Pour une courte présentation des „Préludes“ de Claude DEBUSSY et du Premier livre de ceux-ci, L 125 (L 117), voir cette page de mon site
Montage d'extraits des pages 1 et 3 de la partition, première édition Durand 1910
Sa 9e pièce, „La Sérénade interrompue“: "[...] la mesure à 3/8 évoquant la „jota“ (modérément animé), les rythmes en staccato, les harmonies modales dans le cadre de la tonalité principale de si bémol mineur, tout cela fait penser irrésistiblement à la guitare. Cette pièce nerveuse, sarcastique, fantasque, véritable équivalent musical d'un nocturne „Capricho“ de Goya, est une fine satire des amoureux espagnols.
„Mille incidents de la rue arrêtent la chanson d'amour de notre pitoyable Don Juan“ (A. Cortot). „Le même prélude de guitare vingt fois recommencé, la même improvisation rageuse et sans pitié tord brutalement le cou à la sérénade naissante („expressif et un peu suppliant“) et impose finalement sa tonalité de si bémol mineur.“ (V. Jankélévitch.) Mais Manuel de Falla indique un scénario un peu différent: „Deux donneurs de sérénade se disputent les faveurs d'une belle qui, cachée derrière le grillage fleuri de sa fenêtre, épie les incidents du galant tournoi.“
Quoi qu'il en soit, nous avons affaire ici à l'une des pièces les plus totalement ibériques de Debussy: la tessiture même, réduite à trois octaves, est celle de la guitare, et la gamme gitane s'épanouit par moments en libres mélismes de genre „copla“, tels que Ravel en écrit également dans son „Alborada del Gracioso“. La forme du morceau est strictement ternaire, un comblé pour une conception à ce point discontinue. Par deux fois, l'intervention d'un élément complètement étranger („Modéré“ en ré majeur, à 2/4) crée une étrange sensation d'éloignement spatial: c'est une citation textuelle d'„Iberia“, très précisément de l'irruption du „Matin d'un jour de fête“ dans la torpeur des „Parfums de la nuit“. [...]" Harry HALBREICH cité de ses notes publiées dans l'ouvrage édité sous la direction de François-René TRANCHEFORT „Guide de la musique de piano et de clavecin“, page 408 de l'édition de 1987, Librairie Arthème Fayard, 978-2-213-64112-6.
Recto de la pochette du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578 avec un portrait de Claude DEBUSSY par Marcel BASCHET, photo de Josse LALANSE
L'interprétation qui en proposée ici provient du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578, entièrement consacré à des oeuvres pour piano de Claude DEBUSSY, que Nikita MAGALOFF enregistra en 1969 (selon la discographie de Michael GRAY) ou en 1968 (selon d'autres sources): voir cette page de mon site (en-dessous de la photo du recto de la pochette) pour quelques précisions et hypothèses.