Pour une courte présentation des valses de Frédéric CHOPIN, voir cette page de mon site avec la Valse No. 1, Op. 18.
Recto de la pochette du disque Pathé FCX 156
Ce disque Pathé FCX 156 est entièrement consacré aux 14 Valses de Frédéric CHOPIN: pour une courte description de son contenu, voir à cet endroit de de la page de mon site sur la valse No. 1 référenciée au début de cette page.
Il s'agit de prises de son faites par le label Columbia à Genève en 1950. Mais pourquoi à Genève dans un studio de la radio, et non à Londres, Abbey Road, comme pour les prises de son précédentes? Pour une réponse détaillée à cette question, voir à cet endroit de la page de mon site sur la valse No. 1 référenciée au début de cette page.
Composée entre 1846 et 1847, donc dans les toutes dernières années de la vie de Frédéric Chopin, la Valse en la bémol majeur, op. 64 No. 3 (que Chopin dédia à Katarzyna BRANICKA, belle-seur de Zygmunt KRASIŃSKI), est une oeuvre assez particulière, et elle mérite d'être distinguée des deux valses qui la précèdent dans l'opus 64, écrites un peu auparavant. Dans son étude (février 2010, revisée en juillet 2014) Tomoko YASUKAWA remarque que «« la tonalité de la bémol majeur semble être le choix le plus approprié pour considérer les trois valses de l'opus 64 comme un ensemble cohérent. Ses première et seconde oeuvres commencent toutes deux par une note commune correspondant à la note dominante (la bémol et sol dièse); le fait que cette note marquante devienne la tonique de la troisième oeuvre de l'opus 64 confère une impression d’unité tonale à l’ensemble. Si l’on revient aux deux autres pièces après cette troisième valse, qui se termine sur un la bémol longuement tenu, cela forme littéralement une valse sans fin.
L'oeuvre s'ouvre sur un thème en Moderato» d'apparence calme, mais la section de transition menant à la partie centrale, qui recourt au chromatisme pour moduler librement et comporte des trilles, dégage une intensité proche de la colère. Ce n’est toutefois qu’un moment éphémère: dans la partie centrale en do majeur, qui débute à la mesure 73, la mélodie est confiée à la main gauche et le morceau reprend un caractère serein, avant d’atteindre la reprise après une série de modulations. Cette partie centrale, où la mélodie de la main gauche évoque la sonorité du violoncelle, associée à la structure polyphonique de la main droite, fait penser à la musique de chambre.
Chopin comptait en effet parmi ses amis un violoncelliste, Auguste-Joseph Francom (1808-1884), à qui il dédia la Sonate pour violoncelle, op. 65, publiée à la même époque. Le fait qu’il ait interprété cette oeuvre avec Francom lors de son dernier concert à Paris en 1848 laisse supposer qu’il a peut-être subi une influence indirecte de sa part. La fin, marquée par un accelerando, voit le tempo s’accélérer progressivement, tandis que les crescendo et diminuendo se succèdent comme des vagues, pour déboucher d’un seul souffle sur la note de si bémol grave. »»
«« À première vue, la valse en la bémol majeur, op. 64, No. 3, semble joyeuse, enjouée, voire exubérante. Mais l’instant d’après, ces premières impressions s’évanouissent. Il ne reste alors qu’une musique qui semble chercher – sans relâche, mais en vain – son ton juste, ou peut-être une issue, en répétant le même motif sur des plans tonaux successifs: en fa mineur, en si bémol majeur, puis en sol bémol majeur. Pourtant, le récit finit par atteindre son but, à savoir la musique du trio (en do majeur), empreinte d’un chant simple et feutré aux timbres de violoncelle. Conformément aux lois de la forme (la danse avec trio), la musique du début, cette musique en quête d’un chemin, revient. Avant cela, cependant, on entend une musique de transition: esquissée d’une ligne subtile et dotée de la pénombre harmonique des teintes chromatiques.