Les „Deux arabesques“, L 74 (L 66), pour piano furent composées par Claude Debussy alors qu’il était encore dans la vingtaine, entre 1888 et 1891.
Elles laissent entrevoir les prémices du style musical de Debussy. Ce recueil compte parmi les toutes premières oeuvres musicales impressionnistes, s'inspirant du mouvement artistique français. Claude Debussy semble vagabonder à travers les modes et les tonalités, créant des scènes évocatrices tout au long des deux pièces:
"[...] C’était l’âge de la “merveilleuse arabesque“, quand la musique était soumise aux lois de beauté inscrites dans le mouvement de la nature elle-même [...]" Claude Debussy, cité de la revue S.I.M. (Société Internationale de Musique) du 1er novembre 1913.
Dans cet écrit, Claude Debussy n’analyse pas ses propres „Deux Arabesques“, mais évoque avec nostalgie la musique de la période baroque (notamment celle de Jean-Sébastien Bach). Pour lui, l'arabesque musicale représentait une ligne mélodique sinueuse et fluide en harmonie totale avec les formes organiques de la nature.
La „Première Arabesque“ se distingue par son atmosphère rêveuse, aérienne et gracieuse, abandonnant la rigueur des structures romantiques traditionnelles au profit de la suggestion. L'élément technique et expressif central repose sur la superposition constante de deux notes à la main gauche contre trois notes à la main droite (triolets), créant une sensation de flottement suspendu et d'ondulation aquatique. Bien qu'ancrée dans la tonalité de mi majeur, Debussy utilise des successions d'accords parallèles et des échelles pentatoniques qui apportent une couleur exotique et une grande douceur, sans tensions dramatiques.
"[...] Pour Léon Vallas, [la souplesse des deux Arabesques] fait songer à la brillante légèreté des ballets de Delibes“. Cependant, en leur élégance raffinée, elles ne renient pas non plus la douce tyrannie de Grieg ou de Schumann. Mais surtout, elles annoncent l'avenir par un sens très neuf de la courbe vocale, harmoniquement statique, qui est l'essence même de la notion d'arabesque, si importante chez Debussy.
Plus tard, dans ses écrits, il devait sans cesse souligner l'importance de la „divine arabesque“, dont il situait très justement l'origine dans la libre volute du chant grégorien, et dont il voyait l'apogée dans l'oeuvre de Bach.
Les deux pièces se réclament de la forme ternaire, mais infiniment mieux équilibrée que dans la Danse bohémienne [L 4]. Si les souples triolets de la Première Arabesque en mi majeur peuvent évoquer encore Massenet, mille détails, dans le traitement des arpèges, dans l'aisance des modulations, annoncent l'évolution future du musicien. La péroraison en demi-teintes de la Deuxième Arabesque en sol majeur fait penser à l'humour des pièces anglaises comme Général Lavine [L 131 (123) No. 6]. [...]" Harry HALBREICH cité de ses notes publiées dans l'ouvrage édité sous la direction de François-René TRANCHEFORT „Guide de la musique de piano et de clavecin“, page 388 de l'édition de 1987, Librairie Arthème Fayard, 978-2-213-64112-6.
Recto de la pochette du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578 avec un portrait de Claude DEBUSSY par Marcel BASCHET, photo de Josse LALANSE
L'interprétation qui en proposée ici provient du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578, entièrement consacré à des oeuvres pour piano de Claude DEBUSSY, que Nikita MAGALOFF enregistra en 1969 (selon la discographie de Michael GRAY) ou en 1968 (selon d'autres sources): voir cette page de mon site- en-dessous de la photo du recto de la pochette - pour quelques précisions et hypothèses.