"[...] brillante et poétique, cette pièce, la plus développée du second Livre, termine le recueil dans l'éclat de ses gerbes de lumière. Déjà l'aspect graphique de la partition est lisztien, avec ses chaînes d'arpèges, ses cadences, ses traits en octaves, – très rares ailleurs chez Debussy. Ce déploiement de virtuosité transcendante est l'instrument d'un réalisme étonnamment efficace. Alfred Cortot (*) nous décrit le détail de ces pyrotechnies: „Vapeurs dormantes des flammes de Bengale, d'où se détachent des étincelles solitaires, grésillement des fusées, lente descente parabolique des étoiles, ronronnement des soleils, éblouissement des bouquets multicolores, tout ce qui scintille et qui brille dans la nuit, toute la féerie des lumières est dans cette musique.“ Et le public, et la liesse populaire que l'on attendrait? Étrangement absents, comme toujours chez Debussy.
Dans l'introduction du morceau (Modérément animé, léger, égal et lointain, fa majeur, à 4/8) une rumeur confuse, rappelant le début de „Brouillards“, évoque une foule sans visage, qui disparaît ensuite totalement.
La citation dans les dernières mesures d'une Marseillaise hésitante et lointaine (ut majeur sur pédale de ré bémol) permet de dater cette évocation du 14 juillet. Mais cette conclusion n'est pas sans mélancolie: comme dans „Fêtes“ (Nocturnes pour orchestre), la joie est envolée, le lieu des réjouissances désert. Dans l'aube frileuse et décolorée rampent les lambeaux de fumée à l'âcre senteur de salpêtre... Il faut souligner pour finir que „Feux d'artifice“ est l'une des pièces les plus hardiment novatrices de Debussy: athématique, atonale et statique. Sa structure presque informelle ne s'appuie – cas très exceptionnel – sur aucune unité tonale. [...]" Harry HALBREICH, cité de ses notes publiées dans l'ouvrage édité sous la direction de François-René TRANCHEFORT „Guide de la musique de piano et de clavecin“, page 413 de l'édition de 1987, Librairie Arthème Fayard, 978-2-213-64112-6.
(*) „La musique française de piano, première série“, pages 40-41, Alfred CORTOT: "[...] Feux d'artifice; ce dernier Prélude est un enchantement de virtuosité évocatrice. Vapeurs dormantes des flammes de Bengale d'où se détachent des étincelles solitaires, grésillement des fusées, lentes descentes paraboliques des étoiles, ronronnements des soleils, éblouissements des bouquets multicolores, tout ce qui scintille et qui brille dans la nuit, toute la féerie des lumières est dans cette musique. Et, par une coquetterie de peintre qui soigne sa mise en page, Debussy glisse, dans les dernières mesures, quelques notes de la Marseillaise qui sont toute la poésie populaire des soirs poussiéreux des 14-Juillet. [...]"
Recto de la pochette du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578 avec un portrait de Claude DEBUSSY par Marcel BASCHET, photo de Josse LALANSE
L'interprétation qui en proposée ici provient du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578, entièrement consacré à des oeuvres pour piano de Claude DEBUSSY, que Nikita MAGALOFF enregistra en 1969 (selon la discographie de Michael GRAY) ou en 1968 (selon d'autres sources): voir cette page de mon site- en-dessous de la photo du recto de la pochette - pour quelques précisions et hypothèses.
Nikita MAGALOFF au cours des ans
Étiquette verso du disque Concert Hall, Musical Masterpiece Society, SMS 2578
Claude Debussy, „Feux d'artifice“, 12e pièce du second livre des „Préludes“, L 131 (L 123), Nikita Magaloff, 1969