans la brochure-programme du concert on pouvait lire l'introduction à l'oeuvre suivante, certainement rédigée par Ernest Ansermet lui-même:
"[...] À propos du «Prélude à l’Après-midi d’un faune», on a marqué, ici même, les caractères essentiels de la première période créatrice de Claude Debussy, période vraiment miraculeuse, où surgit sans heurt, avec la sûreté d’une force naturelle, un art tout nouveau, très personnel et cependant profondément représentatif de son temps et de son pays, puisqu’il réunit en lui les aspirations qui avaient tenté de s’exprimer par l’impressionisme en peinture et par le symbolisme en littérature. On sait que cette période est tout entière remplie de la tranquille élaboration de «Pelléas et Mélisande», cependant qu’elle porte des fruits dans tous les genres, et qu’elle est marquée notamment dans le domaine symphonique par l’oeuvre citée plus haut et par les «Nocturnes».
Dès 1902, ou 1904 selon l’avis de M. Louis Laloy, une nouvelle période commence, période de maturité, où l’art debussyste ne change pas ses caractères essentiels, mais semble se ramasser davantage, ne se donne qu’éprouvé et réduit à l’essentiel; d’où une apparence plus sèche, mais aussi une ossature plus accusée; il semble qu’au lieu de céder au besoin d’une notation immédiate de ses impressions, le compositeur consente à les retenir pour les faire participer à une composition de plus grand style. Dans le domaine symphonique, cette nouvelle période est marquée par la Mer, qui est une vraie symphonie, et par les Trois Images pour orchestre, parues en 1909.
Claude DEBUSSY, 1904 en Angleterre, photographe inconnu, publié notamment dans «DEBUSSY - Documents iconographiques», Pierre CAILLER, éditeur à Genève, 1952 Planche 111, légende de la photo: "[...] Debussy vient de terminer La Mer [...]"
Ces «Trois Images», «Rondes de Printemps», «Gigue triste», et «Ibéria» sont indépendantes les unes des autres et n’ont de commun que ce caractère indiqué par le titre, d’oeuvres agissant par l’imagination et la sensibilité. Par la même, elles devaient entraîner l’auteur à y déployer toutes les ressources de son invention harmonique et orchestrale.
«Ibéria», notamment, la plus considérable des trois, est une des oeuvres les plus «poussées», les plus riches de couleur et de variété que Debussy ait écrites. Elle comprend trois parties largement composées et formant un tout bien équilibré . «Par les rues et par les chemins» , «les Parfums de la Nuit» , «le Matin d’un jour de fête». Ces titres sont assez évocants pour qu’aucun autre détail sur l’intention de ces morceaux ne soit nécessaire, il n’est pas dans la nature de l’art debussyste, d’ailleurs, de s’appuyer sur des anecdotes; il ne s’agit pas non plus ici de tableaux réalistes, destinés à mettre en oeuvres d’authentiques thèmes espagnols — rien d’une vraie «rhapsodie» — si le compositeur a puisé son inspiration dans les possibilités évocatrices et pittoresques des rythmes populaires espagnols, tous les éléments de son oeuvre n’en portent pas moins sa marque propre. Comme l’indique le titre plus lointain d'«Ibéria», c'est une Espagne de rêve, où nous entraînent ces images; et l’on pourrait penser ici aux poèmes où d’autres poètes, littéraires, ceux-là, Baudelaire ou Mallarmé, évoquaient aussi des pays de soleil et de beauté, pour mieux s’évader de leur réalité quotidienne. [...]"
Quelques précisions de Jos van IMMERSEEL, 2011, dans une traduction d'Estelle SPOTO, citées de ses notes publiées dans le livret du CD ZIG-ZAG TERRITOIRES ZZT 313:
"[...]
Dans une première phase, „Images“ a été conçu pour deux pianos, une formation très appréciée en France autour de 1900. Les parties étaient alors „Iberia“, “Gigue triste“ et „Rondes“. Très vite, Debussy a modifié ses plans, a commencé à écrire pour orchestre et a changé aussi bien certains titres que l’ordre des parties.
André Caplet a dirigé l’oeuvre le 18 mars 1922 selon l’ordre suivant:
- Rondes de printemps
- Gigues
- Iberia
J’ignore si cet ordre avait été personnellement décidé par Caplet ou s’il s’agissait d’une suggestion ou d’une demande de Debussy. Caplet a corrigé avec Debussy les épreuves d’Images avant l’impression et est resté en contact permanent avec le compositeur jusqu’à ses dernières années de vie.
En ce qui me concerne, musicalement, cet ordre me semble le meilleur dans une situation de concert. [...]
L'interprétation proposée ici provient d'un concert donné le 27 janvier 1960, qui fut diffusé en direct sur l'émetteur de Sottens:
Programme du concert du 27 septembre 1960 tel que diffusé en direct sur l'émetteur de Sottens - Montage d'extraits de la revue Radio Je Vois Tout du 21 septembre précédent, en page 36
Pour une courte présentation du concert, rédigée par William RIME, voir cette page de mon site.
Pour le compte-rendu de Jean-Claude JACCARD, voir cette même page à cet endroit.
L'interprétation de l'Ibéria de Claude DEBUSSY:
Ernest ANSERMET, Tribune de Genève 1964, Claude DEBUSSY en 1902, un portrait fait
par NADAR - publié notamment dans «DEBUSSY - Documents iconographiques»,
Pierre CAILLER, éditeur à Genève, 1952. En légende de la photo: "[...] Photo prise
au lendemain de Pelléas, Debussy l'envoya à André Messager avec cette dédicace:
«Dimanche sur les villes! Dimanche dans mon coeur! Pour André Messager» [...]"
Claude Debussy, „Ibéria“, image du tryptique „Trois Images“, L 122, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 27 janvier 1960, Victoria-Hall, Genève
1. Par les rues et par les chemins 06:50 (-> 06:50)
2. Les parfums de la nuit 06:58 (-> 13:48)
3. Le matin d’un jour de fête 04:06 (-> 17:54)