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Édouard LALO
Symphonie espagnole, Op. 21
Nathan MILSTEIN, violon
Orchestre National de la Radiodiffusion Française
André CLUYTENS
11 septembre 1955, 3e concert du
10e Septembre Musical, Salle du Pavillon, Montreux

Le programme général du 10e Septembre Musical de Montreux 1955:

Le 3e concert du dimanche 11 septembre fut donc donné par l'Orchestre National de la RadioDiffusion Française placé sous la direction de André CLUYTENS, avec Nathan MILSTEIN en soliste. Au programme:

-►  Georges Bizet, Symphonie en ut, WD 33
-►  Edouard Lalo, Symphonie espagnole pour violon et orchestre, Op. 21
-►  Claude Debussy, Nuages et Fêtes des „Trois Nocturnes“ L 98 (L 91)
-►  Albert Roussel, Suite No 2 du ballet Bacchus et Ariane, op. 43

Pour un compte-rendu de ce concert, voir cette page de mon site.

Voir au bas de cette page pour une courte présentation de l'oeuvre.

Nathan MILSTEIN et André CLUYTENS (à droite pendant le concert du 11 septembre 1955)
Nathan MILSTEIN et André CLUYTENS (à droite pendant le concert du 11 septembre 1955)
Le concert fut diffusé en différé par la Radio Suisse Romande sur son émetteur de Sottens:

La seconde oeuvre de ce concert:

Édouard Lalo, Symphonie espagnole, Op. 21, Nathan Milstein, violon, Orchestre National de la Radiodiffusion Française, André Cluytens, 11 septembre 1955, 3e concert du 10e Septembre Musical, Salle du Pavillon, Montreux

        1. Allegro non troppo         07:55 (-> 07:55)
        2. Scherzando                 04:18 (-> 12:13)
        3. Andante                    06:44 (-> 18:57)
        4. Rondo: allegro             06:46 (-> 25:43)

Provenance: Radiodiffusion

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1. Allegro non troppo


2. Scherzando


3. Andante


4. Rondo: allegro


Courte présentation de l'oeuvre:

La Symphonie Espagnole (1873) fut commandée à Lalo par Pablo de Sarasate, qui la donna en première audition aux Concerts du Châtelet (Paris) le 7 février 1875, un très grand triomphe! C'est certainement le style de Sarasate - que Lalo connaissait bien depuis la première audition de son concerto en fa majeur avec Pablo de Sarasate en soliste - qui inspira à Lalo quelques-uns des passages les plus célèbres de sa Sym­pho­nie.

Écrite pour le violon, cette oeuvre - en réalité un concerto plutôt qu'une symphonie - est bien faite pour extérioriser toutes les ressources propres à l’instrument. Mais elle nous apporte plus encore que ce souci d’une judicieuse écriture instrumentale: elle nous communique cette sensibilité nostalgique qu’Edouard Lalo affectionnait outre mesure.

Elle met en oeuvre, très librement, des mélodies sortant du fond populaire espagnol - l'Espagne étant lointainement la patrie de Lalo, né à Lille d'une famille espagnole (qui s'installa dans le Nord pendant la conquête des Flandres). La composition n'est en fait espagnole ni par ses thèmes ni par ses sonorités, mais par certaines tournures rythmiques, par l'atmosphère à la fois claire et langoureuse, âpre et tendre, qui la parcourt, donc par un coloris général. On retrouve toutefois par endroits des citations claires, comme par exemple dans l'Intermezzo médian, volet le plus „espagnol“ de tous: "[...] la mélodie mélancolique de cette habanera se retrouve presque note pour note dans le recueil de Yradier (*) . La structure mélodique et rythmique de l'andante qui suit s'inspire elle aussi nettement du folklore ibérique. [...]" Michael Stegemann, extrait du texte publié au verso de la pochette du disque DGG 2532 011 (Symphonie Espagnole op.21 & Berlioz - Reverie et Caprice op.8 - Itzhak Perlman Violon, Orch. de Paris, Daniel Barenboim)

