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Richard STRAUSS
Mort et Transfiguration, Op. 24, TrV 158
Orchestre de la Suisse Romande
Karl BÖHM
1er décembre 1965, Victoria Hall, Genève

Les 30 novembre et 1er décembre 1965, Karl BÖHM était invité à diriger l'Orchestre de la Suisse Romande pour le 5e concert d'abonnement de la saison 1965-1966, donné dans le Théâtre de Beaulieu à Lausanne resp. dans le Victoria Hall de Genève, duquel fut retransmis le concert en direct:

Le concert tel que présenté par William RIME dans la revue Radio Je vois tout du 25 novembre 1965 en page 67:

"[...] Le nom de Karl Böhm est attaché aux plus belles réalisations, et on l'associe à la réputation des scènes lyriques de Vienne, de Salzbourg et des théâtres les plus réputés. Dans sa jeunesse, Karl Böhm mena de front des études de droit et celles de musique; la petite histoire raconte même que le jour d'un de ses examens à l'Université, il s'apprêtait quelques heures plus tard à diriger le «Vaisseau fantôme», de Wagner, à l'Opéra de Graz, sa ville natale. Plus tard, Bruno Walter lui céda sa place à la tête de l'Opéra de Munich. On retrouve Karl Böhm à Darmstadt puis à Hambourg, à Dresde et enfin à l'Opéra de Vienne. Notre hôte de ce soir encadrera une oeuvre de Richard Strauss — l'un de ses favoris — par des pages de Mozart et de Schubert.

De Richard Strauss, nous entendrons «Mort et Transfiguration». Il s'agit d'une des oeuvres les plus populaires du compositeur. Pour la situer dans l'esprit des auditeurs, précisons que son «Don Juan», qui porte le numéro d'opus 20 et date de 1888, précède le poème symphonique de «Macbeth». Les pages que nous entendrons composent l'opus 24 et datent de l'année 1890. Richard Strauss avait alors 26 ans et puisa les sources de son inspiration dons un poème qui permit à sa plume de décrire l'hallucinante agonie d'un malade qui lutte contre la mort et revit en quelques minutes sa vie entière jusqu'à ce que ses yeux soient recouverts du voile de la mort. C'est alors qu'une voix puissante, venue des espaces célestes, révèle à cette pauvre âme ce qu'elle avait cherché ici-bas: «Délivré du monde, le monde transfiguré». Oeuvre émouvante s'il en est qui dénote déjà chez son auteur une prodigieuse habileté technique dans la mise à contribution des registres de l'orchestre.

De Schubert, Karl Böhm dirigera la «Symphonie en ut majeur» dite «La Grande». Cette symphonie, rappelons-le, était restée dans les cartons du compositeur dont le frère Ferdinand hérita à la mort prématurée de Franz: Robert Schumann, se trouvant à Vienne en 1838, décida de rendre visite à Ferdinand Schubert, persuadé qu'il trouverait chez ce dernier une quontité de musique inédite. Ses découvertes dépassèrent si bien ses espoirs qu'il avoua ne pas savoir «par où commencer ni où s'arrêter!». Schumann s'indigna en constatant que tant de trésors restaient là, sans être connus du public. Après s'être entendu avec Ferdinand Schubert, il décida d'envoyer immédiatement le manuscrit de cette «Symphonie en ut» à la direction des Gewandhaus-Konzerte à Leipzig. Le 22 mars 1839, grâce à Schumann, l'oeuvre fut exécutée sous la direction de Mendelssohn et souleva l'enthousiasme de l'auditoire et de la critique. Dès cette première audition, la «Symphonie en ut» devint la favorite des concerts du Gewandhaus. Fait curieux, les choses n'allèrent pas de même à Vienne, où les musiciens se plaignirent des difficultés qu'il fallait surmonter pour exécuter l'oeuvre dans des conditions acceptables. C'est dire le travail et les soins que réclame la mise au point de cette symphonie considérée comme l'une des plus remarquables de Schubert.
[...]"

Pour quelques détails de plus sur l'oeuvre de Richard Strauss, voir cette page de mon site.

Le concert reçut d'excellentes appréciations de la part des chroniqueurs de la presse suisse romande, comme par exemple de celui de la Gazette de Lausanne signant “P.H.“:

"[...] Le grand chef viennois, Karl Böhm était l'hôte, lundi soir, de l'Orchestre de la Suisse romande, qui a donné son cinquième concert au Théâtre de Beaulieu. Une symphonie de Mozart «Haffner», enlevée avec une légèreté, une vivacité et un frémissement enthousiasmants, plaçant d'emblée la soirée à un très haut niveau. Karl Böhm a su, en quelques répétitions, faire de l'orchestre un instrument d'une merveilleuse maniabilité, d'une palette étendue et d'une registration des plus subtiles. La finesse et la cohésion des cordes, le fondu et le moelleux des instruments souffleurs, les excellents dosages de la percussion, la précision et le mystère obtenus par chaque pupitre intensément présent, sont sidérants, d'autant plus que rien de la personnalité intime de notre ensemble romand n'est altéré. Rien d'une “imitation viennoise“ par exemple dans la poésie déchaînée du Richard Strauss de „Mort et Transfiguration“, superbe poème symphonique construit avec un sens enivrant de la progression, des ombres et des lumières, de l'effet orchestral expressif.

Karl Böhm sait agir en employant une gestique d'un charme qui parle totalement aux facultés intellectuelles et émotives, vous permettant d'appréhender la musique. Il contrôle entièrement son geste, n'en abuse pas, ne bat pas le temps où le mètre s'impose, mais se déchaîne tout à coup, d'une détente souple, bondit, lève subitement sa baguette, pour donner tel départ structurel ou expressif, l'abaisse avec la vivacité de l'éclair, sur le temps, il frémit de tout son corps, il fonce, en un mot domine tout souverainement, informe l'oeuvre selon une vibration suprêmement originale.

Mais qu'on ne s'y méprenne pas: cela n'est pas un numéro de maître; qu'il suffise de penser à la sublime interprétation de la „Symphonie No 7“ de Schubert qui terminait le programme dans une atmosphère de féerie, pour se rendre compte de l'humilité fondamentale de cette conception vis-à-vis de l'auteur. Certes, tous les chefs ne devraient pas se permettre des tempi aussi rapides: du moins, la noblesse, le calme intérieur, l'émotion du chant, la présence à l'oeuvre, au musicien, au public, nous convainquent une fois de plus qu'à l'âge de 75 ans, Karl Böhm est l'un des chefs de grande classe de notre époque. Les instrumentistes du Romand l'ont bien compris et manifesté, qui ont rarement si bien joué.
[...]" cité de la Gazette de Lausanne du 30 novembre 1965, page 8.

Richard Strauss, Mort et Transfiguration, Op. 24, TrV 158, Orchestre de la Suisse Romande, Karl Böhm, 1er décembre 1965, Victoria Hall, Genève

        Largo - Allegro molto agitato - Meno mosso, ma sempre alla breve,
          appassionato - Moderato                                         20:55

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Largo - Allegro molto agitato - Meno mosso, ma sempre alla breve, appassionato - Moderato