Pour une présentation des Estampes de Claude DEBUSSY voir cette page de mon site.
Claude DEBUSSY et ses ESTAMPES, montage photo. Portrait Debussy, NADAR (entre 1890 et 1910), Bibliothèque Nationale de France, ark:/12148/btv1b53118843k; extrait de la page de garde de la partition dans la première édition DURAND & FILS, 1903, Plate D. & F. 6326
Le second volet du triptyque, La Soirée dans Grenade, est une "[...] torpide et obsédante habanera au lourd parfum, à la fois tendre et fière, tirant sa prodigieuse puissance de suggestion de la présence d'une pédale obstinée d'ut dièse grave. Se déroulant, selon l'auteur, „dans un rythme nonchalamment gracieux“ (fa dièse mineur, à 2/4), cette évocation mélancolique et hautaine d'une tiède nuit andalouse, première en date des grandes pièces espagnoles de Debussy, faisait l'admiration de Manuel de Falla, qui devait en citer un passage dans l'hommage posthume qu'il composa en 1920 pour le „Tombeau de Debussy“ de la Revue musicale. Falla écrit: „La force d'évocation concentrée dans les quelques pages de „la Soirée dans Grenade“ tient du prodige quand on pense que cette musique fut écrite par un étranger guidé presque par la seule vision de son génie... “. Rappelons que Debussy n'alla jamais en Espagne, sauf à la fin de sa vie pour assister à une corrida à Saint-Sébastien. Mais Falla poursuit: „C'est bien l'Andalousie qu'on nous présente: la vérité sans l'authenticité, pourrions-nous dire, étant donné qu'il n'y a pas une mesure directement empruntée au folklore espagnol et que, nonobstant, tout le morceau, jusque dans ses moindres détails, fait sentir l'Espagne.“
„Lorsque Debussy la jouait“, nous rapporte Marguerite LONG, „il n'était que profondeur, attirance, enveloppements, envoûtements inexplicables.“ Alfred CORTOT y entend “les bruits étouffés de ces rythmes ibériens qui font danser les belles filles, graves et arrogantes“.
La forme du morceau, très libre et fort fragmentée, peut se ramener, quant à l'infrastructure, à cinq volets disposés en symétrie concentrique. Mais il n'y a pas moins de six éléments musicaux: la mélodie expressive de la main gauche à la mesure 7, élément de flamenco adoptant la gamme gitane, et qu'on retrouvera seulement dans la conclusion; puis, après cette introduction, le motif de guitare des mesures 17-18 (Tempo giusto), – faisant office de refrain: c'est lui que Falla citera dans son hommage, et on l'entendra à nouveau dans la coda, dépouillé de sa parure harmonique; un élément de transition en triolets de croches (Tempo rubato); le thème de habanera proprement dit, en la majeur (Très rythmé, mesures 41-44); l'épisode central de tango (mesures 67-68), où l'on passe en fa dièse majeur; enfin, complètement étrangère, et à dessein, au reste de la musique, l'interpolation à 3/4 (Léger et lointain, mesures 109-110), en ut majeur, qui coupe par deux fois la reprise variée de la habanera, créant une impression extraordinaire d'éloignement dans l'espace.
„La Soirée dans Grenade“ fut précédée, dans l'oeuvre de Debussy, par „Lindaraja“, pièce pour deux pianos de 1901 qui en constitue comme une ébauche [...]. Dans toutes deux, on trouve le fameux procédé harmonique de la pédale de do dièse, trouvaille géniale du jeune Ravel dans sa Habanera de 1895, qui avait intéressé au plus haut point Debussy.
Il s'ensuivit une véritable polémique, attisée par les partisans des deux compositeurs. Ravel devait vigoureusement défendre ses droits, et l'épisode se termina en 1907, lorsqu'il inclut dans sa „Rhapsodie espagnole“ la „Habañera“, qui y proclame fièrement sa date de 1895. [...]" Harry HALBREICH cité de ses notes publiées dans l'ouvrage édité sous la direction de François-René TRANCHEFORT „Guide de la musique de piano et de clavecin“, pages 395-396 de l'édition de 1987, Librairie Arthème Fayard, 978-2-213-64112-6.
Recto de la pochette du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578 avec un portrait de Claude DEBUSSY par Marcel BASCHET, photo de Josse LALANSE
L'interprétation qui en proposée ici provient du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578, entièrement consacré à des oeuvres pour piano de Claude DEBUSSY, que Nikita MAGALOFF enregistra en 1969 (selon la discographie de Michael GRAY) ou en 1968 (selon d'autres sources): voir cette page de mon site- en-dessous de la photo du recto de la pochette - pour quelques précisions et hypothèses.
Nikita MAGALOFF au cours des ans
Étiquette verso du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578
Claude Debussy, „La Soirée dans Grenade“, 2e pièce des „Estampes“ pour piano, L 108 (100), Nikita Magaloff, 1969