Cet intermezzo a toutefois «un certain défaut»: il est en grande partie purement orchestral... Jusque vers la fin des années 1950, il fut de ce fait souvent omis, tant au concert qu'au disque, mais pour des raisons différentes. Omis au concert (comme dans l'enregistrement présenté sur cette page) car ne permettant pas au soliste de briller suffisamment... et omis au disque parce que celà permettait de mettre la Symphonie Espagnole ainsi raccourcie soit sur un seul disque 25cm (à cette époque encore très répandu), soit sur une seule face de disque 30cm.

[*] Recueil "Fleurs d'Espagne" de Sebastian de Yradier

L'oeuvre ne manque vraiment pas d'originalités! "[...] La tonalité s’élève par degrés tout au long des trois premiers mouvements pour aboutir au ton principal de ré (mineur puis majeur) dans les deux derniers. [...] l’oeuvre arbore dans chacun de ses mouvements un subtil motif en triolet - s’y ajoute un rondo final particulièrement stimulant, mais aussi, d’emblée, une entrée du soliste de caractère dramatique au terme d’une introduction orchestrale minimale. Ainsi que Hugh Macdonald l’a souligné, «la fraicheur de son langage mélodique et orchestral est impérissable», Lalo s’appuyant sans cesse sur des rythmes et motifs espagnols caractéristiques, surtout dans l’introduction orchestrale, plus développée, de l'Intermezzo médian.

En 1923, Paul Dukas proclamait avec lyrisme Lalo héritier de Berlioz sur le plan de l’orchestre, vantant «sa tendance à l’expression pittoresque et cette loi nouvelle, inconnue aux classiques, qui veut que chaque idée particulière crée autour d’elle une atmosphère sonore qui lui soit propre» (Les Écrits de Paul Dukas sur la musique, Paris, SEFI, 1948 - «Édouard Lalo», mars 1923). On en trouve un bon exemple dans l’introduction du finale, avec ses quintes alternées dans l’aigu des bois et de la harpe par-dessus le volubile basson solo.
[...] la virtuosité n’est jamais gratuite, l’oeuvre se parant d’un mouvement lent d’une beauté et d’une concision remarquables qui, débutant en forme de choral sonore, s’épanouit avec une exubérance enflammée destinée à mettre pleinement en valeur la justesse immaculée de Sarasate, sa sonorité opulente et sa technique d’archet parfaitement contròlée.[...]" cité d'un texte de Robert Orledge dans une traduction de Michel Roubinet publié dans le livret du CD EMI 7243 5 57593 2 0.

En 1879, quatre ans après la première audition de sa «Symphonie Espagnole», Lalo écrivait à l'accompagnateur de Sarasate, Otto Goldschmidt: "[...] Artistiquement, un titre ne signifie rien; l'oeuvre seule compte; il s'agit là d'un principe absolu; mais, commercialement, un titre usé, inapproprié produit toujours un effet défavorable. J'ai tenu, envers et contre tous, au titre de «Symphonie Espagnole» tout d'abord parce qu'il me semblait exprimer le plus clairement mes intentions musicales - c'est-à-dire le déploiement d'un violon solo planant au-dessus de la forme rigide de la symphonie traditionnelle - et ensuite parce que ce titre était moins banal que tous ceux qui me furent proposés. Les criailleries de la critique sont oubliées ou en voie de l'être; le titre, lui, survivra et Hans von Bülow m'a écrit, dans une lettre de félicitations, que ce titre heureusement choisi assurait à mon oeuvre une position privilégiée par rapport à toutes les autres [...]" cité d'un texte de Paul Hume publié au verso de la pochette du disque RCA LSC 3073 B (Lalo - Symphonie Espagnole, Ravel - Tzigane, Itzhak Perlman, LSO, Andre Previn)