Claude DEBUSSY composa cette pièce pour piano entre 1903 et août 1904. Il "[...] en termina la mise au net à Saint-Hélier (Jersey) le 5 août 1904, très peu de temps après sa conception première, semble-t-il. [...] L'Isle joyeuse fut publiée avant la fin de 1904, et Ricardo VIÑES en assura la création, salle Pleyel, le 18 février 1905 (*), le même soir que Masques.[...]" Harry HALBREICH, référencié ci-dessous.
(*) Il s'agit en fait de la seconde audition publique donnée lors d'un concert de la Société nationale de musique; la première audition publique fut donnée par Ricardo VIÑES peu auparavant, le 10 février 1905, Salle Aeolian, au cours d’un concert auquel participait aussi Maurice Ravel. Le soir même, Ricardo VIÑES confia à son journal: "[...] Beaucoup de succès, mais je ne les ai pas très bien joués pour la simple raison que je ne les savais pas assez.»[...]" cité de cette page du site HENLE, préface de Ernst-Günter HEINEMANN, 2011.
"[...] Cette évocation d'une merveilleuse et délicate poésie, servie par une écriture pianistique d'une somptuosité exceptionnelle, aurait été inspirée – selon une tradition bien ancrée – par l'Embarquement pour Cythère de Watteau. Mais si l'Isle joyeuse, c'est Cythère, Cythère, c'est Jersey, l'île des amours triomphantes de Claude Debussy et de celle qui allait devenir sa seconde femme, Emma Bardac.
Pélerinage à l'île de Cythère, dit L'Embarquement pour Cythère, d'Antoine WATTEAU, 1717, Musée du Louvre, Département des Peintures; Sully, 2e étage, Salle 36
Après les maléfices nocturnes de Masques, c'est l'euphorie solaire face à la mer resplendissante, c'est la fierté épanouie de l'affirmation virile, c'est la joie des amants enfin débarrassés de leurs masques. Le souffle puissant qui soulève cette musique est celui du grand large: cette évocation d'une île est tout naturellement une marine musicale, la première que l'on trouve dans l'oeuvre pianistique de Debussy, plus proche, du reste, de la Mer (De l'aube à midi sur la mer), qui la suit à moins d'un an de distance, que des Sirènes, de cinq ans antérieures.
Debussy [...] était conscient d'avoir composé là une page d'une portée exceptionnelle, tout particulièrement en ce qui concerne l'écriture pianistique. [...] Avec ses deux cent cinquante-cinq mesures et ses treize pages de partition, c'est la plus développée de toutes les pièces pour piano de Debussy, un Debussy comme ivre d'espace, dans un état d'extraversion exceptionnel. D'où la richesse immense des coloris et des nuances dynamiques, s'élevant à la fin jusqu'au triple fortissimo. D'où, encore, la franchise crue, chaleureuse, claironnante, de ce ton de la majeur que Debussy n'a utilisé que rarement au piano.
L'Isle joyeuse fut la première oeuvre que Debussy fit travailler à Marguerite Long, et celle-ci lui consacra une longue et pénétrante analyse, qu'il faut citer, au moins en partie: „C'est une vision fastueuse, un vent de joie d'une prodigieuse exubérance, une fête du rythme où, sur de vastes courants de modulations, le virtuose devra maintenir une technique exacte, sous les voiles tendues de son imagination. Debussy disait que la cadenza introductive était conçue “comme un appel“. Après avoir exposé le thème à une cadence joyeuse, précise et implacable, ... il faut maîtriser la puissance atomique jusqu'à la fin, la graduer. Elle doit n'y éclater qu'après l'apothéose cuivrée des trompettes... Dans la dernière page, vertigineuse à lire comme à jouer, son et lumière semblent lutter de vitesse.“
[...]" Harry HALBREICH cité de ses notes publiées dans l'ouvrage édité sous la direction de François-René TRANCHEFORT „Guide de la musique de piano et de clavecin“, pages 397 et 398 de l'édition de 1987, Librairie Arthème Fayard, 978-2-213-64112-6.
"[...] La partition colorée et brillante de L'Isle joyeuse où le pianiste est invité à modifier sans cesse sa sonorité et à faire preuve de finesse dans le jeu, pourrait illustrer la frivolité, l'insouciance, l'évasion. La brève introduction sur un trille est suivie d'un divertissement sur un rythme de habanera ; puis se développe une longue phrase voluptueuse, qui se termine sur un final très vif et brillant. Debussy s'engage dans un univers sonore nouveau avec notamment l'utilisation importante de la gamme par tons et le recours à de nouvelles couleurs musicales.[...]" cité de cette page de Wikipedia.
Recto de la pochette du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578 avec un portrait de Claude DEBUSSY par Marcel BASCHET, photo de Josse LALANSE
L'interprétation qui en proposée ici provient du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578, entièrement consacré à des oeuvres pour piano de Claude DEBUSSY, que Nikita MAGALOFF enregistra en 1969 (selon la discographie de Michael GRAY) ou en 1968 (selon d'autres sources): voir cette page de mon site- en-dessous de la photo du recto de la pochette - pour quelques précisions et hypothèses.