Domenico Scarlatti composa plus de 550 sonates pour clavier, écrites principalement pour le clavecin.
La SONATE K 132 en do majeur (Andante) fut conçue en un seul mouvement (comme la plupart de ses sonates) et adopte une forme binaire (A-B, chacune répétée). Elle appartient à une série où Scarlatti explore des formes relativement équilibrées et accessibles, tout en conservant son inventivité rythmique et mélodique.
Son style est du baroque tardif, avec des touches pré-classiques. C'est une sonate lumineuse et élégante, mais pas simplement décorative, se distinguant par un caractère chantant, presque vocal, avec des phrases bien articulées, une clarté harmonique typique de la tonalité de do majeur et une alternance entre épisodes gracieux et passages plus dynamiques
Contrairement à certaines sonates très virtuoses de Scarlatti, celle-ci privilégie davantage la fluidité musicale que la démonstration technique pure.
Son écriture est caractérisée par un usage de motifs courts répétés et transformés, la présence de gammes rapides et de petits ornements, son dialogue entre les mains avec des imitations discrètes et ses harmonies relativement simples mais efficaces, avec quelques modulations.
Sur le clavecin, la sonate met en valeur la précision du toucher et l'articulation. Au piano, elle demande un jeu léger et détaché, évitant le legato excessif, une attention aux ornements (trilles, appoggiatures) et un sens du phrasé élégant et naturel.
Sacheverell Sitwell décrit l'ouverture de la SONATE K 193 en mi bémol majeur comme „merveilleuse, telle un départ du rivage au son des vibrations de la corde du luth“; la figure principale à trois notes est ensuite inversée et devient le centre d'une section “vamp“ des plus inhabituelles.
Ici - comme dans certaines oeuvres de Bartók, deux cents ans plus tard - le plus petit intervalle possible sur le clavier, un demi-ton, produit de minuscules soupirs expressifs dans la mélodie, sur des harmonies mystérieuses et agitées, apparemment figées dans le temps.
Dans les sections “vamp“ de ses sonates, Scarlatti semble révéler ses sentiments les plus intimes: agitation, chagrin, attente, voire ennui, ainsi que légèreté, joie de vivre et espièglerie.
Wanda Landowska décrivit la rhétorique musicale de cette sonate de la manière la plus poétique qui soit: „ ... commence par une danse. Légère et coquette au début, elle prend soudain un caractère passionné. Les sanglots et les supplications alternent avec les accents nonchalants du début ... “
La SONATE K 87 en si mineur est souvent mise en avant pour son originalité émotionnelle. Elle montre une autre facette du compositeur, plus intérieure et spirituelle. C'est l'une des pièces de Scarlatti les plus célèbres et singulières.
Contrairement à beaucoup de ses sonates souvent vives et virtuoses, celle-ci adopte un caractère profondément lent, méditatif et presque mystique. Écrite en tempo lent (Largo), ce qui est assez rare chez Scarlatti, elle dégage une atmosphère introspective, sombre et expressive, presque religieuse. On a souvent l'impression d'une méditation musicale suspendue dans le temps, loin des effets brillants ou dansants que l'on associe parfois au compositeur.
Suivant une forme binaire (deux sections répétées), comme la plupart des sonates de Scarlatti, elle se distingue toutefois par son écriture polyphonique dense, proche du style vocal, des dissonances expressives et des suspensions harmoniques, ainsi qu'une utilisation marquée du contrepoint, évoquant parfois le style de Johann Sebastian Bach. Chaque phrase semble respirer lentement, avec des tensions et résolutions très étirées. Elle est souvent décrite comme étant élégiaque (une forme de plainte noble), contemplative (presque hypnotique), grave et intense - avec une profondeur émotionnelle inhabituelle.
Clara HASKIL en 1958, un portrait cité de la banque de données de la Bibliothèque cantonale et universitaire - Lausanne, Service des Archives musicales, FCHA-I-219-b, auteur non identifié. Au dos de cette photo est inscrit: "Chez Mlle Chureau 2 N.D des Champs". Probablement Notre Dame des Champs de Paris. Voir aussi cette photo sembable qui ne peut être que de la même série, mais ne donne pas plus d'informations.
Ce groupe de trois sonates de Domenico Scarlatti était en seconde partie du récital que Clara HASKIL donna le 11 avril 1953 au Château de Ludwigsburg: voir cette page de mon site pour une courte présentation de son programme.
1. Sonate K 132 en do majeur 05:08 (-> 05:08)
2. Sonate K 193 en mi bémol majeur 03:52 (-> 09:00)
3. Sonate K 87 en si mineur 04:15 (-> 13:15)