Pour une courte présentation de l'oeuvre, voir cette page de mon site, avec l'interprétation qu'en donna Clara Haskil l'année précédente à Hilversum.
Clara HASKIL en 1958, un portrait cité de la banque de données de la Bibliothèque cantonale et universitaire - Lausanne, Service des Archives musicales, FCHA-I-219-b, auteur non identifié. Au dos de cette photo est inscrit: "Chez Mlle Chureau 2 N.D des Champs". Probablement Notre Dame des Champs de Paris. Voir également cette photo et celle-ci, qui ne peuvent être que de la même série, mais ne donnent pas plus d'informations.
Cette interprétation de la Toccata et Fugue en mi mineur, BWV 914, de Johann Sebastian BACH ouvrait le récital donné par Clara HASKIL le 11 avril 1953 dans la «Ordenssaal» du Château de «Ludwigsburg»:
«« Clara Haskil avait mis à son programme une série de pièces de plus ou moins grande envergure, très variées, la dramaturgie du programme ne suivant en aucun cas les principes alors en vigueur – et qui prévalent encore aujourd’hui, dans une certaine mesure – concernant l’importance et l’ampleur des oeuvres.
En OUVERTURE, la Toccata en mi mineur (BWV 914) de BACH, dans une interprétation étonnamment sobre, pourrait être considérée comme une introduction concertante, avant que TROIS SONATES de Domenico SCARLATTI ne brossent un tableau bien plus personnel de la chasteté, de l’intimité et de la concision musicale.
Le placement de la dernière SONATE POUR PIANO EN DO MINEUR OP. 111 de BEETHOVEN au milieu de son programme témoigne toutefois de la confiance en soi d’une interprète libérée, dépourvue de toute fausse humilité, souvent assez affectée, face à l’oeuvre de la fin de vie du compositeur. Et dans son jeu, Clara Haskil semble également prendre ses distances par rapport à toutes les mystifications exagérées. Car le premier mouvement, avec ses accords d’ouverture marquants, semble abordé avec une relative douceur. Les passages rapides, avec leurs notes d'angle largement espacées, ne présentent rien de ce dramatisme presque désespéré qui était familier dans le jeu de nombre de ses collègues et qui est parfois devenu carrément suspect dans l’interprétation des pianistes des décennies suivantes.
Dans ces circonstances, il semble tout à fait logique que la pianiste laisse passer le mouvement du «Arietta-Variationssatz» comme un cas normal de génie, pour ainsi dire, et donc loin de tout ralentissement. Une femme en proie à des maux physiques s’exprime ici au bord de l’échec existentiel, en opposant à son moi la musique comme exemple d’une existence et d’une santé inébranlables. En à peine 22 minutes, les chaînes de trilles tournent au bien dans un accord final lapidaire – rarement un interprète, homme ou femme, a-t-il prévu moins de temps d’exécution pour cette oeuvre.
Avec quelques-une des cinq «BUNTE BLÄTTERN» (Op. 99), amusantes, imagées et pleines de vitalité, ainsi que les „VARIATIONS ABEGG“ de Robert SCHUMANN (Op. 1), élégantes, chatoyantes et techniquement exigeantes, Clara Haskil se révèle une maîtresse discrète de la précision et – dans les passages rapides des variations – une maîtresse de la vitesse perlante.
Des conditions idéales pour aborder deux ÉTUDES de DEBUSSY (L 136), au cours desquelles quelques toussotements contribuent à l’atmosphère d’un véritable enregistrement de concert sans aucunes coupures ou corrections. Elle interprète les Études n° 10 „Pour les sonorités opposées“ et n° 7 „Pour les degrés chromatiques“ avec le naturel d’une virtuose qui, comme par hasard, maîtrise également la langue française, tant dans les accords que dans les glissandos. Il en va de même pour la SONATINE de Maurice RAVEL (M 46), terminant le programme “officiel“ du concert. »» Traduit des notes de Peter COSSÉ publiées en 2018 dans le livret du CD SWR>>musik SWR19052.
Elle ne put toutefois quitter la scène qu'après avoir offert deux „ENCORES“: le «NUN KOMM DER HEIDEN HEILAND», BWV 659, de Johann Sebastian BACH dans la transcription de Ferrucio BUSONI et l'«ABSCHIED», le No 9 des «WALDSZENEN», Op. 82, de Robert SCHUMANN.
Johann Sebastian Bach, Toccata et Fugue en mi mineur, BWV 914, Clara Haskil, 11 avril 1953, Château de Ludwigsburg
1. [-]
2. Un Poco Allegro
3. Adagio
4. Fuga: Allegro 07:08