Pour une présentation de l'oeuvre, voir cette page de mon site.
Recto du coffret Vallois
Henri HONEGGER enregistra les 6 Suites pour violoncelle seul de Johann Sebastian BACH les 10 et 11 février 1959 à Copenhague - pour le jeune label VALOIS, fondé une année auparavant à Paris.
Mais pourquoi à Copenhague, et non à Paris, siège du label VALOIS? À ce jour, aucun document publié n'en fournit une réponse formelle - on ne peut émettre que des hypothèses. Il s'agit probablement de la la combinaison de plusieurs facteurs: le producteur était le jeune Michel BERNSTEIN, fondateur du label VALOIS, connu pour rechercher les meilleurs ingénieurs disponibles plutôt que d'enregistrer systématiquement à Paris; pour la prise de son, il porta son choix sur Peter WILLEMOES, ingénieur danois réputé, très actif pour le label danois METRONOME basé à Copenhague.
Il est donc fort probable que VALOIS apportait l'artiste (Henri HONEGGER) et la direction artistique (Michel BERNSTEIN), METRONOME fournissant les studios, le matériel et le personnel technique, bien entendu à COPENHAGUE.
Le résultat des séances d'enregistrement est d'ailleurs remarquable pour l'époque: la présence du violoncelle et la dynamique restent impressionnantes - les critiques l'ont souvent souligné. En plus, enregistrer cette intégrale en seulement 2 jours était pour l'époque vraiment une prouesse technique. Henri Honegger devait être également très satisfait, car il revint enregistrer à Copenhague quelques années plus tard.
Henri HONEGGER vers 1959, extrait de la brochure du coffret des suites pour violon- celle de Johann Sebastian BACH, CMB-22, page avec dédicace d’Henri HONEGGER
Traduit de la courte récension publiée sur cette page du site bachcellosuites .co .uk, signée „Charles“ - écrite lors de la parution de la restauration sur le CD Forgotten Records fr 1858/9 utilisant la première édition Valois MB 422/4:
«« [...] L'enregistrement.
Je dois dire que la qualité sonore du CD testé est étonnamment bonne. Le processus de remasterisation élimine la plupart des bruits parasites propres au vinyle, que l’on retrouve même sur les disques de la meilleure qualité. Il subsiste toutefois un grondement distinct qui, je suppose, provient de l’enregistrement original sur bande. Je suis certain qu’il ne provient pas de la platine de transcription! Ce bruit n’est pas gênant, mais rappelle à l’auditeur l’âge de l’enregistrement. Le processus de remasterisation préserve la clarté, la dynamique et la gamme de fréquences du violoncelle. Le plaisir procuré par cette interprétation n’est pas gâché par des problèmes sonores. Il va sans dire qu’il s’agit d’une reproduction mono (*), mais avec une bonne ampleur de la scène sonore.
La musique.
L’interprétation de Honegger ne soutient pas la comparaison avec les enregistrements contemporains de Fournier, Starker et Tortelier. Elle laisse à désirer sur le plan de la maîtrise technique. Je soupçonne que cela est dû à un calendrier d’enregistrement serré. Deux jours ne suffisent sans doute pas pour réaliser des enregistrements irréprochables, quelle que soit la qualité du violoncelliste. En revanche, sur le plan musical, je dirais qu’elle soutient la comparaison.
Sur le plan stylistique, le jeu est typique des années 50, 60 et 70, avec un son de violoncelle charpenté et une dynamique abondante. Le tempo ne varie pas beaucoup, juste assez pour mettre en valeur le phrasé. Le vibrato est utilisé avec parcimonie, mais de manière à peine perceptible, sans doute en raison d’une technique très rapide et précise. Cela s’avère particulièrement efficace dans la cinquième Sarabande. Ce mouvement est, à mon sens, un moment fort, où le vibrato semble totalement absent. Le jeu en legato est abondant, avec de nombreux passages de notes liées. La deuxième Courante se distingue à mes yeux par des notes jouées séparément à l’archet, mais avec fluidité, plutôt que de manière articulée et distincte
Les tempos sont très conventionnels, avec peu de mouvements qui sortent de l’ordinaire. À titre d’exception, toujours dans la cinquième Suite, la Courante semble très posée. Cela vient en effet compléter l’atmosphère générale de malaise et de morosité si bien rendue par le Prélude et l’Allemande qui la précèdent.
Comparaisons.
Certains autres enregistrements contemporains de cette époque, comme ceux d’Annlies Schmidt, se distinguent par ce que j’appellerais des particularités de style. Schmidt joue en effet très vite. Mainardi a tendance à varier considérablement les tempos et à mettre en valeur les notes clés de manière assez spectaculaire. Honegger ne semble verser dans l’originalité qu’occasionnellement. Cependant, ces particularités ressortent bel et bien. On peut citer, par exemple, la tendance à „faire monter le volume“ sur les notes clés de la première Courante. Honegger aborde la note de manière normale, mais la met ensuite en valeur par un crescendo. Cela ne semble pas avoir été reproduit de manière évidente ailleurs. Autre exemple: dans la première Bourrée de la troisième Suite, le fa dièse précédant la reprise se voit accorder une importance très marquée et inattendue. [...]
Dans l’ensemble, le style d’interprétation consiste à utiliser de longues phrases legato dans les mouvements lents, y compris les Préludes. Dans la plupart des courantes, gigues et mouvements de danse, Honegger joue avec vivacité et un bon sens du rythme, en veillant à une bonne articulation. Les lacunes techniques mentionnées précédemment sont particulièrement perceptibles dans la courante et la gigue de la sixième suite.
L’un des moments forts pour moi est la belle interprétation fluide et harmonieuse du premier prélude. La maîtrise de l’archet, qui assure l’uniformité des passages en croisé, est impressionnante. Malheureusement, le sixième prélude ne fait pas preuve de cette aisance, avec des triolets nettement irréguliers dans les mesures d’introduction.
Un autre point fort réside dans l’atmosphère dégagée par l’interprétation de la deuxième suite, à la fois très éthérée et légèrement sinistre! Honegger était sans aucun doute un interprète de Bach très musical et sincère, dépourvu de toute mise en scène.
Conclusion.
En résumé, je dirais que même s’il s’agit d’une interprétation imparfaite, elle mérite d’être écoutée si vous êtes passionné par les enregistrements anciens de cette époque. Je pense que le style de jeu de Honegger convient davantage à l’écriture romantique. »»
Étiquette recto du disque Valois MB 327
Johann Sebastian Bach, Suite pour violoncelle seul No 3 en ut majeur, BWV 1009, Henri Honegger, 10 et 11 février 1959, Copenhague
(*) Cette édition Valois MB 327 présente un caractère stéréo qui me semble authentique: il est fort probable que les séances de février 1959 furent enregistrées directement en stéréo (ou simultanément en mono et en stéréo par deux équipes de prise de son (**) ), mais que Valois publia d'abord une édition mono (comme mentionné plus haut dans la récension de „Charles“), puis la version stéréo lorsque le marché fut prêt. (**) Une telle pratique était courante dans les premières années de la stéréo, un exemple très connu est celui de Decca pendant cette période de transition.