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Claude DEBUSSY
10e et 7e des Douze Études pour piano, L 143 (L 136)
Clara HASKIL
11 avril 1953, Château de Ludwigsburg

Les Douze Études pour piano, L 143 (anciennement L 136), constituent le dernier re­cueil pour piano de Claude DEBUSSY, comprenant douze pièces composées entre le 5 août et le 29 septembre 1915, réparties en deux livres et dédiées à la mémoire de Fré­dé­ric Chopin. Écrite dans la tourmente de la Première Guerre mondiale, par un Claude Debussy très malade, cette oeuvre est caractéristique de sa dernière manière — dure, con­cen­trée, visionnaire.

L'ouvrage aborde différents aspects de la technique pianistique, des intervalles (tierce, quarte, sixte, octave) au mécanisme digital, dans le premier cahier, jusqu'à des re­cher­ches de sonorités nouvelles dans le second. Elles ont longtemps souffert d'une ré­pu­ta­tion de froideur et de sécheresse, avant d'être admises - assez tard - parmi les chefs-d'oeuvre du répertoire des pianistes. À partir des années 1950, toute une génération de compositeurs, dont Olivier Messiaen, Maurice Ohana, André Boucourechliev et Pierre Boulez, s'inspira du langage développé dans les Études de Debussy. Le musicologue Harry Halbreich considère que l'„on trouve ici ses intuitions les plus génia­lement ré­vo­lu­tion­naires, les plus lourdes d'avenir. L'évolution ultérieure de la musique de piano est impensable sans leur exemple“.

Pour beaucoup plus de détails sur l'oeuvre et toute son histoire, sa genèse, voir par exemple cette excellente page de Wikipedia.

Pour son récital, Clara HASKIL avait choisi de jouer deux de ces études, la 10e et la 7e, qui sont aux antipodes l'une de l'autre.

Dans sa 10e étude „Pour les sonorités opposées“, Claude Debussy s’intéresse avant tout à l’opposition des timbres et des registres - contrairement à une étude tradi­tion­nelle centrée sur un problème technique unique (comme les gammes ou les arpèges). Le défi est sonore et expressif, avec une opposition entre grave et aigu, un contraste entre notes liées et détachées, des jeux de densité versus légèreté, ainsi qu'une super­po­si­tion de plans sonores distincts.

Pour ceci le compositeur utilisa une écriture très libre et audacieuse, avec des har­mo­nies souvent ambiguës, flottantes, parfois proches de l’atonalité, un usage de registres extrêmes du piano, une texture fragmentée, avec des motifs éclatés, ainsi qu'un rythme irrégulier, difficile à saisir de manière métrique. On est loin de l’impressionnisme “vaporeux“ de ses oeuvres plus anciennes: cette étude annonce presque certaines esthétiques du XXᵉ siècle plus radicales.

L’interprète doit constamment faire ressortir le tout, presque comme s’il faisait dia­lo­guer deux mondes différents sur le clavier. Cette pièce exige une grande maîtrise, de­man­dant une indépendance des mains pour différencier les plans sonores, un contrôle très fin de la pédale pour éviter de brouiller les contrastes, un sens aigu des couleurs pianistiques, une capacité à structurer une musique qui peut sembler fragmentaire.

Pour une étude commentée détaillée de cette étude, voir à cet endroit de la page Wikipédia référencée plus haut

Dans sa 7e étude, „Pour les degrés chromatiques“, Debussy s’empare d’un matériau très simple — le chromatisme — pour en faire une exploration d’une richesse étonnante. Le principe de base est clair: travailler les degrés chromatiques, c’est-à-dire les successions de demi-tons. Mais Debussy dépasse vite le stade d'un pur exercice: ses lignes chromatiques ne sont pas seulement techniques, elles deviennent mélodiques, expressives, parfois insaisissables - elles circulent entre les mains, se croisent, se répondent. On a ainsi souvent l’impression d’un flux continu, comme une matière sonore en transformation.

Par son chromatisme omniprésent, qui brouille les repères tonals, ses harmonies mobiles, souvent instables et changeantes, sa texture dense mais fluide, sans lourdeur, ainsi que ses rythmes souples, parfois difficiles à ancrer métriquement, elle est typique du style tardif de Debussy. Le résultat est une musique qui semble glisser con­stam­ment, sans point d’appui fixe.

Comme pour toutes les autres études de ce recueil, elle est exigeante, aussi bien techniquement que musicalement. Elle demande une égalité parfaite dans les passages chromatiques (aucune note ne doit ressortir involontairement), une grande souplesse des doigts pour éviter toute rigidité, une clarté dans la texture malgré la densité, une gestion fine de la ligne musicale pour éviter un effet mécanique. Bref, ce n'est vraiment plus un simple exercice des doigts: tout repose sur la respiration et la direction du discours.

Pour une une étude commentée détaillée de cette étude, voir cette autre endroit de la page Wikipédia référencée plus haut.

Les 10e et 7e des Douze Études pour piano, L 143 (L 136), de Claude DEBUSSY étaient en sixième partie du récital que Clara HASKIL donna le 11 avril 1953 au Château de Ludwigsburg: voir cette page de mon site pour une courte pré­sen­ta­tion de son programme.

        1. Pour les sonorités opposées (10e étude)   04:03 (-> 04:03)
        2. Pour les degrés chromatiques (7e étude)   02:03 (-> 06:06)

Provenance: Radiodiffusion

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1. Pour les sonorités opposées (10e étude)


2. Pour les degrés chromatiques (7e étude)